Delhaize-Ahold : Un mariage pour ultime salut ?

Rédigé le 15 mai 2015 par | Big caps, Toutes les analyses Imprimer

L’autre jour, je vous expliquais qu’un des catalyseurs qui pourrait tirer les marchés à la hausse seraient les méga fusions-acquisition.

Eh bien de nouveau, un rapprochement défraye la chronique, en cette mi-mai : va-t-on enfin assister au mariage entre le belge Groupe Delhaize (BE0003562700-DELB) et le néerlandais Ahold (NL0006033250-AH) ?

Les deux groupes discutent de nouveau d’un rapprochement alors qu’ils avaient renoncé à se marier en 2007. Mais en 2007, la négociation portait sur une fusion entre égaux, avec un siège en Belgique… Aujourd’hui, le rapport de force a changé.

Ahold réalise un chiffre d’affaires annuel de 32,6 Mds€ pour un bénéfice net de 0,6 Mds€, soit une rentabilité nette de 1,8%.
Groupe Delhaize réalise 21,4 Mds€ de chiffre d’affaires pour un résultat net de 0,09 Mds€, soit une marge nette de 0,5%…

Bien entendu, vous le comprendrez aisément au vu de leur rentabilité, les deux groupes n’ont pas du tout la même taille en Bourse : Ahold pèse 16 Mds€ quand son concurrent ne pèse que 8,7 Mds€.

Pour le broker Oddo, il s’agit avant-tout d’un deal défensif qui viserait à les protéger de prédateurs américains (les deux groupes sont présents Outre-Atlantique, notamment dans différentes zones du Nord-Est du pays). En effet, il y a un vaste phénomène de concentration aux Etats-Unis et les deux groupes ont besoin de se serrer les coudes, de peser plus lourd dans la balance pour ne pas de faire croquer sans pouvoir négocier.

Et puis, l’idée est évidemment d’accroître leur rentabilité respective en dégageant des économies.

Même si nous n’en sommes qu’aux balbutiements de l’opération, Oddo a calculé que les synergies brutes pourraient être de 500 M€… Sans s’avancer trop, le broker anticipe des économies d’échelle en matière d’organisation, de logistique ou encore des achats. La casse pourrait être importante en matière sociale, ce qui a poussé les syndicats à monter très vite au créneau. Logique.

Mais cela passe très mal du côté de Delhaize qui a déjà commencé à faire le ménage en 2014 en restructurant son réseau avec 1800 départs et des fermetures de magasins. Les salariés sont mobilisés et le sont d’autant plus qu’ils ont été scandalisés d’apprendre qu’au titre de l’exercice 2014, les actionnaires recevraient un dividende de 1,6 €, en augmentation de 3% par rapport à 2013… Rien de choquant, pensez-vous peut-être… sauf que sur cet exercice le résultat net part du groupe a reculé de 50,3% à 89 M€. Et malheureusement, on a privilégié ici l’actionnaire au détriment du salarié, considéré comme la variable d’ajustement par excellence.

Alors… qui sont ces actionnaires ?

Eh bien, ce ne sont autres que des fonds : Citibank (10,6%), Blackrock (4,9%) et Silchester International (10%). La logique financière supplante de loin la logique industrielle. Et les salariés trinquent.

Le début d’année a donc été difficile pour Delhaize qui a vu chuter son bénéfice net de 64,9% au premier trimestre, à 28 M€ en raison notamment d’investissements en prix, promotions ou encore en charges de marketing.

Vous l’avez compris… Groupe Delhaize aura bien du mal à rester indépendant et si l’opération ne débouche sur rien, cette fois, avec Ahold, il faudra tôt ou tard trouver une solution capitalistique. Et pour faire l’avocat du diable… c’est peut-être même toute l’activité, et tous les salariés qui peuvent être, à terme, en danger.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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