Du danger de relever les taux dans les émergents

Rédigé le 25 février 2014 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, Matières Premières Imprimer

Les marchés actions baignent actuellement dans une douce euphorie avec un CAC 40 au plus haut depuis six ans. Certes, moi qui suis d’un naturel plutôt optimisme, je ne vais pas me plaindre de cette situation. Nos portefeuilles, pour ceux qui sont abonnés à mes services, se portent plutôt bien.

Mais je voudrais aujourd’hui vous mettre en garde sur cette situation qui, je trouve. Ressemble de plus en plus à un aveuglement.

Certes, les marchés peuvent encore grimper mais il ne faut pas se voiler la face : la situation des pays émergents est de plus en plus compliquée, et ils risquent de connaître une année 2014 difficile en terme de croissance – avec les conséquences que l’on imagine évidemment sur un plan social. Je pense notamment et d’abord au Brésil dont la croissance ne devrait pas dépasser les 2,3% en cette année de Coupe du Monde alors que les taux d’intérêt sont déjà à deux chiffres pour essayer de freiner l’inflation qui est actuellement de 6%. Je suivrai de près mercredi la décision de la banque centrale brésilienne sur ses taux directeurs : je pense qu’elle va à nouveau monter son taux de 25 points de base à 10,75%, avec le risque de casser la petite croissance brésilienne. Il est difficile de voir un pays redémarrer avec un taux d’intérêt près de huit points supérieur au taux de croissance.

Mais ce n’est pas ma seule angoisse.

graphique USD/ARSL’Argentine, dont la devise a chuté de 30% en deux mois (le graphique ci-dessous vous montre que 1 $ achetait 6 pesos argentins en décembre et en achète désormais 8 : la devise argentine a donc chuté face au dollar), ne connaîtra pas plus de 2,8% de croissance cette année contre 3,5% en 2013.

La Russie également, confrontée à une sévère baisse du rouble sans compter et aux  inquiétudes liées à l’Ukraine, connaîtra une croissance d’à peine 2%.

La Chine aura du mal à dépasser les 7,5% avec de grandes suspicions sur son secteur bancaire. L’Indonésie, qui faisait figure de proue de ces « nouveaux émergents » qui profitent de l’essor de la zone Asie-Pacifique, connaîtra une croissance de 5,2% contre 5,6% en 2013. Mais son taux directeur, le BI rate, est actuellement de 7,5% tout cela pour maintenir une roupie en baisse de plus de 15% en 6 mois. Ce type de politique est assez rigoureux et espérons qu’il ne pénalise pas les entreprises qui, elles, payent évidemment beaucoup plus quand elles ont besoin d’emprunter que les taux fixés par les banques centrales – et que dire des particuliers confrontés à la même situation ?! Mais avec quasiment 8% d’inflation, le pays ne peut pas faire autrement, quitte à ralentir l’économie.

Or une hausse des taux, si elle vise à soutenir la monnaie, a souvent des effets pervers sur l’économie. Les ménages et les entreprises, confrontées à un renchérissement de leurs prêts, rechignent à emprunter et parfois, cela met tout simplement un frein à la consommation ce qui, à grande échelle risque de créer un fort ralentissement économique et une monnaie qui continue à se dévaluer parce que la politique monétaire restrictive mise en place devient contre-productive et pénalise l’économie. Un cercle vicieux se met rapidement en place en fait.

Je ne suis pas partisan de cette politique qui vise à augmenter les taux pour soutenir une monnaie. La chute d’une devise reflète les difficultés d’un pays et peut même réussir à faire repartir la croissance, grâce à un grain de compétitivité en fait. Puisque vous comprenez fort bien qu’un recul d’une monnaie permet aux exportateurs d’être beaucoup plus concurrentiels et de gagner des parts de marché. Certes, de notre temps, il est de bon ton d’avoir une « monnaie forte » ; c’est prestigieux. Mais c’est souvent très dangereux… et surtout cela ne dissuade en rien les spéculateurs de continuer à vendre la devise !

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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