Le DAX 30 est-il aussi vigoureux qu’on veut nous le faire croire ?

Rédigé le 5 mars 2013 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

Avec l’imbroglio italien, de nombreux hommes et femmes politiques allemands sont montés au créneau (notamment M. Steinbrück, le champion du SPD, parti de gauche allemand) pour délivrer la bonne parole et rappeler qu’aucun changement politique démocratique ne saurait détourner un pays de ses obligations en matière de rigueur et de réduction des déficits.

Le peuple a voté contre l’austérité ? Cela n’a aucune importance…
… Les nouveaux élus feront ce que veut Berlin, tout comme les malheureux députés grecs il y a 18 mois. Le scrutin populaire les avait conduits au Parlement d’Athènes pour refuser le dépeçage économique du pays… mais la première loi qu’ils votèrent — sous la pression de Bruxelles, du FMI et d’Angela Merkel — fut la braderie de tous les fleurons sous tutelle étatique (aéroports, loterie, stades de sport, concessions portuaires) sous prétexte de privatisation.

La vente devait rapporter 20MdsE au pays : au bout de six mois, les propositions reçues ne valorisaient pas le domaine public au-delà de 14MdsE et les ventes effectuées n’ont pas permis d’engranger plus de 9MdsE.

L’ajustement budgétaire s’opère essentiellement par la seule variable que l’Etat contrôle, c’est-à-dire les salaires des fonctionnaires et les retraites. En y ajoutant la hausse des taxes (sur l’essence et les denrées alimentaires), la chute du pouvoir d’achat avoisine 50% en cinq ans.

L’Allemagne, elle, n’a nul besoin de faire baisser les salaires « en interne » pour demeurer compétitive. En effet, les entreprises germaniques ont décidé depuis longtemps (chute du Rideau de fer) de délocaliser leur production dans les pays de l’Union européenne où les salaires sont les plus bas.

Et l’Europe est une mine d’opportunités pour qui sait exploiter les inégalités salariales : les rémunérations en Allemagne, France, Pays-Bas, Finlande, Suède, Autriche, Danemark sont le double ou le triple de celles versées aux salariés en Grèce, au Portugal ou en Slovénie. Elles sont aussi 7 à 9 fois plus élevées que celle versées aux Roumains, lituaniens ou Lettons et 10 fois plus élevés que celles perçues par des Bulgares.

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A titre de comparaison, prenons l’Amérique du Sud. Alors que les différences semblent gigantesques, aux yeux d’Européens non avertis, entre les économies industriellement les plus développées (Brésil, Argentine, Chili) et les plus faibles (Paraguay, Bolivie, Equateur…), la différence entre les salaires minimum légaux est de l’ordre de 1 à 4. Ce sont donc des disparités nettement plus faibles qu’au sein de notre propre Union européenne.

L’Allemagne, un commerce qui roule
Une fois produits dans les pays à bas coûts salariaux, les biens intermédiaires (semi-finis) sont rapatriés en Allemagne sans payer de taxes d’import/export (comme les règlementations commerciales européennes l’y autorisent), pour être assemblés en bout de chaîne de production. Ils sont ensuite réexportés principalement vers les autres pays d’Europe avec le label Made in Germany… et les tarifs haut de gamme (c’est-à-dire des marges très confortables) qui vont avec.

L’Allemagne fait d’une pierre deux coups puisque les produits finalisés sur son sol et revendus majoritairement au sein de l’Eurozone apparaissent dans la balance de ses exportations (dont le solde positif se chiffre en centaines de milliards d’euros)… alors qu’une partie importante de ce total n’est en réalité que le résultat de l’assemblage de produits importés.

En 2011, les excédents commerciaux de l’Allemagne provenaient à 80% de ses échanges avec les autres pays de l’UE. Pour schématiser, cela représente en moyenne 150 milliards d’euros vis-à-vis des autres pays de la Zone euro, 80 milliards vis-à-vis de l’Europe hors Zone euro, et 50 milliards avec le reste du monde (dont la Chine pour moitié).

Les marchés applaudissent cette splendide mécanique qui gagne à tous les coups. Il ne faut pas chercher beaucoup plus loin la raison d’un retour du DAX 30 à 3% de ses records historiques absolus de l’été 2007…

De même, ce n’est pas un hasard si les élections italiennes ont coulé la bourse de Milan et restauré le système de vases communicants avec des actifs germaniques : Bunds et actions.

Qu’en dit le DAX 30 ?
La bourse de Francfort recule, certes, mais beaucoup moins que les places d’Europe du sud depuis le 25 février. La différence sur le mois de février est flagrante avec un effritement de -0,45% pour le DAX tandis que l’Euro-Stoxx 50 chute de -2,6%.

Compte tenu de la sous-performance chronique des établissements financiers de l’indice ces cinq dernières années, la plupart des grandes valeurs industrielles — à l’exception notable de Siemens et de Volkswagen — ont surpassé leurs records de 2007 ou 2008.

Si l’on compare leurs performances financières par rapport à leurs concurrentes respectives italiennes, japonaises, françaises et surtout britanniques, la différence n’est pas aussi considérable que les épargnants se l’imaginent. En tout cas, elle n’est certainement pas de +40% comme nous le constatons aujourd’hui en observant le retard du CAC 40, du Mibtel ou du Nikkei.

En achetant des valeurs allemandes, les investisseurs internationaux ont d’abord voulu placer leurs avoirs dans un coffre-fort dont ils sont sûrs qu’il contiendrait toujours de l’euro-mark et pas de l’euro-sud ou de l’euro-PIIGS.

Mario Draghi aurait par son verbe magique écarté le risque d’un éclatement de l’Eurozone
Nous pourrions en être à peu près assurés si les peuples ne votaient qu’en fonction de la forme olympique des marchés financiers… mais ils ressentent hélas que la hausse des indices est inversement proportionnelle à l’évolution de leur pouvoir d’achat et des opportunités de trouver un emploi.

Les électeurs sont décidément trop ingrats, ils ne veulent pas comprendre — comme l’on fait en leur temps les Allemands — que l’austérité, c’est pour leur bien. Il suffit de patienter une petite dizaine d’années en comptant son argent de poche chaque fois que l’on fait ses courses avant de voir son niveau de vie recommencer à progresser (et à condition d’exporter massivement vers la Chine ou le Brésil pendant des années)…

A observer le nouveau mouvement d’arbitrage au profit des Bunds et du DAX 30, les vieux réflexes des années 2009/2012 ne semblent pas complètement éteints, ni surtout les motifs d’agir de la sorte.

Les chartistes en revanche trouveront quelques raisons de ne pas miser aveuglément sur le potentiel de hausse du DAX 30
Tout d’abord parce qu’il reste limité par la résistance des 8 100/8 150 points. Secundo parce que l’indice dessine l’ébauche d’une « tête/épaules » baissière de séquence 7 778 (le 2 janvier)/7 857 (le 25 janvier)/7 773 (le 25 février).

Il convient donc de surveiller la préservation — ou non — de la « ligne de cou » des 7 580 points (déjà testée à six reprises depuis le 6 février). Le risque de cassure de façon très impulsive est renforcé par l’apparition d’une succession de gaps dans tous les sens ainsi que de figures extrêmement rares de type « îlot de retournement » ou de « massues » avec des trainées démesurées.

C’est un faisceau d’indices concordants rendant possible ou préfigurant une correction majeure sur un indice. N’oubliez pas que ce qui fait la force du DAX  30 constitue également sa principale faiblesse : c’est un indice cher et très exposé à la conjoncture internationale… Nous avons le sentiment que sans la fausse sécurité du « put Draghi », les perspectives de l’Allemagne ne seraient pas perçues de manière aussi favorable.

Sous les 7 600 points, nous ne voyons carrément pas quel soutien graphique ou technique le DAX 30 pourrait trouver avant d’avoir refermé le gap des 7 350 du 28 novembre 2012.

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Le DAX 30 est-il aussi vigoureux qu’on veut nous le faire croire ?”

  1. La première partie de l’article sur les réalités de l’économie allemande est très instructive, et pas connue de tout le monde.
    Merci.

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