Le momentum : comment vous aider à gagner 36% en neuf mois

Rédigé le 16 octobre 2013 par | Apprendre la Bourse, Big caps Imprimer

Et me voilà avec deux nouveaux prix Nobel à mon actif… Le compteur passe maintenant à neuf. Enfin, vous vous en doutez, je n’ai pas reçu de prix Nobel – ni un, ni neuf – mais j’ai à ce jour interviewé neuf prix Nobel.

Comme vous l’avez certainement appris, Eugene Fama (Gene, pour les intimes) et Robert Shiller (Bob pour les dames), ainsi que Lars Peter Hansen ont reçu le Prix Nobel d’économie ce lundi. Etant donné que j’ai interviewé Gene et Bob il y a de cela quelques années, je voulais le signaler à toute personne intéressée un tant soit peu par une approche scientifique de l’investissement. Donc vous, a priori. Ces interviews sont disponibles gratuitement sur notre site* (voir le lien en bas de cet article).

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Cela étant, le choix Shiller-Fama est presque comique, dans le sens où s’il y a bien un intellectuel qui juge que l’hypothèse d’efficience des marchés de Fama est bel et bien l’affirmation la plus surfaite en finance, c’est Shiller.

Il faut peut-être être un initié de l’académique pour le savoir (et l’apprécier), mais la guéguerre entre les deux hommes devrait encore creuser davantage le fossé entre les adeptes de la finance comportementale (Shiller), dont je fais clairement partie, et ceux qui pensent que le prix d’une action reflète, en tout temps, toute l’information disponible (Fama).

Je parie que, dans quelques années, le camp de Shiller aura accueilli bien plus de nouveaux adeptes que celui de Fama, même si ce dernier a une influence bien plus grande au vu de sa filiation universitaire (Chicago Booth est le Goldman Sachs de l’académique).

Enfin, bref, toutes les personnes qui souhaitent en savoir plus sur les implications de ce prix Nobel, notamment en termes de stratégie d’investissement, je vous invite à vous enregistrer sur ici d’ici vendredi midi au plus tard. En plus de pouvoir télécharger les interviews de Bob et Gene – et d’autres prix Nobel – vous recevrez dans l’après-midi de vendredi un document spécial sur le sujet.

Mais revenons à la stratégie du jour : le momentum.

Manipulation des cours de l’or… dissimulation des chiffres officiels… et autres écrans de fumée… « ils » tentent par tous les moyens de vous cacher :

On me demande souvent ce qu’est le momentum, comment le détecter, et surtout comment en profiter. Et si possible dans des termes simples et en quelques phrases seulement (c’est la tendance du moindre effort qui semble se généraliser).

A ce genre de questions, je m’empresse de répondre que la vérité est plus compliquée que quelques phrases lancées ici ou là. Mais vu que mes interlocuteurs semblent ne pas se contenter d’une telle réponse, je me demande par quel bout commencer.

Je leur parle alors de ma lettre Straight from The Lab, qui déchiffre sept stratégies par mois dans les moindres détails. Et puis je leur parle des quelques articles sur le momentum qui ont littéralement révolutionné la recherche en finance.

La première des recherches* (vous pouvez retrouver les études que je mentionne au bas de cet article) est bien sûr celle qui a « découvert » le principe même de momentum, c’est-à-dire cette tendance qu’ont les actions à continuer sur leur lancée (qu’elle soit positive ou négative) pendant encore un certain temps. Elle a été publiée au début des années 1990 dans une revue académique de premier plan.

Qu’est-ce que le momentum ?

La question porte évidemment sur la dimension temporelle : que veut dire « un certain temps » ? Les deux auteurs de cette étude ont décelé que les titres ayant enregistré une performance particulièrement importante dans un passé récent (de quelques mois) avaient tendance à continuer à gagner du terrain à moyen terme. L’inverse se vérifiait également : les titres ayant enregistré des performances particulièrement médiocres avaient tendance à sous-performer les autres titres.

Les deux auteurs mettaient toutefois en garde contre deux phénomènes parasites :

  1. Une société qui a récemment vu son cours exploser (à la hausse ou à la baisse) peut subir un renversement de tendance à court terme, de l’ordre de quelques semaines.

  2. Une société dont le titre a surperformé pendant suffisamment longtemps peut ensuite accuser un certain recul sur le long terme.

Dans les deux cas, c’est ce que l’on appelle un retour à la moyenne, qui est (tout comme le momentum) lié aux préceptes de la finance comportementale.

En effet, les investisseurs, qui restent des humains (et les machines qui les remplacent dans deux cas sur trois accentuent même ces biais comportementaux car elles ont été conçues précisément pour profiter de ce genre d’anomalies), ont cette fâcheuse tendance à suivre le mouvement général. A se faire porter par la vague. A surfer sur les réussites récentes. Peu importe, en fin de compte, que les fondamentaux n’aient pas bougé d’un iota.

En France, comme ailleurs, le momentum a fait ses preuves

Quatre ans plus tard, un autre brillant chercheur est parvenu à démontrer que les modèles classiques d’évaluation des actifs financiers pouvaient être améliorés en ajoutant ce concept de momentum. Le modèle à trois facteurs (qui prend en compte le bêta du marché, la taille et la valeur des entreprises), que l’on appelle le modèle de Fama-French, était alors augmenté d’un quatrième facteur, le momentum. Ce modèle avait le grand avantage de démontrer si le momentum était l’une des causes, ou non, de la performance d’un portefeuille d’actions.

Le sujet étant à la mode, de nombreux chercheurs à travers le monde se sont mis à tester le momentum sur différents actifs, que ce soit sur le marché français ou le marché des devises, par exemple. Certains se sont même amusés à vérifier cette théorie sur plus de deux siècles de données, démontrant que les biais comportementaux des investisseurs ont toujours existé, ce qui ne devrait surprendre personne.

Quelques rares électrons libres sont même parvenus à améliorer la stratégie initiale avec des résultats plus que probants. Je vous mets d’ailleurs sur notre site* le lien vers deux des avancées récentes les plus pertinentes. Et, pour la route, une dernière étude* qui concerne le défaut principal du momentum : son risque de krach à court terme.

Prenons un exemple concret

Car, évidemment, plus on mise sur une continuation des cours, plus l’on prend le risque d’un retour brutal à la réalité (lorsque les investisseurs comprennent finalement qu’il y a une limite à tout excès). Pour illustrer ces différents éléments, regardons ces deux graphiques ci-dessous :

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Comme vous pouvez le constater, ces deux graphiques affichent une tendance clairement positive. L’action MICRON TECHNOLOGY (MU-Nasdaq) a progressé de 84,2% entre le 1er janvier et le 31 mai de cette année, tandis que l’action TESORO CORP. (TSO-NYSE) a gagné 40,9% sur la même période. A titre de comparaison, l’indice S&P 500 n’avait progressé que de 14,3%.

Suivant la logique du momentum, ces deux titres peuvent donc prétendre continuer sur leur belle lancée.

Regardons maintenant ce qu’il s’est passé au cours des trois mois qui ont suivi :

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D’un côté, l’action MICRON TECHNOLOGY a continué à engranger une performance plus que raisonnable (+49,6% entre fin juin et fin septembre). De l’autre, l’action TESORO s’est lamentablement effondrée, perdant 28,3%. Le S&P 500 a, quant à lui, grignoté 3,1% sur la même période.

Sans avoir la place ici de décrire tous les mécanismes qui ont participé à faire propulser l’un et faire effondrer l’autre (on pourrait en écrire un livre – d’ailleurs, je devrais peut-être m’y atteler vu le nombre de questions que je reçois à ce sujet), l’une des clés pour prémunir tout risque et toute catastrophe de trading est bien sûr le money management.

Lorsque l’on base une stratégie d’investissement sur une anomalie de marché (le momentum en étant une), il est impératif de détenir suffisamment de titres dans son portefeuille pour éviter qu’une ou plusieurs valeurs ternissent complètement les performances. Et être patient.

Forcément, si l’on fait l’effort de construire une stratégie basée sur des anomalies de marché, il serait franchement dommage (et dommageable) de paniquer au premier soubresaut. Le cap doit être maintenu (coûte que coûte, si je puis dire), et l’émotion ne pas interférer. ET c’est là que vous devez avoir une stratégie imparable. Pour vous le prouver, je vous mets ci-dessous une capture d’écran de ma stratégiesur le marché américain (qui existe aussi sur le marché français et européen), avec les performances obtenues au 30 septembre. Le nom et le prix des titres en portefeuille ont été masqués volontairement (les clients confirmeront, en revanche, qu’il s’agit bien du bon portefeuille).

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Vous pouvez constater que le nombre de positions (ici, dix-neuf) est un élément crucial. Quatre titres affichaient à fin septembre des performances négatives, mais huit se détachaient clairement, avec un gain supérieur à 20%. En prenant en compte les trades déjà réalisés cette année, il en résulte une performance de 36,8% depuis début janvier, soit en l’espace de neuf mois.

Le momentum n’est bien sûr qu’une technique parmi tant d’autres que nous utilisons dans le cadre de ma stratégie. L’important, lorsque l’on se base sur la recherche scientifique, est de se concentrer sur la méthodologie, même si certains titres évoluent finalement dans le sens contraire.

La réussite est donc un savant mélange de diversification, de gestion des liquidités et, surtout, de sang froid. Car ce qui compte, au final, c’est la performance moyenne d’un portefeuille, peu importe si l’un ou l’autre de ces titres perd 20% ou plus.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le momentum, allez sur notre site et vous découvrirez (gratuitement) les meilleures études sur le sujet.

Bonne lecture !

* Toutes les études mentionnées dans cet article, et bien d’autres encore, peuvent être consultées en vous enregistrant sur notre page spéciale « Agora ».

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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