Le dollar fait-il réellement bonne… impression ?

Rédigé le 20 mars 2013 par | Matières Premières Imprimer

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C’est l’heure du bilan… et le grand gagnant du concours boursier du premier trimestre 2012 sur le sol européen est la Suisse (+15%), un pays à monnaie forte — même si le FCH faiblit face à l’euro –, loin devant l’Angleterre (+10%), un pays à monnaie faible (et qui le demeure).

Le grand perdant reste l’Italie avec une perte de 3% au soir du 14 mars, ainsi que la Russie avec une performance nulle et vierge de la bourse de Moscou.

Mais à tout seigneur tout honneur : les Etats-Unis surclassent tous leurs rivaux avec +9,6% sur le S&P 500, +11% sur le Dow Jones, +12% sur le Russell 2000 et +18% sur le Dow Transport.

Puisque tout le monde met en exergue les quatre milliards de dollars injectés chaque jour par la Fed (il faut bien que cet argent se retrouve quelque part), le parallèle avec l’évolution à la baisse du dollar est tellement évident qu’il semble superflu de rajouter une ligne à ce sujet — et à plus forte raison y consacrer plusieurs paragraphes… Sauf que la corrélation — ou la relation symétrique S&P/dollar — ne fonctionne plus depuis le 4 février, ce qui nous fait maintenant un décalage d’un mois et demi.

Wall Street peut se passer de l’affaiblissement du dollar ; cet avantage mécanique n’est plus un déterminant crucial dans le climat actuel. Un nouveau biais l’emporte sur tous les autres : il s’agit de « l’appétit pour le risque », une notion bien connue des joueurs de poker.

La Fed mène le jeu
Même si les adversaires misent gros (les adversaires étant la récession, le surendettement des Etats, le chômage de masse), la Fed « fait tapis » avec 1 000 milliards de dollars à distribuer aux marchés cette année.

Ben Bernanke, Janet Yellen, James Bullard et consorts sont convaincus que l’économie réelle bluffe et qu’elle « va se coucher » parce qu’elle n’a pas les moyens de lutter avec la Fed. Le calcul est simple: si la récession ampute par exemple le PIB européen de 300 milliards d’euros (un chiffre totalement pris au hasard), la BCE pourrait très bien décider de lancer un troisième LTRO de 500MdsE.

La richesse que l’économie ne produit pas, les banques centrales peuvent en imprimer l’équivalent… et les monnaies respectives baisseront d’autant.

La remontée du dollar depuis six semaines ne serait que le fruit de l’anticipation d’une initiative de la part de la BCE. Cela semble logique lorsque l’on sait que Mario Draghi est un pur produit Goldman Sachs.

Aux plus-values de +306%, +165%, +300% ou encore +335% engrangées ces derniers mois, Mathieu Lebrun a ajouté de nouveaux gains de 29%, 64% ou 34%.

N’attendez pas pour profiter de ses prochaines recommandations ! Tout est expliqué ici…

Le patron de la BCE sait pertinemment qu’il n’a rien à craindre de l’inflation puisque son mode de calcul est conçu de façon que la hausse des prix officielle ne dépasse jamais 2%. L’Argentine a fait exactement pareil, annonçant 5% d’inflation quand le taux réel est de 22%, et elle s’est fait taper sur les doigts : une pareille mésaventure ne risque pas d’arriver à Bruxelles ou à l’Oncle Sam car personne n’oserait crier « menteur ».

Donc, puisque l’inflation ne saurait poser problème, pourquoi ne pas imprimer plus d’argent en Europe — à commencer par 17MdsE pour Chypre après 28MdsE sous une forme déguisée pour l’Irlande début février ?

Si la BCE s’y résout (et elle brûle de le faire, selon certaines rumeurs), le dollar va-t-il continuer de faire « bonne impression » à raison de 4milliards de dollars de billets neufs par jour ?

Ce qu’en pensent les graphiques
Les graphiques semblent répondre par l’affirmative, pour plusieurs raisons. Le premier argument est d’ordre technique : la moyenne mobile à 20 jours qui a commencé à s’infléchir début février (alors que l’euro avait atteint un plafond de 1,371) a coupé la moyenne mobile à 100 jours (1,3110) au moment où nous écrivons ces lignes.

Ce cas de figure est relativement rare puisqu’il ne se produit pas en moyenne plus d’une fois par an. Les précédentes cassures ont coïncidé avec des périodes tendues sur les marchés : août 2008, décembre 2009, juillet 2011, mai 2012. A chaque fois, l’euro a subi une correction de 10% au minimum et même de 20% fin 2008 puis au premier trimestre 2010.

Avec l’enfoncement du plancher des 1,30 par l’euro, le scénario haussier sur le dollar serait doublement validé — mais l’incursion vers 1,2950 du 13 mars présentait toutes les caractéristiques d’une fausse sortie à la baisse.

L’appréciation du dollar s’appuie cependant sur une nette hausse de sa rémunération depuis la mi-février. Le rendement du T-Bond à 10 ans s’est installé depuis le 5 mars au-dessus des 2% ; celui du 30 ans dépasse les 3,6% et se rapproche des 3,75%.

Il s’agit là aussi de seuils techniques dont le franchissement pourrait signifier que les discussions budgétaires sont dans l’impasse aux Etats-Unis et que la menace d’une dégradation de la dette s’accroît.

Dans ces conditions, la hausse du dollar semble paradoxale… mais elle traduirait une poussée globale de l’aversion au risque, l’attitude contraire poussant les opérateurs à racheter de l’euro.

Une situation très particulière
La situation actuelle est donc très particulière puisque la consolidation de l’euro (aversion au risque) s’accompagne pourtant d’une série presque sans précédent de records historiques des indices boursiers (appétit pour le risque).

Mais comme il n’y a qu’un seul acheteur à Wall Street — la Fed, qui s’appuie directement sur ses principaux relais bancaires, notamment les SVT — il est un peu singulier d’invoquer un choix délibéré et enthousiaste en faveur des actions (du risque) alors que Ben Bernanke interdit toute autre alternative.

Peut-être certains cambistes doutent-ils de la pertinence de la stratégie de la Fed et considèrent-ils que les enjeux côté « risque » obligataire l’emportent largement sur la mascarade de la hausse de Wall Street sur fond de croissance achetée à coup de QE3…

L’euro de son côté a relativement bien résisté à l’incertitude politique en Italie (les 1,30 $ ont tenu malgré l’impossibilité de constituer une coalition gouvernementale) mais il vient de succomber à un tout récent facteur qui défraye la chronique depuis ce week-end. Il s’agit bien entendu du plan de sauvetage chypriote dont certains aspects controversés (comme la confiscation d’une partie des dépôts bancaires) sont revus toutes les deux heures — j’exagère à peine.

S’agit-il d’un « fâcheux précédent », d’une initiative isolée qui ne relève que d’une décision souveraine du gouvernement chypriote ?

Les marchés perçoivent derrière cet imbroglio toute la puissance de coercition de Bruxelles et du FMI pour contraindre Chypre à trouver près de 6MdsE dans l’urgence alors que l’île compte à peine un million d’habitants pour un PIB de tout juste 20MdsE — sachant que le seul cash disponible pour renflouer les caisses, c’est celui qui figure sur les dépôts bancaires des banques chypriotes.

L’euro est maintenant bien ancré sous les 1,2950 $. Une nouvelle incursion sous 1,2850 devrait déboucher sur le test des 1,27 — qui ne serait pas encore trop alarmant — puis des 1,25. A partir de là, il serait possible de considérer que la situation devient franchement délétère… sur l’ensemble des marchés.

Symétriquement, le re-franchissement des 1,31 par l’euro signifierait que l’Italie est redevenue gouvernable, que Chypre ne fera pas faillite et que la Fed est en train de remporter son coup de poker à 1 000milliards de dollars sur la conjoncture économique — un exploit qu’aucune banque centrale n’a jamais remporté avant elle (la Banque du Japon ayant déjà échoué à neuf reprises).

Certains cambistes pourraient donc considérer qu’un risque d’échec est possible… Les permabulls, quant à eux, continueront de miser sur l’euro et de viser 1,45/1,50.
[NDLR : Comment jouer cette tendance et profiter de tout le potentiel du marché des changes ? Tout est là… et cela ne vous demandera que 10 minutes par jour !]

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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