Zone euro : Divergence franco-allemande sur le pacte budgétaire (2/3)

Rédigé le 17 mai 2012 par | Apprendre la Bourse, BCE, Statistiques et données macro, Taux & Devises Imprimer

J’ai développé hier mon premier scénario qui portait sur le maintien de politiques budgétaires rigoureuses, mais adoucies par différents leviers, notamment monétaires. Aujourd’hui, nous allons voir notre deuxième scénario possible : un changement de cap économique de l’Allemagne.

SCENARIO 2 : changement de cap économique de l’Allemagne

De l’inflation, de la stimulation salariale et budgétaire ? Pas très allemand… mais pas si irrationnel que cela d’un point de vue économique.

Position vis-à-vis de l’inflation

L’Allemagne serait-elle prête à tolérer un peu plus d’inflation comme certaines rumeurs l’évoquaient la semaine dernière ? Elle disait pouvoir accepter une inflation intérieure de 3%. Cela voudrait dire que l’Allemagne accepte que son inflation nationale soit ponctuellement supérieure à la moyenne européenne – ou plutôt, que de nombreux pays aient une inflation en dessous de cette moyenne.

Cela ne serait officiellement pas en contradiction avec le mandat de la BCE qui a un objectif d’inflation à 2% dans la zone euro prise globalement. Cette vision des choses reviendrait à créer, dans un système de monnaie unique, une dose d’appréciation réelle du change en Allemagne et de dépréciation réelle pour des pays de la zone en déficit de compétitivité.

En tout cas, le président de la Banque centrale allemande Jens Weidmann a démenti formellement que son institution puisse tolérer un peu plus d’inflation pour contribuer à améliorer la situation de la zone euro. Il a affirmé « c’est un chemin dangereux, nous ne devrions pas répéter les erreurs des années 1970. L’inflation est socialement injuste, (et) ne permet pas de sortir de la crise ».

Voilà qui est dit pour ce qui est des institutions officielles.

Position vis-à-vis des salaires

Si la Bundesbank n’est pas prête à tolérer plus d’inflation en Allemagne pour créer un mécanisme d’ajustement réel du change, l’économie allemande sera-t-elle pour sa part prête à provoquer ce réajustement par des hausses de salaires généralisées ? Dans bon nombre de pays occidentaux, l’excès d’épargne des entreprises correspond à des taux d’autofinancement supérieurs à 100%. Ceci signifie que leurs profits dépassent leurs besoins d’investissement.

On sait que l’Allemagne jouit d’une situation de vrai modèle sur ce sujet. Les excédents d’épargne des entreprises (donc les profits non encore utilisés) n’ont pas la destination que l’on connaît au Japon (accumulation d’actifs financiers improductifs) ou aux Etats-Unis (distribution de dividendes élevés, rachat de leurs actions pour améliorer leurs ratios de rendement sur fonds propres). Ces excédents commencent à être réemployés en augmentation de pouvoir d’achat pour les salariés.

Alors, que penser de ces prémisses de changement d’un directionnel économique en Allemagne ? Plusieurs éléments ont « fuité » dans ce sens ces derniers jours. Or, pour l’heure, il ne me semble pas imaginable que la Bundesbank sacrifie sa crédibilité anti-inflationniste. Par ailleurs, si l’on peut imaginer ici ou là des accords généreux de revalorisation des salaires, il semble difficile d’anticiper, dans une économie libérale, la mise en place d’augmentations de salaires systématiques et généralisées. Surtout que l’Allemagne n’est pas non plus complètement tirée d’affaire.

Pour ces réserves, j’ai évalué la probabilité de ce scénario de politique économique et d’évolution des marchés à 20%.

Vous comprenez donc que ce n’est pas le scénario que je privilégie, je ne développe pour l’instant pas les impacts sur les marchés. Mais, en deux mots, si ce scénario se matérialisait, il aurait des impacts inflationnistes forts et donc des conséquences sur les taux longs ; l’euro chuterait également contre les autres grandes devises, de manière assez similaire à ce que j’ai développé hier, même si les raisons en seraient différentes.

Mots clé : - - - - -

Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

Laissez un commentaire