Zone euro : Divergence franco-allemande sur le pacte budgétaire (3/3) : et si l’Allemagne sortait de la zone euro ?

Rédigé le 18 mai 2012 par | Apprendre la Bourse, BCE, Statistiques et données macro, Taux & Devises Imprimer

Mercredi, nous avons vu mon premier scénario : le maintien de la rigueur budgétaire et des politiques monétaires et de change au secours de la croissance. Ce scénario est celui que j’estime avoir le plus de chance de se réaliser (60%).

Je vous ai expliqué hier, mon deuxième scénario, qui n’est donc pas celui que je privilégie, mais qui consiste en un changement de cap économique de l’Allemagne.

Aujourd’hui, analysons un ultime scénario, catastrophique certes, mais qui a quand même une chance de se réaliser.

SCENARIO 3 : la sortie de l’Allemagne de la zone euro

C’est le scénario où rien de ce qui a été évoqué auparavant ne se réalise. C’est un peu le scénario catastrophe puisque rien n’aura abouti sereinement :

  • pas d’acceptation par le nouveau gouvernement du pacte budgétaire en l’état ;
  • donc pas d’accord tacite pour accepter une forte dépréciation de l’euro ;
  • la BCE refuse d’assouplir un peu plus sa politique monétaire ;
  • la Bundesbank refuse de donner du lest à sa discipline anti-inflationniste ;
  • les entreprises allemandes refusent de rogner, même légèrement, sur leur compétitivité en augmentant la masse salariale ;
  • on ne modifie en rien les statuts de la BCE et on refuse d’assouplir ses fonctions à un modèle plus proche de ce que la Bank of England ou la Fed peuvent faire. Pas de solution donc pour monétiser la dette. D’ailleurs le patron de la Bundesbank – encore lui – a indirectement admonesté notre nouveau président en considérant qu’il était dangereux de vouloir toucher aux statuts de la BCE, au pacte budgétaire européen ou de créer de la dette. C’est dit.

Ce scénario revient donc à installer durablement la crise des dettes souveraines dans l’actualité économique et financière et à rendre non soutenables, d’un point de vue économique, social et politique, les nécessaires politiques de rigueur.

Impact sur les dettes souveraines : un krack obligataire

Les choses se compliqueraient encore plus si de nouvelles attaques étaient lancées sur les dettes publiques italienne et espagnole : leurs taux de rendement à 10 ans seraient propulsés alors vers 7%, niveau clé qui transformerait une crise de liquidité en début de crise de solvabilité.

Il faudra alors également surveiller la France de près car nous aurions un retour possible de la « prime de risque politique ». Tandis que l’Italie a vu son BTP à 10 ans grimper à l’automne jusqu’à 7, 5% –  en partie parce qu’il y avait une forte défiance vis-à-vis du précédent gouvernement –, la dette publique française pourrait faire l’objet d’attaques spéculatives des marchés après l’élection présidentielle portant les taux des emprunts de l’Etat français dans une zone 4,5/5,5% On atteindra sans doute les 5/5,50% dans le cadre d’un krach obligataire généralisé concernant toutes les dettes publiques.

Nous replongerions alors 20 ans en arrière à l’époque des crises du franc au sein du SME entre 1992 et 1995. Sauf qu’aujourd’hui, ces crises seraient remplacées par un violent krach obligataire sur les papiers d’Etat français… avec les mêmes prétextes des marchés : le manque de crédibilité budgétaire du pouvoir politique (il y a 20 ans pour parachever la construction monétaire européenne, aujourd’hui pour réduire la dette et sauver ce qu’il reste de « sauvable » de la zone euro.

Dans ce scénario, la coexistence deviendra impossible au sein de l’Union européenne monétaire entre le modèle de spécialisation économique industrielle des pays d’Europe du nord et celui d’Europe du sud (France comprise) basé sur les services souvent non exportables.

Dès lors, j’envisage l’hypothèse de sortie de l’Allemagne

On sait que cette hypothèse est quasi-unanimement rejetée à partir de l’argument suivant : si l’Allemagne – qui dispose d’actifs extérieurs importants dans les pays du sud – sortait de la zone, elle devrait alors faire face à de violentes dépréciations d’actifs en euro. Oui, car la monnaie européenne serait fortement dévalorisée face à un nouveau mark allemand. Les banques allemandes, déjà limites en termes de solvabilité, seraient dans une situation catastrophique car elles devraient accuser de très lourdes dépréciations de leurs engagements.

Nous évaluerons à nouveau dans un prochain papier les avantages/inconvénients d’une sortie de l’Allemagne en comparant :

  • les « inconvénients » : perte de PIB due à la perte de compétitivité ; coûts d’une recapitalisation des secteurs banques et assurances consécutive aux fortes dépréciations d’actifs ;
  • les « avantages » : non accroissement de la dette publique allemande (pas de participation à de nouveaux plans de sauvetage d’Etats et de systèmes bancaires de ces Etats via le FESF et le MES) ce qui, pour l’Allemagne est quand même une priorité.

J’envisage ce scénario possible avec une probabilité de 20% également. C’est peu, mais si l’on regarde les conséquences et les impacts gravissimes que cela aurait sur la zone euro dans son ensemble et pour la France, ces 20% font froid dans le dos.

Bref, de nombreuses réjouissances en perspectives, vous l’aurez compris !

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

Un commentaire pour “Zone euro : Divergence franco-allemande sur le pacte budgétaire (3/3) : et si l’Allemagne sortait de la zone euro ?”

  1. […] parution dans le Billet du Trader le 18/05/2012. AKPC_IDS += […]

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