Découplage entre la finance et la vraie économie

Rédigé le 4 octobre 2011 par | Mid et Small Caps Imprimer

L’un de mes amis, de retour d’un week-end à Mykonos, m’a raconté qu’aussi bien les restaurateurs que les loueurs de voitures exigeaient un paiement en espèces. Les cartes bleues sont proscrites de certains pans de l’activité : paiement en liquide exigé — histoire de pouvoir s’en mettre un peu de côté à l’abri du rouleau compresseur des impôts ?

Le scénario du pire se met en place sur les marchés financiers…

Mais dans ce cas, si un pan de l’économie et de l’argent disparaissent des comptes : comment récupérer l’argent ?

Le déficit grec à 8,5% du produit intérieur brut est supérieur aux attentes, ce qui veut dire que l’Etat va devoir augmenter à nouveau les impôts. Mais cela signifie que les ménages consommeront moins. Et que les commerçants continueront à court-circuiter ce système pour maintenir leur pouvoir d’achat ! Autant de recettes fiscales en moins ! Comment voulez-vous qu’il y ait de véritable réduction du déficit dans ces conditions ?!

Certains gérants avec qui je me suis entretenu préfèrent carrément un haircut de l’ordre de 50% plutôt que cette paralysie politique actuelle.

Ce que dans le milieu nous appelons « haircut » signifie que l’on accepte un défaut de 50% : les créanciers s’assoient sur 50% des montants qu’ils ont investis. Ce serait un moindre mal car on ne voit pas comment la Grèce peut s’en sortir alors qu’elle est entrée dans le cercle vicieux de la récession tout en ayant des obligations de devoir taxer encore plus.

Nous sommes actuellement dans le scénario quasiment du pire… La valorisation actuelle des marchés intègre clairement des scénarios économiques très noirs, c’est-à-dire un scénario à la 2008 avec une révision à la baisse des bénéfices par action de l’ordre de 30%.

… Mais les dirigeants restent optimistes et confiants dans leurs activités

Or, dans le monde des small caps, je ne ressens pas du tout ce genre de situation. Je vous l’ai déjà dit : lors de mes rencontres et réunions avec les dirigeants de small caps, les chefs d’entreprises restent optimistes et je ne ressens pas du tout une inquiétude exagérée pour leur activité à venir.

Tenez par exemple, hier, je publiais sur le site mon analyse de SQLI. La société, spécialisée dans le développement de technologies et de services Internet, s’est redressée de manière spectaculaire, et la direction continue d’être optimiste. Et d’après moi, ils ont parfaitement raison de l’être !

La semaine dernière, les publications se sont succédé avec de bonnes surprises comme LE BELIER (FR0000072399 – BELI) (+31%) dont je louais les qualités la semaine dernière.

GERARD PERRIER INDUSTRIE (FR0000061459 – PERR) a pris lui 12% sur de bons résultats. Le spécialiste dans la conception et la fabrication d’équipements électriques destinés aux fabricants de machines industrielles a vu son bénéfice net progresser de 51% au premier semestre et a surtout revu à la hausse ses prévisions de chiffre d’affaires annuel.

Autre boîte qui progresse sans que son activité soit a priori au coeur des préoccupations des marchés : CATERING INTL SERVICES (FR0000064446 – CTRG) (que vous connaissez sans doute mieux sous l’acronyme CIS) est le spécialiste du catering (nourrir, loger, servir des personnes exaptriées à l’autre bout du monde, quelles que soient les conditions) en milieu hostile. Il prend 4,5% suite à de bons résultats, tout en confirmant ses prévisions de croissance à deux chiffres de son activité annuelle.

ESI Group (FR0004110310 – ESI), un spécialiste des progiciels destinés à la réalisation d’essais virtuels, prend 16,5% en cinq séances, tout simplement parce que sa perte nette a été réduite sur le premier semestre mais aussi parce que le groupe aborde le second semestre avec confiance.

Découplage entre la vraie économie et les financiers

Non vraiment, ceux qui font la vraie économie ne paniquent pas. Ils restent prudents, c’est certain, attentifs aux changements, mais ils gardent une bonne visibilité sur leurs activités et restent optimistes et confiants. Il y a donc une véritable déconnexion entre la perception qu’ont les chefs d’entreprise et celles qu’ont les investisseurs.

Qui l’emportera ? Je pencherai plutôt pour le monde des entrepreneurs, ce qui me conforte dans mes prévisions d’un marché plus proche des 3 200 points que des 2 500 points. Mais… dans un contexte de panique et de flots de rumeurs, les marchés sont complètement déstabilisés et pour le coup, eux, n’ont aucune visibilité.

Nouvelle vague de fusacq à attendre ?

Un fait significatif, qui est sans doute le début d’une nouvelle grande vague de fusacq — ce qui n’aurait rien d’étonnant vu les décotes boursières et donc les faibles niveaux de valorisations de centaines boîtes qui sont désormais des proies faciles.

La semaine dernière, nous avons vu le retour des opérations financières avec le rachat par le Japonais SANTEN PHARMACEUTICALS de NOVAGALI, un spécialiste français dans le développement de médicaments innovants en ophtalmologie. Le groupe nippon s’offre pour 98 millions d’euros un spécialiste des collyres dont le chiffre d’affaires n’est que de 0,6 million d’euros (mero) (je ne me suis pas trompé d’un zéro, je parle bien de 600 000 euros de chiffre d’activité annuelle). Une aberration…

Mais nous sommes là dans le monde des biotechnologiques, un secteur qui échappe complètement à la moindre valorisation et dans lequel les profanes n’ont pas leur place. C’est ainsi que n’étant ni un spécialiste du monde médical, ni un pharmacien de formation, je préfère m’abstenir de m’intéresser à ce secteur.

Et pour ce qui est des fusacq, si elles reprennent, nous aurons l’occasion d’y revenir en détail.

* Décryptage : fusacq
Ce mot est une contraction du mot fusion-acquisition. On parle de fusacq lorsqu’une entreprise rachète une autre entreprise. Les fusacq permettent aux sociétés d’augmenter leurs activités économiques ainsi que leurs profits. Il s’agit d’une croissance externe.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

En savoir plus sur La Lettre PEA et Mes Valeurs de Croissance.

11 commentaires pour “Découplage entre la finance et la vraie économie”

  1. […] Dans mon dernier article du 4 octobre, alors que le CAC 40 était autour de 2 850 points, je vous indiquais qu’il y avait un décalage flagrant entre la finance et la vraie économie. […]

  2. […] presque toujours les crises des actifs financiers. Il faut le rapprocher du phénomène de la déconnexion des indices boursiers des fondamentaux économiques. Le comportement des actions depuis 2007 correspond à une rupture des corrélations classiques […]

  3. […] Dans mon dernier article du 4 octobre, alors que le CAC 40 était autour de 2 850 points, je vous indiquais qu’il y avait un décalage flagrant entre la finance et la vraie économie. […]

  4. […] Dans mon dernier article du 4 octobre, alors que le CAC 40 était autour de 2 850 points, je vous indiquais qu’il y avait un décalage flagrant entre la finance et la vraie économie. […]

  5. […] ▪ Le 4 octobre dernier, dans un article de Small Caps Confidentiel, alors que le CAC 40 était autour de 2 850 points, j’indiquais qu’il y avait un décalage flagrant entre la finance et la vraie économie. […]

  6. […] n’a ainsi plus rien à voir avec la valorisation économique. C’est la fameuse déconnexion entre le monde boursier et le monde réel que j’évoquais il y a quelques […]

  7. […] n’a ainsi plus rien à voir avec la valorisation économique. C’est la fameuse déconnexion entre le monde boursier et le monde réel que j’évoquais il y a quelques […]

  8. […] n’a ainsi plus rien à voir avec la valorisation économique. C’est la fameuse déconnexion entre le monde boursier et le monde réel que j’évoquais il y a quelques […]

  9. […] Le 4 octobre dernier, je vous indiquais que je voyais le CAC 40 aller plutôt vers 3 200 points que vers 2 500 points. A cette époque, l’indice CAC 40 évoluait autour de 2 850 points. J’étais haussier sur l’euro alors que la devise européenne se traînait autour des 1,3150. Nous sommes trois semaines plus tard ; le constat est édifiant. […]

  10. […] Et la purge se poursuit actuellement sur les small caps avec de nombreuses baisses encore une fois déconnectées des fondamentaux économiques. […]

  11. […] small caps, ce sont ces petites valeurs qui ont été le plus vite et le plut tôt impactées par ce découplage entre la finance et la vraie économie. Et désormais, cette réalité touche les blue chips […]

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