La dette dans tous ses états

Rédigé le 20 janvier 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

J’ai décidé aujourd’hui de revenir sur les risques liés à la dégradation de la dette des Etats. Pourquoi ? Tout simplement parce que la dette publique est devenue un sujet majeur… pour ne pas dire préoccupant. C’est le nouveau thème à la mode. Il est abordé aussi bien au niveau macro-économique qu’en politique intérieure.

Les Etats sont surveillés par des agences de notation qui évaluent leurs risques de défaillance et de solvabilité. Cela impacte directement le marché obligataire mais aussi les devises de ces pays.

Voici donc de façon simple le pourquoi du comment !

Une triade chargée de repérer les futurs mauvais payeurs

Les agences de notations sont des organes privés chargés d’évaluer la solvabilité d’une entreprise, d’un Etat, d’une collectivité ou même d’une opération financière.

Leur rôle est d’indiquer aux investisseurs éventuels les risques de non remboursement des investissements et des prêts accordés.

Trois agences principales font la pluie et le beau temps sur les marchés : Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch rating.

Ces sociétés utilisent un système de notation assez simple allant de AAA (le fameux triple A) pour les supports les plus sûrs à D pour les organismes en faillite. Entre ces deux extrêmes, vous retrouvez BB+ ou AA- mais il existe bien d’autres niveaux de notation.

L’utilité et les limites du système

Le fonctionnement est assez simple. Les Etats et les entreprises paient les agences de notation afin d’obtenir leur avis sur les risques des opérations. Ainsi, un Etat bénéficiant d’un triple A — comme c’est le cas des Etats-Unis par exemple — peut emprunter à des taux avantageux sur les marchés. En effet, cette note lui permet de trouver plus facilement des créanciers.

Le système comporte pourtant des limites. Elles ont été atteintes plusieurs fois ces dernières années — par exemple lors de l’affaire Enron en 2001 ou encore plus récemment pendant la crise des subprime. Ces limites ont été projetées sur le devant de la scène lors de l’éclatement de la crise actuelle car la plupart des produits structurés bénéficiaient de notes élevées — donc rassurantes pour les investisseurs — malgré la présence de crédits à haut risque.

Par ailleurs, l’indépendance des agences de notations est souvent critiquée voire remise en question car elles sont rétribuées par les personnes qu’elles doivent évaluer. En d’autres termes elles sont chargées de noter leurs clients.

Prenons un exemple concret. Si en 2007 l’une de ces agences avaient décidé d’attribuer une mauvaise note à un crédit subprime, les banques n’auraient sans doute pas manqué de réagir. Elles n’auraient pas commandé d’autres évaluations (sur d’autres produits) ce qui aurait privé les agences d’une part substantielle de leurs chiffre d’affaires !

Les dettes des Etats

Le domaine le plus médiatique du travail de ces agences — et principalement en ce moment où la dette publique est le souci majeur de la sphère économique — est bien entendu la notation des dettes dites souveraine des Etats.

Lundi dernier, Moody’s annonçait une possible dégradation de la note du Portugal après avoir émis le même avertissement pour la Grèce.

Avec une forte poussée des taux grecs, l’impact a été immédiat sur le marché obligataire. On a l’habitude de comparer les taux des pays européens à ceux de l’Allemagne qui restent la référence en Europe.

Les greek bond

Ainsi le spread sur les échéances à 10 ans — la différence entre les taux des deux pays –, a atteint près de 270 points de base au plus fort des inquiétudes avec un taux de plus de 6% en Grèce.

Sur ce graphique, vous voyez en orange la moyenne de ce spread moyen et en bleu le spread de la Grèce.

Et les Etats-Unis dans tout ça?

Mais le cas le plus intéressant reste celui des Etats-Unis qui arrivent à jongler avec une note maximum « triple A » et un déficit qui atteint, selon les derniers chiffres, 12 000 milliards de dollars.

Malgré ses avertissements aux Etats américains pour réduire son déficit abyssal, l’agence Fitch, a confirmé la note suprême en réaffirmant que « le risque à court terme pour le statut ‘AAA’ des Etats-Unis est minime étant donné leur financement exceptionnel et leur flexibilité économique, ainsi que le rôle du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale prédominante ».

L’impact sur le dollar d’une dégradation de la dette américaine serait tellement conséquent qu’on peut même se demander si l’une des agences endossera cette responsabilité même à plus long terme.

Ce qui est sûr, c’est qu’une nouvelle fois malgré la situation irrationnelle du budget américain, les inquiétudes sont beaucoup plus préoccupantes en Zone euro où les écarts de croissance vont poser un réel problème, à court terme, entre les pays sortant de la récession et ceux qui sont au fond du gouffre.

Cela me conforte dans la perspective d’un renforcement du dollar face à la monnaie européenne.

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

4 commentaires pour “La dette dans tous ses états”

  1. […] que le premier épisode de la longue saga des banqueroutes potentielles et des restructurations de dettes souveraines. Fin mai, au moment où la BCE parvenait péniblement à éteindre l'incendie de la péninsule […]

  2. […] et la fin du premier trimestre 2010 (2), le retour de l'aversion au risque — avec la crise des dettes souveraines en Europe —  avait relancé la pression acheteuse sur l'or. Ce besoin de sécurité avait remis […]

  3. […] en ces termes que débute le sixième rapport de l'Autorité des marchés financiers (AMF) sur les agences de notations publié vendredi dernier. Et Jean-Pierre Jouyet, le président de l'AMF, de rajouter "leur […]

  4. […] Comme chacun le sait, la destruction est toujours plus rapide que la reconstruction. Autant dire que l'on va encore parler longtemps de la dette publique… […]

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