Dettes – Le mal est toujours là : à quand le prochain choc ?

Rédigé le 26 février 2018 par | Fed, Taux & Devises Imprimer

dettesSelon le CFMD (Centre for Microeconomic Data) de la Banque centrale de New York, l’encours de la dette totale des ménages américains a augmenté de 193 milliards de dollars au dernier trimestre 2017. Il atteint ainsi un sommet inégalé de 13 150 milliards de dollars à la fin de l’année 2017. Cela englobe les prêts hypothécaires, étudiants, automobiles et cartes de crédit.

Au sommet de la bulle du crédit en 2008, la dette non hypothécaire avait culminé à 2 700 Mds$. Elle a bondi de +41% en 10 ans, à 3 800 Mds$.

Petit point sur les différentes dettes US

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Dettes ? Les banques se frottent les mains

Les banques adorent cette forme de fuite en avant. En effet, elle leur permet de facturer des intérêts supérieurs de 300 points au taux de référence à 10 ans (2,90%). Et elles répercutent intégralement le surcoût de l’argent (+80 points sur l’ensemble de la courbe en 12 mois) dans le taux imposé aux emprunteurs. Ces derniers s’endettent généralement sur 72 mois.

En ce qui concerne les emprunts hypothécaires à 30 ans, le taux offert aux meilleurs profils (disons aux 1% les plus riches) vient de se renchérir de 100 points de base depuis juillet 2016, passant de 3,50 à 4,5%. Cela représente un surcoût de +33%. Pourtant, dans l’intervalle, les salaires n’ont progressé que de +4,3% en 18 mois !

Présenté comme cela, l’effet de ciseaux paraît saisissant. Mais il faut relativiser. En effet, le taux moyen depuis septembre 2011 est de précisément 4,5% et les 3,40% constituaient des planchers historiques.

Une autre approche consiste à comparer le montant total des intérêts restant dus par les ménages par rapport au précédent pic historique de 2007, lorsque les taux hypothécaires flirtaient avec les 6,50% (et le « 30 ans » avec les 5,50%). Alors qu’ils se situent encore 200 points de base plus bas, la masse des intérêts à rembourser vient de franchir tous les sommets jamais observés au XXIe siècle. Et cela va maintenant s’accélérer au rythme de la dérive des taux longs, que les banques centrales ne contrôlent plus !

La Fed ne doit pas envoyer de mauvais signaux

En ce qui concerne les taux courts, la Fed ne s’est pas reconstitué une marge de manoeuvre suffisante pour contrer la récession que la dégradation des conditions de financement de l’économie risque de précipiter.

Elle pourrait faire savoir qu’elle est prête à assouplir de nouveau sa politique en 2018. Mais cela enverrait un très mauvais signal aux marchés. Ces derniers extrapolent une croissance à +3% (promise par Donald Trump) d’ici 2020 et en déduisent un taux de progression des bénéfices déjà considéré comme insoutenable. Et cela enverrait un encore plus mauvais signal au Forex (le marché des changes) alors que le dollar est déjà extrêmement vulnérable, on l’a vu.

Donc, compte tenu de la chute du dollar depuis 1 an, la vraie question à se poser est non pas « pourquoi les marchés boursiers se sont effondrés début février » mais « pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour que cet accident se produise ? »La suite de l’analyse est disponible dans le dernier numéro de la lettre Béchade Confidentiel. Il s’intitule « Krachs en 1987, 2001, 2008… et 2018 ? Les marchés veulent croire que rien n’a changé, gardons-nous bien de les détromper ! » Retrouvez ici l’intégralité de l’analyse de Philippe ainsi que le conseil de Gilles pour vous protéger.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Dettes – Le mal est toujours là : à quand le prochain choc ?”

  1. Sur le graphique, l’endettement des ménages est au niveau de 2008. Mais pour un PIB très supérieur en dollar courant.
    Le risque est peut-être coté évolution de la répartition des richesses.

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