Le Dow Jones aux mains de Goldman Sachs

Rédigé le 21 février 2017 par | Analyses indices, Big caps, US Imprimer

On m’a demandé plusieurs fois, ces derniers jours, pourquoi les marchés américains étaient aussi forts et haussiers.

Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à la composition des indices.

Prenons par exemple le Dow Jones qui réunit les 30 plus grosses capitalisations américaines. On pourrait alors imaginer que toutes les actions ont « à peu près » le même poids, donc le même impact sur l’évolution de l’indice. Bien évidemment… ce n’est pas le cas.

Le Dow Jones aux mains de Goldman Sachs

Pour le Dow Jones, il y a une entreprise qui pèse plus de 8,30% du poids total : Goldman Sachs (GS, oui je sais il est partout !). En clair, une variation de GS pèsera 8 fois la variation de General Electric, Coca-Cola ou même Pfizer qui pèsent chacun environ 1% de l’indice. Même Apple ne rivalise pas avec la banque d’affaires et ne pèse « que » 4,5% de l’indice.

Goldman Sachs ET LE DOW JONES Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Comprenez avec ce tableau qu’il suffit que les 9 premières capitalisations (50% de l’indice) soient dans le vert pour tirer l’indice vers le haut rapidement. 9 valeurs sur 30, c’est gérable (comprenez : « manipulable »).

Comme vous le voyez dans le tableau ci-dessous, seules 7 actions dépassent de plus de 2% la performance du Dow Jones, et seulement 4 ont une surperformance supérieure à 5% : Apple, Goldman Sachs, Boeing et J.P.Morgan (JPM) représentent à eux seuls plus de 20% de l’indice et ont simplement ces valeurs qui tirent la totalité de la cote vers le haut. (Je vous renvoie aux analyses de Philippe Béchade et de Gilles Leclerc sur la manière dont les GAFA, et donc APPLE, tirent la cote américaine).

CAPITALISATION & DOW JONES Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Comprendre ce qui fait monter ces 4 valeurs permet donc de répondre en partie à la question.

Si Apple grimpe avec des résultats records et reste une sorte d’ovni dans le paysage boursier, les trois autres valeurs sont directement liées à la politique de Donald Trump.

Goldman et JPM bénéficient d’une attente considérable de dérégulation de la part de la nouvelle administration. Les promesses de reprendre le business as usual avec des « amis de la finance » aux commandes a suffi pour faire flamber les titres. GS progresse de 20% depuis trois mois contre presque 16% pour JPM.

Boeing profite des promesses de Trump d’un protectionnisme actif et d’une facilitation des exportations. Il a même évoqué une baisse du dollar.

Le SP500, même combat

Le SP500 regroupe les 500 plus grosses valeurs de la cote américaine. Là, vous vous dites que ce n’est pas une poignée de titres qui vont pouvoir changer la donne…

Erreur : avez-vous déjà regardé la composante sectorielle du SP500 ? Le secteur financier pèse plus de 21% contre « seulement » 15% il y a moins d’un an. Sa part était tombée à 11% lors de la crise des subprimes.

S’il en fallait une, c’est bien la preuve que nous courons à grands pas dans une nouvelle bulle financière. Mieux : voici la progression du secteur financier (en bleu) sur un an comparé au SP500 (jaune).

XLF et SP500 ( article : Goldman Sachs ) Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Pour un SP500 qui gagne 22%, la finance progresse de 43%… Oui, près du double !

Attention, d’autres secteurs se portent bien : les technologies et les industriels profitent également du vent porteur du protectionnisme annoncé par Trump et se calent dans le sillage des financiers. L’immobilier et la consommation sont plus poussifs.

Alors, on vend ?

Certainement pas !

La patience est désormais de mise.

Malgré cette bulle financière et la fin des publications de résultats d’entreprises, la politique va reprendre la main sur l’évolution des marchés.

Si des hausses sont encore possibles par défaut sur certains secteurs, mieux vaut désormais prendre un peu de recul et attendre les premières véritables décisions de Donald Trump en matière fiscale et économique.

Mais l’inquiétude majeure ne concerne peut-être pas les États-Unis eux-mêmes… mais plutôt une Europe fragilisée et sans véritable leader.

En effet, l’impôt sur les sociétés fortement décrié par les entrepreneurs américains devrait être abaissé à 20%.

Le rapatriement des dividendes et les taxes sur les importations (afin de doper la compétitivité américaine) seront également de véritables révolutions avec des répercussions mondiales. Et même si la déception pourrait être à la hauteur des attentes énormes sur les marchés financiers, si ces réformes devaient voir le jour, c’est peut-être l’explosion des marchés européens qu’il faudra surveiller.

Le simple rapatriement facilité des dividendes américains pourrait drainer 2 500 Mds$ hors des économies accueillant actuellement les investissements américains. De quoi largement secouer les places financières mondiales !

Finalement, Trump c’est leur président… mais ça pourrait surtout devenir notre problème.

Bonne semaine !

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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