Le délit d’initié institutionnalisé

Rédigé le 24 juin 2015 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Vous serez certainement d’accord avec moi : gagner 17,9% par an depuis 2004 c’est une performance qui doit faire envie à plus d’un investisseur. Si c’était votre cas, vous auriez tout simplement multiplié votre capital par cinq en 11 ans.

Rappelons que, sur la même période (janvier 2004 à décembre 2014), l’indice CAC 40 n’a grignoté que 1,7% – soit une performance dix fois inférieure (avec en prime un risque trois fois plus important).

Faut-il être un initié pour obtenir de tels rendements ? Oui, en quelque sorte, puisque l’accès à de tels rendements est strictement limité à un nombre restreint d’investisseurs. A l’heure où j’écris ces lignes, il reste encore quelques places ; je vous laisse donc en vérifier la disponibilité en cliquant sur ce lien

Mais revenons aux initiés.

Comme vous le savez, la communauté financière tente constamment de deviner les intentions de la Réserve fédérale américaine (la Fed). A chaque fois que le Federal Open Market Committee (le comité de décision de la Fed ou le FOMC pour les intimes) se réunit à l’écart des micros – soit au minimum huit fois par an – tout le monde s’agite pour connaître les véritables pensées de ses membres.

Les taux américains seront-ils relevés cette année ? Quelles sont les prévisions de la Fed pour l’inflation ? Pour le dollar ?

Comme le monde est injuste, certains investisseurs bénéficient évidemment de fuites, ce qui leur permet de prendre des positions avant les autres. Et d’engranger jusqu’à 210 M$ de profit, comme le prouve l’étude académique* que je décortique pour vous aujourd’hui.

Prenons l’exemple de la semaine dernière, date de la dernière réunion du FOMC. Les investisseurs s’étaient principalement intéressés à la hausse des taux américains. Comme à son habitude, la gouverneure Janet Yellen a refusé d’évoquer un quelconque timing, fournissant simplement quelques éléments de réflexion.

En résumé, la Fed estime que la croissance US sera moins forte cette année, mais qu’elle accélérera en 2016 et 2017. Le chômage devrait rester au-dessus des 5% cette année, mais l’inflation restera stable et la déflation ne se semble plus être une préoccupation majeure.

Sur la base de ces données évasives, libre à chacun de prendre position pour anticiper les futures actions de la Fed. En réalité, non, pas à « chacun ». Un nombre très limité de privilégiés connaissent les discussions de la Fed avant que celles-ci ne soient rendues publiques.

Comment est-ce possible ? La banque centrale les communique en avance à certains médias importants, avec un embargo (c’est-à-dire avec l’interdiction de les publier avant une date précise). Or, des fuites ont lieu systématiquement (évidemment). C’est la conclusion du travail de titan qu’ont effectué les auteurs de l’étude dont je vous parle aujourd’hui. En résumé, quelques individus profitent allègrement de données n’étant pas accessibles au reste du marché. Ce qui est très proche du délit d’initié, mais, vu que cela implique des journalistes, c’est un fait peu connu.

Comment s’y sont pris nos chercheurs? Ils ont commencé par analyser des données à haute fréquence lors des périodes d’embargo sur le contenu des réunions du FOMC entre septembre 1997 et juin 2013. Ils ont donc récolté une quantité impressionnante de données, afin de savoir si effectivement certaines transactions provenaient d’initiés. Curieusement, ils ont découvert qu’avant l’annonce de la Fed il y avait entre 8,4% et 9,5% d’ordres passés en plus sur le E-mini S&P 500 futures, qui est le principal indice de la bourse américaine. Ces ordres allaient bien sûr dans le même sens que la surprise (qui ne sera révélée qu’à la fin de l’embargo).

Pourtant, sur ce marché très liquide, cette différence est habituellement inférieure à 1%. La progression de l’indice qui en résulte atteint en moyenne 20,5 points de base.

Ces étranges écarts se retrouvent également sur le E-mini Nasdaq 100 futures, les ETF SPDR S&P 500 ou le PowerShares QQQ du Nasdaq 100. Les auteurs estiment que les profits ainsi réalisés oscillent entre 4,5 millions et 210,5 millions de dollars.

Et ne croyez pas que ce genre de fuites se limite à la Fed. La BCE a montré, à plus d’une reprise ces derniers mois, qu’elle ne pouvait pas, elle non plus, contrôler l’information.

Mais, connaissant le salaire des journalistes, on peut s’attendre à ce que ces pratiques très profitables continuent d’exister pour encore un bout de temps…

Si vous aussi vous voulez devenir un initié, cliquez sur ce lien.

* L’étude mentionnée dans cet article, et bien d’autres encore, peut être consultée en vous enregistrant sur notre page spéciale “Agora”.

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sylvainfrochaux
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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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