Du blabla dans les résultats

Rédigé le 23 avril 2014 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Investisseur, on vous ment – et de manière systématique. Sans que cela doive vous surprendre, les sociétés cotées en Bourse optimisent leur communication afin de présenter leurs résultats sous un jour favorable. [NDLR : Et c’est notamment pour cela qu’Eric Lewin vous recommande justement de ne pas de jouer les résultats.]

Heureusement pour vous, la recherche académique a mis au point des techniques permettant d’identifier le « blabla » incorporé dans les résultats. Elles peuvent notamment permettre de dégager une surperformance (par rapport à votre indice de référence) allant jusqu’à +11% par an.

Pour les entreprises cotées en Bourse, bien communiquer c’est presque déjà gagner. Chaque trimestre, la publication de leurs résultats leur offre une opportunité d’encourager l’investisseur à acheter leurs actions – ou à ne pas vendre celles qu’il posséderait déjà.

Le meilleur moment pour cela est la conférence de présentation des résultats – la conference call, comme on dit dans le jargon. Ces exercices sont une mine de renseignements pour l’investisseur. Et, parfois, ce ne sont pas les chiffres qui tiennent la vedette mais le ton employé.

Pour avoir participé à de nombreuses « conf’ calls » lorsque j’étais journaliste financier, je peux vous assurer que l’exercice est clairement parsemé de déclarations volontaristes creuses à la sauce langue de bois. La direction, généralement représentée par le P-DG et le directeur financier, dévoile d’abord les résultats sur la période écoulée, puis répond aux questions des analystes financiers et parfois des médias ; sans lésiner sur les platitudes du genre « nos chiffres reflètent le dynamisme de notre croissance, toutes choses étant égales par ailleurs ».

Mais, même dans les conférences les plus maîtrisées sur le plan de la communication, il est possible de percevoir statistiquement quand le P-DG ment ou noie le poisson, comme l’explique cette première étude*, dont je vais vous présenter ici les principales conclusions.

Les signes avant-coureurs d’un futur retraitement des données financières

Les auteurs de cette recherche ont analysé scrupuleusement le discours de patrons ayant procédé à des « restatements« , c’est-à-dire à la révision des résultats après qu’ils ont été publiés (les habitués savent que les chiffres sont souvent corrigés à la baisse, ce qui permet à la société de reporter un tant soit peu l’impact d’une mauvaise nouvelle). Un investisseur aurait donc tout intérêt à pouvoir prévoir toute manoeuvre de retraitement des données financières. Cette étude explique comment.

En mettant en relation le contenu sémantique des conf’ calls et la gravité des problèmes ayant provoqué un restatement, les chercheurs ont établi une grille de lecture permettant de signaler les discours trompeurs des managers.

Premier signal d’alerte : méfiez-vous comme de la peste des patrons qui font beaucoup référence à des lieux communs (« la croissance appelle la croissance », « la pluie mouille », etc.) et à des émotions positives extrêmes ; tout en évitant les discours contenant des termes suggérant une quelconque anxiété.

Autre signal d’alerte : lorsque la création de valeur (pour les actionnaires) n’est pas suffisamment mise en avant par les dirigeants. Les auteurs de cette étude démontrent ensuite qu’un portefeuille composé d’actions dont les entreprises auraient fait usage d’une telle mécanique langagière (on parle ici uniquement du marché américain) aurait produit une sous-performance allant de -4 à -11% par an.

Un facteur qui n’affecte d’ailleurs pas le modèle américain de notre stratégie Solution ORION© puisque ce dernier a gagné 66% en version dynamique en 2013, au cours de sa première année d’exercice.

Les discours des dirigeants lors des conferences calls sont également analysés par les auteurs de cette deuxième recherche*, mais sous un angle plus « psycho-technologique ». Je m’explique : grâce à un logiciel d’analyse des émotions dans la voix, les chercheurs ont identifié des signaux de dissonance cognitive, c’est-à-dire d’inconfort mental découlant de pensées simultanées, mais inconciliables. En quelque sorte, l’équivalent dans la voix de bouffées de chaleur ou de sueurs subites – lorsqu’une personne dit blanc, par exemple, en sachant que la vérité est noire.

Cette étude établit que les épisodes de dissonance cognitive sont positivement associés avec la probabilité de restatement des comptes découlant d’irrégularités comptables. Mieux encore, la méthode utilisée augmente de 11% les chances d’identifier un futur restatement par rapport à une méthode basée sur la simple analyse des chiffres d’une entreprise.

Dans ces conditions, on comprend que les managers suivent des formations spécifiques pour l’exercice périlleux de présentation des résultats trimestriels. Dans le passé, j’ai moi-même été plus d’une fois confronté à un patron récitant un texte rédigé à l’avance, prenant bien garde de ne jamais s’en écarter. Imaginez le tableau : une sorte de conférence « à la Trichet », mais en encore plus barbante.

L’exercice des questions-réponses peut influencer le marché

Dans ces présentations de résultats, l’attitude des participants peut également faire l’objet d’une analyse. Le ton des discussions, en particulier, peut influencer le cours boursier de la société concernée de manière non négligeable, comme le démontre cette troisième recherche*.

Les auteurs concluent que le ton de la conf’ call est un élément de prédiction significatif des performances et des volumes d’échanges. En effet, il apparaît que le contenu des questions-réponses (qui ont toujours lieu à la fin des conférences) peut fortement influencer le marché, surtout pour les sociétés ne versant pas de dividendes (ce qui illustre une différence de comportement des investisseurs basée sur l’incertitude des niveaux de cash flow).

Notons pour finir que le ton des participants varie aussi avec l’heure à laquelle la présentation est organisée. En fin de journée, démontre cette quatrième étude*, la fatigue des dirigeants et des analystes financiers se traduit par un ton plus négatif que pour les conf’ calls du matin. Avec pour conséquence une sous-performance des actions concernées.

Après la psychologie, la physiologie semble donc influencer, elle aussi, la dynamique des cours.

* Les études mentionnées dans cet article, et bien d’autres encore, peuvent être consultées en vous enregistrant sur notre page spéciale « Agora ».

sylvainfrochaux
sylvainfrochaux
Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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