A 70 ans de distance, l’Europe a bien changé: elle est pire qu’avant !

Rédigé le 21 août 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

L’annonce de la démission d’Alexis Tsipras est venue mettre un terme à des semaines de rumeurs et de spéculations sur une telle issue, devenue inévitable compte tenu de la fronde interne de nombreux députés du parti Syriza qui considère -comme Yanis Varoufakis- que le gouvernement élu pour résister à la pression de la Troïka « a trahi la grande majorité du peuple grec qui avait voté à 62% contre l’austérité ».

L’acceptation des conditions dictées par les créanciers de la Grèce mi-juillet était de l’avis général un suicide politique mais de nombreux économistes et journalistes (pas seulement germaniques) ont crédité Alexis Tsipras d’un éclair de lucidité et d’un grand sens des responsabilités en choisissant de capituler pour éviter à son pays « la famine et la guerre civile ».

Je pourrais vous dresser la longue liste des individus qui ont tenu ou écrit de tels propos dans les médias, mais vous avez certainement quelques noms en tête… mais le problème, ce n’est même pas le nombre des laudateurs de la lâcheté de M. Tsipras, c’est le concept même de « famine et de guerre civile ».

Nous ne parlons pas d’un pays qui a mis l’Europe et le monde à feu et à sang… mais le vocabulaire est le même : « Tsipras n’a pas d’autre choix que de capituler », « la Grèce connaitra le chaos et l’enfer ».

Attendez, il s’agit juste d’un pays qui a un problème de dettes, parce que des créanciers cyniques lui ont prêté tout en sachant que le pays n’avait pas les moyens de rembourser.

Nous retrouvons exactement le même genre d’immoralité et d’avidité qui a présidé au gonflement de la bulle des subprime.

Il y a même eu des banquiers assez cynique pour prêter de l’argent à Athènes et spéculer en sous-main contre la dette grecque tellement ils étaient convaincus qu’elle ne rembourserait jamais.

Oui, nombreux sont ceux qui se prétendent européens la main sur le cœur qui se félicitent que la Grèce échappe au chaos et à la famine… un sort que même les alliés ont souhaité épargner à l’Allemagne vaincue en 1945.

L’Allemagne fut certes mise sous tutelle… mais en dépit des horreurs du nazisme, se vit offrir les moyens de prendre un nouveau départ.

L’Allemagne refuse 70 ans plus tard cette chance à la Grèce qui n’a massacré personne… mais que les grecs s’estiment heureux de ne pas crever de faim en 2015 !

Vive l’Europe ! A bas Tsipras !

Une Europe qui a effectivement bien changé: elle est pire qu’avant !

 

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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