La croissance en double creux, le pétrole en double-top, cherchez l’erreur !

Rédigé le 21 février 2013 par | Autres indices Imprimer

La croissance s’est évanouie au quatrième trimestre aux Etats-Unis — un simple accident de parcours non significatif, nous assure-t-on. Durant la même période, la France a subi une récession de -0,3% ; heureusement que cela n’a pas été -0,4%, sinon l’année 2012 se serait soldée par une récession de -0,1%.

L’Angleterre, qui a soldé l’effet Jeux olympiques, a vu quant à elle son économie retomber en récession (-0,3%, même stagnation annuelle qu’en France). L’Espagne a plongé de -0,6% et l’Italie a dévissé de -0,9%, avec une consommation qui s’effondre dans des proportions abyssales.

Mais tout ceci n’est pas grave puisque nous bénéficions de la locomotive Allemagne, championne des exportations, reine des grands équilibres budgétaires, triomphatrice des monnaies faibles comme des monnaies fortes (n’en jetez plus).

Eh bien, la toute puissante Allemagne a dévoilé il y a quelques jours une contraction de 0,6% de son PIB, ce qui ramène la croissance annuelle de la première économie européenne à 0,7% sur l’ensemble de l’année 2012 alors qu’elle était de 3% en 2011.

Passons maintenant du côté du Japon, avec sa monnaie qui a commencé à se désintégrer (de -27% en trois mois) mi-novembre 2012. Il va falloir attendre un peu avant de mesurer ce que la dévaluation compétitive du yen peut apporter à l’économie nippone… parce qu’au quatrième trimestre, c’est de nouveau de la récession (-0,1%), sur fond de déflation (-0,1%).

Au Brésil, la croissance du PIB ne dépassait même pas 1% fin 2012. Mais une fois intégré une inflation à 5,5% et des taux d’intérêt à 7,25%, le pays se retrouve techniquement en récession (la production industrielle a chuté de 2,5% en 2012).

L’Inde a vu sa croissance annuelle ralentir à 5,3% tandis que l’inflation — après s’être un peu assagie l’été dernier — est repartie à un rythme d’enfer de 11,2% au mois de décembre. Il n’y a donc pas de véritable expansion économique mais bel et bien destruction de richesse via la hausse des prix (dont la remontée du prix du pétrole de 85 $ vers 98 $ est largement responsable.

Aux plus-values de +306%, +165%, +300% ou encore +335% engrangées ces derniers mois, Mathieu Lebrun a ajouté de nouveaux gains de 29%, 64% ou 34%.

Qu’attendez-vous pour profiter de sa prochaine recommandation ? Tout est expliqué ici…

Heureusement que nous avons la Chine avec sa croissance de 7,8% anticipée pour 2013… mais c’est un chiffre complètement invérifiable et sujet à caution : ni une hausse parallèle de la consommation d’électricité, ni un bond proportionnel de l’activité portuaire (qui se jauge en millions de conteneurs embarqués ou débarqués) ne confirme les excellentes statistiques officielles concernant l’expansion du PIB chinois.

Quid du pétrole, dans tout ça ?
Nous ouvrons une petite parenthèse concernant les Etats-Unis : l’accroissement de la production de gaz et d’huile de schiste ralentit sensiblement le volume des importations de pétrole brut depuis deux ans. Certains experts concluent déjà à l’auto-suffisance énergétique du pays à l’horizon 2017.

Les Etats-Unis s’imposeraient alors comme le premier producteur mondial de pétrole (sous toutes ses formes, de la plus fluide à la plus visqueuse) — mais si nous tenons compte de la production actuelle de sables bitumineux et des agro-carburants, l’Oncle Sam rivalise déjà avec la Russie et l’Arabie Saoudite avec une production d’équivalent pétrole voisine de 11 millions de barils jours.

Le problème, c’est que les Etats-Unis en consomment 18 millions de barils/jour. Par ailleurs, les gisements d’Alaska sont sur le déclin et l’exploitation offshore du Golfe du Mexique sujette à un durcissement des règlementations en matière de sécurité/pollution. La question d’une accession à l’auto-suffisance (comme dans les années 50) reste donc ouverte — et de toute façon, est-ce véritablement dans l’intérêt du pays de puiser de manière effrénée dans ses ressources ?

Compte tenu de ce qui précède — notamment de la croissance qui s’essouffle à l’échelle mondiale, sauf dans quelques pays émergents — notre principale interrogation concerne le prix du pétrole (qualité WTI). Nous avons évoqué il y a quelques lignes sa remontée de 15%, entre 85 $ et 98 $, depuis le 15 novembre ou le 10 décembre dernier — et nous avons assisté à une sorte de faux départ depuis 84 $ mi-novembre.

Il semble évident que l’envol du baril n’est en rien justifié par un accroissement de la demande, justifiable par une hausse globale de l’activité industrielle au mois de décembre.

Une fois encore, le pétrole a entamé son ascension dès que les marchés ont eu la confirmation que la Fed allait remplacer l’opération « Twist » par des rachats mensuels de MBS pour un montant équivalent — ce qui maintient à 85 milliards de dollars par mois la taille du QE3, soit 1 000 milliards de dollars par an.

Le précédent pic qu’avait connu le baril de WTI (à 100 $), c’était à la mi-septembre — peu après l’officialisation d’un lancement d’un QE3… alors que la demande d’or noir était effectivement beaucoup plus soutenue qu’au 4ème trimestre 2012.

Nous vivons clairement une hausse d’arbitrage liée à la perte de valeur du dollar sous régime de création monétaire massive… Ce phénomène est amplifié par la chute abyssale et parfaitement délibérée du yen ces trois derniers mois.

Le pétrole joue donc un rôle de refuge patrimonial pour les agents économiques qui cherchent à se protéger de la désintégration de deux des trois grandes devises commerciales de la planète (vous pouvez même en ajouter une quatrième avec la livre sterling).

Quelles perspectives pour l’or noir ?
Autrement dit, se demander si le pétrole va matérialiser un double-top sous 100 $ et 98 $ à cinq mois d’intervalle revient à parier sur la stabilisation puis la remontée du dollar et du yen… et accessoirement de la livre.

L’autre facteur qui pourrait affecter négativement le baril, c’est une poursuite de la remontée des taux longs aux Etats-Unis, au-delà des 2,05% sur le T-Bond 2023. Tout d’abord, la hausse du rendement de la dette concurrence une matière première qui n’offre aucune rémunération (tout comme l’or) ; elle accroît également le coût de couverture des positions spéculatives par le biais des contrats à terme.

Rien de plus facile pour dégonfler la bulle du pétrole que d’augmenter les appels de marge — comme les autorités de régulation des marchés à terme en ont le droit si elles jugent que de nombreux opérateurs ont pris trop de levier et sont « à risque ».

Ce genre de décision tombe toujours au plus mauvais moment pour les derniers acheteurs ou les derniers vendeurs (selon que les positions longues ou short sont jugées trop déséquilibrées).

Le pétrole — nous prenons là encore comme référence le WTI — dessine l’ébauche d’un vaste « M » baissier qui serait validé par la cassure de la moyenne mobile à 100 semaines — laquelle gravite vers 95 $ et coïncide avec le récent support des 6 et 11 février.

En cas d’enfoncement des 95 $, le baril de WTI devrait corriger en direction des 91 $ (50% de retracement de la hausse entre 84 $ et 98 $) ou 90,5 $ (moyenne mobile à 100 séances)… niveau qui coïncide avec ceux testés les 28 et 31 décembre 2012.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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