Doit-on voir en Carrefour une opportunité boursière ?

Rédigé le 17 avril 2018 par | A la une, Actions, Mid et Small Caps Imprimer

Peut-être vous en souvenez-vous, le plan Bompard (plan Carrefour 2022), dévoilé en janvier dernier à grand renfort de presse – Le Monde lui avait même consacré sa Une, avait contribué à rassurer les marchés sur l’avenir de l’enseigne de grande distribution. Entre le 22 et le 26 janvier Carrefour (FR0000120172) prenait donc 5%. Marquant par la suite un nouveau plus-haut, à 19,73 €, en séance le 19 février.

Mais, entre-temps, les résultats annuels sont tombés, ravivant ainsi les craintes sur un groupe finalement loin d’être tiré d’affaire. Le marché, un peu moins optimiste, a donc sifflé la fin de la récré haussière qui s’était mise en place début septembre 2017. Dorénavant orienté à la baisse, le titre a rendu plus de 18% depuis son point haut du 19 février.

Carrefour Cours bourse baisse hausse

Clairement, 2017 ne restera pas dans les annales de Carrefour. Mais, 2018, de son côté, nourrit beaucoup d’attentes… Le plan Bompard fera-t-il ses preuves rapidement ? Parviendra-t-il à inverser la tendance ? Eh bien, c’est ce que nous allons voir aujourd’hui en regardant de près les derniers chiffres publiés par Carrefour : son chiffre d’affaires (CA) du T1 2018.

Carrefour : pas d’effet Bompard sur le CA

Même si le plan Carrefour 2022 a été bien accueilli par la communauté financière, nous sommes tout de même loin de la recette miracle à effets immédiats. C’est un gros chantier, certes bien ficelé, mais il y a beaucoup à faire avant d’en ressentir les premiers bienfaits tant escomptés.

Donc, sans surprise, pas d’étincelles à relever sur le CA de Carrefour au titre du T1 2018. La croissance de l’activité est faiblarde, en hausse de 0,4% (en données comparables), à 20,78 Mds€. C’est d’ailleurs quasi en ligne avec le consensus qui, lui, tablait sur 20,9 Mds€. Rien de catastrophique donc. Mais rien d’époustouflant non plus.

Surtout que, le diable étant dans les détails, il est important de souligner que la tendance semble au ralentissement. Pour rappel, sur le T4 2017, le CA affichait une croissance de 1,9%… La décélération est évidente. Sur la France, le CA a reculé de 0,1% alors qu’il avait inscrit une hausse de 1,5% au T4 2017. Et il n’y a aucune amélioration du côté des hypermarchés avec un recul supérieur à 2% tandis que l’Europe, en baisse de 0,8%, ne fait guère mieux.

Seule l’Amérique Latine semble tirer son épingle du jeu, avec un CA en hausse de 4,5%. Mais, c’est sans compter avec l’effet de change négatif lié à la dépréciation du real brésilien. Car, si on le prend en compte, l’activité accuse un gros recul de 11,9% !

Comme vous pouvez le constater, pour l’heure, l’effet Bompard ne se ressent pas vraiment. Certains analystes commencent à penser que les premiers effets se feront ressentir plutôt en 2019. D’ailleurs, pour 2018, la direction a fait preuve d’un mutisme éloquente. Pas de perspectives à se mettre sous la dent alors que l’objectif d’un résultat opérationnel à 2 Mds€ n’a absolument pas été réitéré, laissant la porte ouverte à toutes les supputations.

Faut-il jouer Carrefour ?

Bien évidemment, vous vous en doutez, le titre a très mal vécu cette publication, marquant un plus-bas le 12 avril à 15,51 €, avant de se redresser depuis. Sa capitalisation boursière a été divisée par 2 en l’espace de 3 ans… Autour de 12,3 Mds€, elle figure parmi les plus faibles capitalisations du CAC40. Carrefour est devenu un nain, surtout si on le compare à ses concurrents américains. En effet, Amazon affiche 690 Mds€ de capitalisation et Walmart 250 Mds€…Plus que jamais le groupe français fait figure de proie.

Il pourrait donc être intéressant de se positionner pour jouer un éventuel adossement par exemple – ou un redressement des fondamentaux sous l’effet du plan Bompard. Pour autant, je pense qu’il est préférable de rester à l’écart du dossier car, si je l’on se fie à ses ratios boursiers, on ne peut pas dire que Carrefour fasse figure d’opportunité boursière. Encore moins pour un investisseur particulier. Le titre se paye sur un PER de 15, ce qui n’est pas donné pour un secteur aussi concurrentiel que la grande distribution.

De plus, en matière de e-commerce, Carrefour a plusieurs longueurs de retard. Alors oui, la plan Bompard donne la priorité au digital. Oui, ce plan de transformation est, selon la direction, bien enclenché. Mais, pour l’heure, les déclarations manquent de concret, ce qui n’incitera pas les investisseurs à revenir sur le dossier.

Comme déjà dit, Carrefour est un gros paquebot, plutôt difficile à manœuvrer… et il est encore mal aisé de faire des projections pour le moment – notamment en termes de rentabilité. Un bon conseil donc : attendez encore quelques mois avant de penser à jouer une probable revalorisation du titre. Il y a encore beaucoup trop d’incertitudes et sans doute pas mal de déceptions à venir.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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