Quoi qu’on en dise, les actions n’échapperont pas au deleveraging

Rédigé le 28 janvier 2011 par | Big caps Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Les titres à la « une » de la presse financière sont de plus en plus gros, un peu à l’image des scores quotidiens affichés par les indices boursiers. Chaque jour qui passe voit les actions atteindre un plus haut depuis 3 ans (Nasdaq, S&P 500) ou même depuis 10 ans (Nasdaq 100)… et les commentateurs de s’exclamer « les marchés ne sont pas chers » !

Cela ne veut strictement rien dire, pas chers… par rapport à quoi ? Par rapport à des taux artificiellement bas et qui ne peuvent que remonter ? Par rapport à la valorisation des dot.com en mars 2000 ? Par rapport au cours du palladium ou du cuivre qui sont au zénith historique ? En réalité, les cours ne sont pas chers par rapport à ce que chacun anticipe d’ici une semaine ou un mois… puisque chaque jour constituera un pas de plus vers les sommets. Nous n’exagérons pas.

Le constat que nous dressons est incontestable et édifiant : les séances de hausse s’enchaînent avec une régularité de métronome sans que cela ait quelque chose à voir avec une quelconque forme d’anticipation économique (ou conjoncturelle) puisque tout procède des injections de liquidités de la Fed. Les marchés ont grimpé avec une régularité qui force l’admiration tout au long des trois mois qui ont précédé la mise en oeuvre du QE 2 de 600Mds$… Mais nous n’avions encore rien vu !

Vous avez-dit manipulation ?
Examinons maintenant en détails le comportement des marchés depuis que la Fed dépose chaque matin 5Mds$ sur le coin du bureau des principaux intervenants de Wall Street.

Les rachats de créances (douteuses le plus souvent) ont débuté il y huit semaines mais avec les jours de congé, on ne dénombre que 38 séances à Wall Street. Si l’on prend comme référence l’indice le plus représentatif (le S&P 500), 28 d’entre elles se sont soldées par une hausse — ce qui signifie que 10 séances seulement se sont soldées par des replis.

Retirons maintenant les séances où la consolidation ressortait à moins de 0,2%. Cela en fait 8 de moins. Pourquoi cette soustraction ? Tout simplement parce que, dans 50% des cas, le S&P a effacé ces pertes — jamais supérieures à 2 points d’indice (il vaut autour de 1 300 points) — dans l’heure qui a suivi la clôture, en transactions hors séance.

Corrigeons ce total des rebonds hors séance et cela nous donne un ratio de 32 hausses sur 38, soit 85% de séances où l’acheteur de la veille ressortait créditeur le lendemain. C’est carrément vertigineux ! Autrement dit, 80% des consolidations survenues depuis le 1er décembre n’ont probablement eu pour seul but que de maintenir un ratio hausses/baisse autour de 75/25, de telle sorte que la manipulation des cours n’apparaisse pas trop flagrante.

Sinon, nous attendons que quelqu’un nous démontre que l’actualité économique — et les perspectives qui en découlent — a effectivement été favorable aux marchés 5 fois sur 6 depuis le 1er décembre !

Nous avons déjà souligné le caractère singulier de l’évolution du S&P 500 et rappelé qu’une solide résistance l’attendait vers 1 300/1 310 points (zénith d’août 2008). Nous pouvons ajouter aujourd’hui que sa performance annuelle fait pâle figure au regard de celle du CAC 40 (2,7% contre 6,8%). Son plafonnement sous les 1 296 points dès le 10 janvier compte peut-être pour un test en bonne et due forme du zénith du milieu de l’été 2008…

Comme nous sommes bien convaincus que le mot d’ordre de la Fed est de n’autoriser aucune correction qui puisse apparaître susceptible (graphiquement) de menacer la tendance haussière, nous orientons nos recherches du côté d’éléments techniques « collatéraux » pour déceler d’éventuelle lignes de fractures enfouies très profondément sous les kilomètres d’épaisseur d’optimisme univoque des marchés.

Le VIX… où la faille enfouie sous des kilomètres d’épaisseur d’optimisme
Nous sommes intrigués par le comportement du VIX (indice de la peur) qui s’est enfoncé vers un plancher historique de 15,5 il y a une semaine mais, qui a rebondi de +20% — à niveau de S&P 500 égal, c’est-à-dire 1 290 points — également en l’espace d’une semaine… et bien que les indices US aient aligné 4 séances de hausse sur une série de 5.

Un chartiste chevronné vous expliquera qu’il ne s’agit là d’oscillations correspondant à une phase de respiration au sein d’un corridor qui n’est pas plus épais que ceux de précédents épisodes de ce type — la volatilité apparaissant tout à fait moyenne une fois lissée sur une dizaine de séances. Nous en conviendrions volontiers, mais à une nuance près : les matières premières enregistrent de lourdes corrections et le cours de l’or se replie également.

Cela pourrait signifier que la masse colossale des positions à terme — leur montant a explosé depuis le 1er septembre dernier — commence à se dégonfler. Le compartiment des actions sera peut être le dernier affecté… mais il n’échappera pas à ce phénomène général de deleveraging.

Les niveaux planchers atteints par le VIX (la zone des 15) sont proprement intenables, même en imaginant que les prévisions les plus optimistes se réalisent tandis que le problème de l’endettement et de l’insolvabilité des Etats s’évaporerait comme par miracle.

Du point de vue technique, quoi que fasse le S&P 500, le VIX est voué à refranchir le palier technique des 19 de façon imminente. S’il débordait dans la foulée la résistance des 23/23,5 — plus abordée depuis les 10 septembre et 1er décembre 2010 –, cela signifierait que les indices US quittent leur canal haussier moyen terme… d’où une nécessaire vigilance en cas de repli du S&P 500 au contact des 1 265 points (risque de rupture en direction de 1 240 points).

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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