Deutschland geht kaputt (l’Allemagne est foutue) : achetez des ETF bear

Rédigé le 24 octobre 2014 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Oui, il s’agit bien d’une provocation, mais elle n’est pas de nous mais du très sérieux Die Zeit du 26 juin 2013 repris dans une toute aussi sérieuse émission économique sur la chaîne ARD qui s’inspire des récentes déclarations de Wolfgang Schaüble, lesquelles recoupent en grande partie les critiques de l’ex-Chancelier Kohl.

L’Allemagne n’est pas, à proprement parler, victime de mauvais choix mais plutôt d’une absence de choix face aux signaux récessionnistes et déflationnistes qui s’accumulent depuis 1 an. Parce que les records battus semaine après semaine et mois après mois par la Bourse de Francfort ont largement occulté le fait que les performances économiques de l’Allemagne se dégradaient. C’est bien connu : puisque la Bourse est au zénith, c’est que la conjoncture ne va pas tarder à se reprendre ; les marchés anticipent et ne se trompent (presque) jamais. Non, c’est vrai : les marchés ne se trompent jamais, ils changent simplement d’avis.

141034_DAX30Et ils ont un avis sur tout. Sur les taux, sur les devises, sur les matières premières, les actions, la stratégie économique de l’Allemagne, etc. Et leur avis sur l’Allemagne semble de plus en plus sévère si nous l’évaluons par le parcours du DAX 30 qui vient de passer en 3 mois de 10 050 à 8 355 points (et en 1 mois de 9 890 à 8 355 points, soit -15%).

Pour justifier une chute de -17% en l’espace d’un trimestre, il faut trouver autre chose qu’une déception sur la croissance annuelle (+1,2% au lieu des +1,8% anticipés) ou qu’une production industrielle un peu faiblarde au mois d’août.

En réalité, les investisseurs perçoivent à quel point l’Allemagne est vulnérable au marasme qui sévit chez ses partenaires européens et au sein des BRICS. Pourtant, il y aurait de l’espoir : l’Espagne, au prix de sacrifices sociaux et salariaux considérables, redécolle en 2014… Cela doit bien rappeler quelque chose aux marchés… puisqu’il s’agit précisément du modèle adopté par l’Allemagne 10 ans auparavant : produire moins cher et exporter toujours plus pour dégager des excédents, réduire sa dette, se poser en exemple auprès des partenaires européens, imposer de l’austérité aux cigales de la périphérie.

Mais qu’est-ce qui se passe quand les partenaires adoptent la stratégie allemande ? Qu’est-ce qui se passe quand les ménages allemands ont moins de pouvoir d’achat et qu’ils sont de plus en plus nombreux à la retraite ? Et qu’est-ce qui se passe lorsque les retraités ne trouvent plus de rendement sur les marchés ? Et nous pourrions ajouter : qu’est-ce qui se passe quand un pays investit moins que ses principaux partenaires depuis 5 ans parce qu’il peut se laisser porter par la vague de la demande extérieure (machines-outils et berlines de luxe) en provenance des émergents ?

La réponse des marchés est cinglante : la Bourse de Francfort se retrouve lanterne rouge en Europe avec un repli annuel de -6,5%… (si l’on fait exception des -21% de la Bourse portugaise qui ne boxe pas dans la même catégorie).

Je crains donc fort que le DAX 30, qui vient de reprendre +6% en 4 séances, n’ait plus beaucoup de potentiel une fois refermé le gap des 8 975 points du 9 octobre (allez, laissons-nous un peu d’espoir : il y a aussi le gap du 6 octobre à 9 185 points à refermer).

Mais l’indice plafonne alors que le CAC 40, par exemple, reprend plus de 8% et efface 50% du terrain perdu depuis le dernier test des 4 400 points (pour mémoire, le DAX 30 testait de son côté 9 500 ce même 1er octobre et il plafonne désormais vers 8 940).

Sur un nouveau (et ultime ?) coup de reins, le DAX pourrait donc refermer le gap des 9 185 points du 6 octobre… mais je n’y crois pas. Je profiterais plutôt des niveaux actuels et de toute incursion dans la zone des 9 000 points pour acheter des ETF bear (baissiers) sur le DAX 30 : ce sont les DSD qui cotent environ 12 euros.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

2 commentaires pour “Deutschland geht kaputt (l’Allemagne est foutue) : achetez des ETF bear”

  1. […] […]

  2. […] 24 octobre dernier, j’écrivais dans La Bourse au Quotidien un article intitulé Deutschland geht kaputt. Il n’est pas paru une statistique depuis le 20 octobre qui ait démenti le sentiment […]

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