Le DAX30 carbure lui aussi aux « bonnes mauvaises nouvelles »

Rédigé le 19 novembre 2009 par | Autres indices Imprimer

La courbe de l’évolution du principal indice boursier allemand, le DAX30, présente des caractéristiques techniques très intéressantes du point de vue chartiste… mais bizarrement, ce n’est qu’un aspect secondaire des choses depuis la fin du mois de juillet car la logique des marchés s’est complètement renversée. L’amélioration de l’économie compte beaucoup moins que la certitude que les taux peuvent rester très bas très longtemps.

Les séances de hausse les plus spectaculaires à Francfort ces trois derniers mois ont eu lieu non pas les jours où l’activité industrielle démontrait ses capacités de rebond, mais bel et bien les jours où les enquêtes conjoncturelles démontraient l’atonie de la consommation et la montée en puissance du chômage.

Un indice IFO (confiance des milieux d’affaires) décevant, des ventes de détail en baisse (entraînant la faillite du géant de la distribution Karstadt), une chute des excédents commerciaux allemands sont les meilleurs garants de la pérennisation de la tendance haussière.

Le même phénomène se manifeste à l’identique à Wall Street en revisitant le parcours du S&P500 (auquel le DAX30 semble le plus corrélé). Si, depuis trois mois, vous le regardez sous l’angle des statistiques « contradictoires » publiées quotidiennement, il apparaît clairement que les indices boursiers ne se sont montrés euphoriques que les jours où du « très mauvais » se glissait au milieu des chiffres conjoncturels.

L’Allemagne, qui de l’avis général va enregistrer une des pires performances économiques de la zone euro en 2009 et l’une des plus médiocres en 2010 (selon l’OCDE et le FMI), est paradoxalement le pays où les actions réalisent la meilleure performance annuelle (+21%). Les marchés affichent également le meilleur score depuis les planchers de la mi-mars : +61,8%, soit très précisément le ratio de Fibonacci entre les 3 590 et les 5 820 points, le zénith testé par le DAX30 mercredi matin.

La vélocité haussière de la Bourse de Francfort est donc inversement proportionnelle aux chances de voir l’économie allemande se redresser significativement au cours des six prochains mois. La récession et le chômage constituent la garantie de voir la BCE maintenir le loyer de l’argent à 1% durant une période extrêmement longue.

Voyons dans le détail comment l’indice DAX30 se fraye un chemin entre carry-trade (au détriment du dollar) et discours rassurants sur l’état de l’économie dans l’entourage d’Angela Merkel.

Graphique du DAX30

L’indice DAX n’a pas subi les conséquences négatives qui se profilaient lors de la cassure des 5 460 points début novembre. Après un rebond sur la MM100 qui gravitait vers 5 350 points, l’indice a repris 400 points en neuf séances consécutives de hausse pour effectuer le retracement des 5 800 points.

Aucune consolidation supérieure à 0,1% n’a été observée depuis le 3 novembre, et un nouveau plus haut intraday a été inscrit chaque jour durant deux semaines. Cela traduit évidemment un triomphe quotidien des bulls, en contradiction totale avec la plupart des éléments macroéconomiques disponibles en Allemagne cet automne (rechute de la production, hausse du chômage).

Le DAX30 approche désormais de la résistance inscrite mi-octobre. En cas de pullback, l’indice pourrait dessiner l’ébauche d’une tête/épaules baissière (séquence 5 750/5 890/5 800…) ayant les 5 400 comme ligne de cou se confondant avec la MM100.

Alors tenez-vous prêt : en cas de refranchissement des 5 855 points (meilleure clôture annuelle), les spéculations sur un test imminent des 6 000 points seraient relancées.

Mais attention: jamais le DAX30 n’a enregistré de variation supérieure à 62% en moins de 12 mois et le rebond qui se matérialise depuis la mi-mars est de même ampleur que l’effondrement du 21 juillet 1998 au 8 octobre de la même année.

Compte tenu de l’existence d’un vaste M baissier sous les 8 130 points à 7 ans d’intervalle, il se trouve que la vague haussière actuelle complète la parfaite symétrie observée depuis le début de la grande vague haussière amorcée en mai 1995 depuis un plancher des 1 900 points.

Heureux actionnaires allemands du milieu des années 90 qui ont vu leur mise multipliée par trois en 14 ans ! Mais trouveront-ils longtemps normal que les valeurs germaniques se payent trois fois le prix de l’époque alors que la conjoncture est incomparablement moins favorable aujourd’hui (et au cours des 18 prochains mois) qu’elle ne l’était de mi-95 à fin 97 (croissance accélérant vers +3% contre 1,5% maximum d’ici 2011) ?

« Comparaison n’est pas raison » prétend le dicton… mais avouez que le raccourci est saisissant !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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