Donald Trump et la Chine : une incompatibilité d’humeur irréversible ?

Rédigé le 2 août 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

Donald Trump et Xi Jinping, présidents des Etats-Unis et de la ChineChers lecteurs,

Vous le savez, Donald Trump n’est pas du genre à relâcher facilement ses proies. Si le président américain a pris pléthore d’observateurs par surprise il y a huit jours en signant un accord commercial avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, après des semaines de tweets lapidaires et de menaces en tout genre, un happy end semble très improbable s’agissant des négociations entre Washington et Pékin.

Accusée de tous les maux, de « saper » le travail des ouvriers américains, de pratiquer un dumping social qui contrevient aux règles de l’OMC, de voler les technologies et de dévaluer artificiellement le yuan pour tenter de minimiser les conséquences du haussement de ton américain (autant de griefs qui ne sont certes pas dénués de fondement), la Chine est en tout cas plus que jamais dans le viseur de la Maison-Blanche, par-delà le rôle prépondérant qu’a sans doute joué Xi Jinping dans le rapprochement entre les Etats-Unis et la Corée du Nord.

Le président américain l’a encore prouvé hier soir en officialisant sa volonté d’instaurer des droits de douane à hauteur de 25% sur 200 Mds$ de produits chinois importés aux Etats-Unis, contre 10% envisagés auparavant. De quoi resserrer un peu plus l’étau sur un empire du Milieu qui, comme je vous l’ai déjà expliqué, dispose certes de leviers importants (la dévaluation du yuan donc, mais aussi un quasi-monopole mondial sur les terres rares, dont l’importance échappe à bien des experts), mais risque fort d’être la principale victime de la réforme en profondeur de l’OMC qu’espèrent de concert l’Oncle Sam et le Vieux Continent.

La Maison-Blanche devra avoir le triomphe modeste

Avec le recul, Donald Trump a procédé avec l’Union européenne comme il l’a fait avec Kim Jong-un :  des vitupérations 2.0 en rafale, des admonestations publiques en cascade et, au bout du compte, quand plus personne ou presque n’y croyait, une poignée de main historique avec le dirigeant nord-coréen et un accord relativement concret et précis avec Bruxelles.

Je ne suis cependant pas du tout certain que le président américain puisse recourir à cette méthode avec Pékin l’orgueilleuse. Il faut en effet garder à l’esprit que la Chine est, de loin, le premier créancier des Etats-Unis.

Dans un registre plus émotionnel, Philippe Béchade pointe dans son article du jour l’existence peu contestable d’une forte fibre patriotique chinoise. Le gouvernement pourrait être tenté de jouer sur cette corde sensible, par exemple en appelant ouvertement le consommateur à préférer un smartphone Huawei plutôt qu’un iPhone X.

Bien malin celui qui peut prétendre deviner les répercussions ultimes de cette guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, guerre à laquelle cette dernière se doit de répondre sur d’autres terrains, considérant le fait que la Chine n’importe pas autant de produits américains que les Etats-Unis importent de produits chinois.

Pékin n’est cependant pas totalement démuni en la matière et s’en est déjà pris aux Etats américains producteurs de soja, ces fameux oubliés de la croissance mondiale dont je rappelle qu’ils ont massivement voté pour Donald Trump lors du dernier scrutin présidentiel.

Quant au yuan, il poursuit sa chute face au dollar. Une conséquence logique de l’intensification des menaces commerciales de Washington qui risque fort de finir par peser sur les grands exportateurs américains et qui ne peut que susciter l’ire d’une Maison-Blanche pour le coup bien impuissante…

Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Ce nœud-là sera sans doute très difficile à démêler et je m’attends, une fois la saison des résultats achevée, à une résurgence spectaculaire et durable de la thématique commerciale. Avec des marchés actions qui montreront sans doute des signes de nervosité à la rentrée…

Préparez-vous à attacher vos ceintures et bonne séance à tous !

Guillaume

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Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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