Le déni des marchés

Rédigé le 13 juillet 2017 par | Indices, sociétés et marchés Imprimer

La dissonance cognitive est un état psychologique lors duquel les capacités visuelles, auditives et autres fonctions sensorielles fonctionnent parfaitement, mais l’esprit ne peut pas traiter correctement ce qu’il voit et entend. Le déni est un autre mot pour décrire ce même état. Vous voyez ce qui se passe mais vous refusez simplement de le croire ou vous restez coincé dans un système de croyance alternatif.

C’est une bonne description de ce qui se passe sur les actions et l’or en ce moment. Les actions restent quasiment sur leurs sommets sans signe de réelle faiblesse. Pendant ce temps, l’or a subi deux flash krachs vicieux au cours des deux dernières semaines. Le dernier était le 3 juillet, lorsque l’or a chuté de 1,8% en séance ; l’autre était le 26 juin, lorsque l’or a chuté de 1,3% en quelques minutes. L’or est tombé à 1 217 $ l’once, et flirte désormais avec les 1 210 $.

Autrement dit, le marché aime les actions mais pas l’or.

Pourtant, considérons les preuves objectivement.

Les dernières « minutes de la Fed », qui sont le compte-rendu de la réunion du FOMC du 14 juin, ont été publiées la semaine dernière. Combiné à des fuites savamment orchestrées par la Fed, elles indiquent qu’il n’y aura pas de hausse des taux d’intérêt lors des réunions de juillet, de septembre ou de novembre. C’est exactement ce que nous vous expliquons depuis plusieurs semaines. Il est trop tôt pour déterminer avec suffisamment de confiance ce qu’il se passera lors de la réunion de décembre, mais notre estimation pour l’instant est qu’il n’y aura à nouveau pas de hausse de taux. Voilà. La Fed a fini ses hausses de taux pour 2017.

Rappelez-vous, nos modèles d’anticipation reposaient sur une hausse des taux de 0,25% en mars, juin, septembre et décembre jusqu’au milieu de 2019, à moins qu’un de ces trois facteurs n’ait émergé : la désinflation ; une baisse désordonnée du marché ; la baisse des créations d’emplois. Le facteur de pause qui est apparu récemment et qui fait marquer une pause à la Fed est la désinflation.

La Fed a une cible d’inflation de 2%, mesurée par son indicateur d’inflation préféré : l’indice PCE des prix de base d’une année sur l’autre. Voici les données de l’indice PCE ces quatre derniers mois :

Vous voyez l’idée. Cette désinflation n’est pas une surprise compte tenu de la faiblesse des ventes d’automobiles, des ventes au détail, des revenus réels et de la participation au marché du travail. De plus, cette mesure de l’inflation va dans la mauvaise direction : elle faiblit mois après mois.

Même la Fed ne peut pas considérer cela comme étant « transitoire » après quatre mois de baisse. En conséquence, à moins d’un sursaut très conséquent en juillet, et comme le prédit notre modèle, la Fed est en stand by jusqu’à ce que les données deviennent plus positives. Mais les données pourraient ne pas repasser positives si les États-Unis glissent dans une récession à cause du resserrement monétaire que la Fed a commencé à opérer au mauvais moment !

Nous avons également mis en garde depuis des mois que le programme de Trump, basé sur la reflation, était en train de s’effondrer. Jusqu’à présent, nous n’avons vu aucun résultat ou annonce concrète sur les réductions d’impôt, la réforme fiscale, les dépenses d’infrastructure, l’abrogation d’Obamacare ni même concernant le mur à la frontière mexicaine. Le marché boursier a évalué tout cela à la perfection dans l’euphorie post-électorale de novembre 2016 à mars 2017, mais aucun de ces éléments n’a eu lieu ! Au contraire, la réforme fiscale et les dépenses d’infrastructure n’ont aucune chance de voir le jour cette année. En attendant, de nouveaux problèmes, y compris l’augmentation du plafond de la dette et un blocage possible du gouvernement, commencent à encombrer le calendrier du Congrès, sans oublier les enquêtes en cours sur la Russie, la confirmation d’un nouveau directeur du FBI, et une éventuelle nouvelle bataille de nomination à la Cour Suprême.

Enfin, il y a le front géopolitique. Nous vous expliquons notre inquiétude depuis longtemps au sujet d’une guerre à venir avec la Corée du Nord. Le 4 juillet, la Corée du Nord a franchi la ligne rouge en testant un missile balistique intercontinental capable de porter une ogive nucléaire pour frapper les États-Unis. Cela ne va pas être accepté.

Les États-Unis détruiront les capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord et décapiteront le régime en utilisant la force militaire si celui-ci ne montre aucun signe de renonciation à son programme. Et la Corée du Nord ne semble pas prête à le faire.

La Chine semble ne pas vouloir aider les États-Unis, ce qui signifie que les États-Unis vont bientôt imposer de lourdes sanctions économiques aux institutions financières chinoises qui aident la Corée du Nord. La Chine va répliquer en utilisant son arme de dévaluation monétaire et les Etats-Unis répondront avec une augmentation drastique des tarifs douaniers, ce qui mènera à une guerre commerciale à grande échelle.

Voici donc la réalité des choses :

Ceci dans le meilleur cas !

L’un ou l’autre de ces facteurs pourrait passer hors de contrôle et entraîner une crise de liquidité bien plus grave sur les marchés.

Ces paramètres sont excellents pour l’or mais dangereux pour les actions. Pourtant, les actions montent et l’or stagne. Ceci correspond à une dissonance cognitive.

Quand est-ce que le marché va voir la réalité en face ?

Quand tout le monde s’y attendra le moins.

D’après notre expérience, le somnambulisme du marché risque de se poursuivre encore quelque temps… jusqu’à ce qu’un choc fasse que chaque participant du marché réalise les risques de guerre et de récession. C’est alors qu’une correction violente se déclenchera… venue apparemment de nulle part.

Pour les investisseurs qui peuvent anticiper ces scénarios, le moment est venu de se préparer à cette correction en réduisant les positions boursières et en augmentant l’allocation en cash et en or.

 

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Un commentaire pour “Le déni des marchés”

  1. Comme d’habitude, si une guerre se déclare, le complexe militaro-industriel sera soutenu par le gouvernement et alimenté directement par la Fed. Au contraire de chuter, pour retourner les positions short des petites mains naïves, les actions monteront. Mais ce sont des actions de Monopoly: leur valeur réelle n’est que de 10 fois l’EBIT. La valeur faciale restante représente une richesse virtuelle dont l’unique intérêt est de flatter l’ego des propriétaires dans les dîners mondains.

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