Dow Jones à 20 000 points : les trois premiers records de l’ère Trump

Rédigé le 26 janvier 2017 par | Analyses indices, US Imprimer

Avouons-le : nous ne les avions pas vraiment vus venir, ces 20 000 points, ces nouveaux records absolus de Wall Street. Nous étions trop préoccupés par le regain de tension sur les T-Bonds US (au-delà des 2,5%) et par la succession d’annonces allant de « modérément » à « carrément » provocantes de Donald Trump au cours des dernières 72 heures.

Graphe hebdo d'Essilor

Triple record pour le S&P500 en séance (2 295 points), pour le Nasdaq (5 645 points)… et pour celui que vous attendiez tous depuis le 13 décembre dernier : le Dow Jones qui clôture à 20 060 points (plus-haut à 20 080 en séance). Et, fait rarissime : le Dow Jones a ouvert sur un gap haussier mercredi matin.

Ce sont bien les trois premiers records de l’ère Trump, mais rajoutons-en un quatrième : celui du VIX, l’indice de la peur, retombé à 10,8, son deuxième plus-bas historique après les 9,87 enregistrés début 2007. On connaît l’évolution des indices qui a suivi en 2007 et 2008…

Hier, nous lancions évidemment un signal d’alarme, voyant la tension sur les taux obligataires face à ces records.

VIX Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Nous pouvons concevoir que Wall Street ait fait l’impasse sur le recul des reventes de logements anciens (-2,8% annualisé à 5,49 millions d’unités). Mais comment les investisseurs font-ils pour ignorer le danger que fait peser sur le commerce mondial les menaces protectionnistes de Trump, lequel entend multiplier les barrières douanières ?

Cela pouvait passer pour une promesse de campagne démagogique mais non ! Il durcit le ton : « une voiture vendue aux Etats-Unis devrait être fabriquée aux Etats Unis ».

Bentley, Aston Martin et Ferrari continueront d’en vendre moyennant plus de taxes — les ultra-riches ont les moyens de les payer — mais Peugeot, Renault, peuvent faire une croix sur le marché américain.

Dans ce même registre, le nouveau président a tenu parole avec la sortie annoncée du TPP et la renégociation de l’ALENA (qui inclut Canada et Mexique) puis la promesse de la multiplication de taxes à l’importation.

Et Wall Street ne prête même plus d’attention à ses avertissements réitérés à l’encontre de la Chine : « pourquoi devrais-je adhérer au concept d’une Chine unique ? ». Regardez ce que Jim Rickards, notre analyste géopolitique et expert en guerre des devises explique depuis plusieurs mois à ses lecteurs. Jim revient justement sur la remise en cause de cette « Chine unique » dans son explication à ses lecteurs, avant de leur recommander la manière de jouer les tensions qui vont se développer (NDLR : voir son service Alerte Guerre des Devises) :

« Peu de temps après son élection, Trump a reçu un appel téléphonique du président de Taïwan, pour le féliciter. Cela peut apparaître comme une simple courtoisie, mais pas du point de vue de la Chine communiste.

Pékin considère Taïwan comme une ‘province dissidente’ ; pas comme un autre pays. Si les hommes politiques américains ont habituellement recours à la langue de bois, sur cette question, ce n’est pas le cas de Trump. Il s’est non seulement entretenu avec le président de Taïwan mais il a également remis en question la politique américaine ‘d’une seule Chine’, sur Twitter — ce qui voudrait dire qu’il serait prêt à reconnaître deux Chine : la République de Chine et Taïwan.

La démarche de Trump a fait retentir la sonnette d’alarme à Pékin. Les dirigeants communistes ont décidé d’envoyer un message à Trump en subtilisant l’un des drones sous-marins de la marine américaine, opérant au large des Philippines, loin des eaux contestées, en mer de Chine méridionale, revendiquées par les Chinois. Le drone sous-marin a été restitué plus tard, (après que Trump a tweeté que les Chinois devraient ‘le garder’), mais on a bien compris. Les tensions géopolitiques entre la Chine et les Etats-Unis s’intensifient sans nul doute.

Trump avance donc la conception de Chine unique comme moyen de pression pour forcer les Chinois à faire des concessions sur le commerce, les tarifs douaniers et les devises. Mais la question de Taïwan est totalement non négociable du point de vue de la Chine. Les Chinois pourraient aussi demander à Washington si la Californie peut accéder à l’indépendance. La Californie fait partie des Etats-Unis et Taïwan fait partie de la Chine en ce qui concerne les Chinois. Affaire classée. Il n’y a rien à négocier.

Avec ce décalage entre ce que Trump exige et ce que les Chinois peuvent offrir, le ton est donné pour une montée des tensions, des malentendus et une escalade vers… un conflit ? »

C’est une ligne rouge diplomatique majeure que Trump est en train de franchir. La fouler au pied, comme Donald Trump le fait avec le rétablissement d’un dialogue bilatéral direct avec Taïwan, équivaut à une déclaration de guerre envers Pékin. Et pas seulement une guerre commerciale.

Et que penser de la suppression de la version espagnole du site Internet de la Maison Blanche ? A quand un avertissement du style « Interdit aux chiens, aux Mexicains, aux Cubains et à tous les Latinos » ?

La guerre est également déclarée contre les écologistes avec la réactivation des projets de pipelines controversés (Keystone-XL et Dakota Access) suspendus l’automne dernier par Barack Obama ? Les Amérindiens refusent obstinément le passage des pipelines sur leurs terres sacrées, même contre le versement d’une généreuse redevance. Mais qu’ont-elles de si sacré ? Elles ressemblent aux autres terres ingrates et battues par le vent mauvais du Nord-Ouest… comme deux gouttes de mazout. A part qu’elles sont juste situées sur le chemin tracé par les majors pétrolières, entre les gisements de sables bitumineux de l’Alberta et les raffineries du Middle West.

Mais pour Wall Street, le message est clair, confirmé par un VIX au plancher de tous les planchers : tout va bien se passer.

La reprise du rally haussier vous étonne ? Vous ne devriez pas.

Vous pourriez évidemment prendre en compte les bons résultats du quatrième trimestre 2016 (en fait, ils sont au mieux « corrects ») et les extrapoler sur les 10 prochaines années. Mais si effectuer ce genre de calculs vous donne un mal de crâne, faites comme les zinzins, allez au plus simple et répétez avec moi : « il n’y a pas d’alternative aux actions ».

Partant de là, il est tout à fait superflu pour un gérant de se questionner sur l’enchaînement des cycles économiques, les enjeux sociétaux et géopolitiques.

Petit à petit, les liquidités s’accumulent, dépassent les seuils autorisés par les mandats de gestion. Alors, à un moment que personne ne sait encore anticiper précisément (comme ce franchissement des 20 000 sur le DJIA qui a surpris tout le monde), il faut payer et suivre aveuglément le troupeau.

Vous disposez d’un clavier d’ordinateur, d’un écran tactile, d’une souris ? Cliquez sur la case « achat » qui apparaît en surbrillance… puis résolument sur la touche « valid ». Renouvelez l’opération autant de fois que nécessaire. Vous n’avez pas d’argent ? Aucun problème : empruntez-le, c’est gratuit… et prenez du levier !

Voilà, vous êtes devenu l’égal du gérant le plus affûté.

(Vous nous avez bien compris : surtout, soyez extrêmement prudent. Pensez aux BX4).

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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