Droit dans le mur

Rédigé le 12 janvier 2017 par | US Imprimer

La conférence de presse de Donald Trump peut se résumer à un mot : le mur.

Le futur Président a annoncé que le début de la construction d’un mur frontalier avec le Mexique commencerait bientôt – un mur de feuilles de carton, de fil barbelés, de briques, de panneaux en béton de 12 mètres de haut avec miradors tous les 500 mètres, aucune précision n’a été fournie sinon que « Le Mexique paiera ». Dommage, parce que si la solution béton avait été retenue, cela aurait pu donner lieu à un trade somptueux sur le plus gros fournisseur de ciment et de granulats d’Amérique du nord, qui est une firme mexicaine du nom de CEMEX (N°3 mondial).

Le mur sera doublé de barrières douanières imposées aux entreprises US qui envisagent de délocaliser leur production au sud du Rio Grande et qui seraient tentées de la rapatrier bêtement vers les Etats-Unis.

Mais le vrai mur, celui dont chaque investisseur devrait se préoccuper, est celui du silence que Donald Trump a opposé aux questionnements concernant des sujets économiques et géopolitiques majeurs. Il n’a pas prononcé un mot sur les relations économiques avec l’Europe ou l’Asie (hors Chine)… faute peut-être d’avoir été interrogé à ce sujet, pas un mot sur les relations avec les pays d’Amérique du Sud, avec l’Afrique… En fait, Trump semble ignorer jusqu’à l’existence d’un hémisphère Sud.

Le Proche-Orient a également disparu du radar. Nous comprenons juste que Poutine n’est pas susceptible de compliquer le dossier puisque Etats-Unis et Russie devraient ouvrir une ère de coopération et de respect mutuel… à condition que Moscou s’abstienne de multiplier les cyber-attaques. Mais la Chine est clairement dans le collimateur en ce domaine, Trump l’a fermement souligné, ainsi que dans le dumping et la manipulation de sa devise. (Ndlr : Nous vous l’avions déjà dit : la guerre des devises va se renforcer sous l’ère Trump. Pour savoir comment détecter les prochains mouvements et profiter des guerres commerciales, continuez votre lecture)

Mais les relations mondiales ou bilatérales ne figuraient pas en tête de liste des questions qui brûlaient les lèvres des journalistes. Leur obsession portait sur le hacking du parti démocrate imputé à Poutine, ses turpitudes présumées (sextapes détenues par les services secrets russes) évoquées par un espion britannique, publiées par Buzzfeed et reprises par de nombreux médias que Donald Trump entend blacklister.

Les démentis du Kremlin ne dissipent pas le malaise puisque la CIA charge à fond Vladimir Poutine… et Donald Trump s’interroge sur « pourquoi et comment » le renseignement américain n’a pas démonté les ragots qui circulaient. La tradition des grandes agences consiste d’ordinaire à enterrer les dossiers « boules puantes » et à discréditer quiconque porte atteinte à la dignité de la fonction présidentielle. Les scénaristes de House of Cards n’auraient osé infliger au machiavélique Franck Underwood une telle descente aux enfers, l’obligeant à patauger dans les égouts de la barbouzerie la plus nauséabonde.

Mais remontons vite à la surface, regagnons les étages lambrissés de la Trump Tower où toute la presse était réunie… et tendons l’oreille. Même avec des oreilles d’éléphant, nous n’avons rien entendu qui concernait la fiscalité des entreprises, rien sur un plan de relance, rien sur un projet de transition énergétique.

Mais Donald Trump répond implicitement à toutes nos interrogations : il se revendique déjà comme « le Président qui créera le plus d’emplois que Dieu ait jamais créés ». A partir du moment où Dieu est de la partie, il serait bien impertinent de lui demander comment il compte y parvenir.

Le marché l’a bien compris et lui accorde sa pleine confiance. Avec Trump, il n’y a pas à se faire des nœuds dans la tête. C’est viscéral, on y croit et on paye, ce qui vaut à Wall Street de finir la séance sur des tops. Le VIX se replie de nouveau à 11,3 points.

Et c’est là que, face à une si complète fascination des investisseurs pour le style incantatoire de Donald Trump, une tentation contrarienne nous envahit : renforcer la protection des portefeuilles… Et doubler la mise sur nos BX4 et BXX, des ETF bear qui ne nous ont vraiment pas porté chance début novembre 2016. Relisez bien l’analyse des indices US de Gilles pour comprendre pourquoi je vous conseille parle de cette protection maintenant.

Un vrai coup de folie… mais qui est le plus fou depuis le 9 novembre dernier ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Droit dans le mur”

  1. Mr. Philippe Béchade, vous me décevez. Vous n’êtes plus un contrarien perspicace puisque vous suivez le troupeau moutonnier de ceux qui s’indignent de l’élection de Donald Trump. Vous le prenez pour un clown, mais il a réussi à devenir milliardaire et à se faire élire Président des Etats-Unis, deux choses que vous seriez bien incapable d’accomplir. Vous pourriez au moins argumenter qu’il est doué pour accroitre sa fortune personnelle et se faire élire mais qu’il n’a pas la capacité à gouverner, ce qui est peut-être vrai, et ce qui est un cas que nous connaissons bien depuis 2012. En fait vos attaques violentes contre lui reflètent votre manque d’arguments concrets pour justifier une opinion fondée sur une simple réaction de rejet viscéral. Ne vous est-il pas venu à l’idée que, comme tout bon politicien (ou plutôt comme tout politicien qui sait se faire élire, ce qui est différent), il avait adopté un langage et une attitude pour gagner l’élection, et qu’il aura d’autres pratiques une fois élu ? Pourtant, ses premières réactions indiquent bien un chemin dans ce sens, et je m’étonne qu’un observateur aussi attentif que vous ne l’ait pas remarqué. Peut-être que vos talents se limitent au domaine économique et que ne devriez pas vous aventurer sur celui de la politique ? Je suis loin d’être sûr que Trump sera bénéfique aux Etats-Unis et au monde mais je suis presque certain que sa rivale aurait été un désastre, sauf pour l’establishment. Alors je vais laisser sa chance à Trump, selon la formule du bénéfice du doute.

    Bien à vous et merci de vos chroniques.

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