Chute du SSE : Quel impact sur le Forex et comment en profiter ?

Rédigé le 27 août 2015 par | Asiatiques, Matières Premières, Taux & Devises, VIX, yuan Imprimer

À moins que vous soyez partis en vacances sur une autre planète, il ne vous aura pas échappé qu’une crise boursière a fait plonger l’indice de Shanghai (le fameux SSE) de plus de 25% en moins de 10 jours et de plus de 42% depuis le début de l’été. Le marché action chinois est en chute libre.

Pourquoi la baisse du marché action chinois ?

indice sse en aout 2015

Cette baisse trouve ses racines dans un terreau qui, par sa composition, est bien fertile pour ce type d’excès :

Du coup, la Chine se retrouve dans une tornade boursière et a entraîné dans son sillage les places mondiales.

Quand la décision la plus rationnelle entraîne l’irrationnel

Si les racines du mal sont désormais identifiées, le détonateur, lui, est venu du marché des changes et de la fameuse « Guerre des devises ». En effet, mi-août, la Chine a décidé de dévaluer le Yuan. Et ironie du sort, c’est peut-être la décision la plus logique économiquement qui a déclenché la panique. En effet, le Yuan, étant lié au billet vert, s’était apprécié de plus de 30%, suivant le dollar US.

Aussi, alors que son économie marquait le pas, la dévaluation du Yuan n’était pas si choquante que cela. Mais les intervenants ont vite interprété la nouvelle comme un signe d’inquiétude des autorités chinoises. Et c’est ainsi que la guerre des changes a pu reprendre avec un nouveau combattant inattendu : La PBoC ! La Banque Populaire de Chine.

Cette tourmente a plusieurs conséquences, sur les places boursières mondiales ou sur  les matières premières. Mais là où l’équilibre a été le plus violemment bousculé est sans doute sur mon marché de prédilection : le Forex. Regardons cela en détail.

Impact 1 : Le retour de l’Aversion au risque

Avec la peur qui revient sur les marchés, (il n’y a qu’à regarder le VIX, « l’indice de la peur » qui a bondit de 25% en quelques jours), deux devises en profitent directement par leur statut de valeur refuge : le yen et le franc suisse.

En fait de valeur refuge, le yen (JPY) est surtout un véhicule important de carry-trading (stratégie de différentiel de taux) et dont les positions prises souvent à crédit sont débouclées rapidement en cas de panique.

Le franc suisse (CHF), lui, bénéficie toujours de cette image de devise sûre vers laquelle il vaut mieux aller quand tout semble s’écrouler. C’est sans doute la dernière véritable devise refuge.

Impact 2 : Les perspectives de politiques monétaires

Les deux devises les plus fortes depuis le début de l’année sont la livre sterling (GBP) et le dollar américain (USD). Ces deux monnaies ont évolué positivement en raison de l’attente créée par leur banque centrale respective sur la sortie des plans d’assouplissement (QE) et un éventuel resserrement monétaire.

La perspective de voir les taux remonter a profité au Dollar – un mouvement sur les taux un catalyseur d’importance sur le Forex.

Hors, cette crise chinoise vient sans doute compromettre les plans de la Fed et de la BoE qui, devant l’ampleur du ralentissement chinois, pourraient être obligées de patienter encore un peu. Naturellement, ces deux devises ont corrigé dans leur tendance haussière en attendant d’y voir plus clair.

À l’inverse, l’euro s’est apprécié pour la raison inverse : étant la devise la plus malmenée face aux deux premières, le rebond a été violent en raison d’un nombre de positions exceptionnelles engagées dans le même sens par les intervenants.

le forex en aout2015

Impact 3 : Les matières premières

La Chine est le premier consommateur de matières premières au monde, sa crise boursière a donc  bien entendu un impact sur les cours et perspectives des pays producteurs.

Dans cette catégorie, nous retrouvons l’Australie, la Nouvelle-Zélande et, indirectement, le Canada (les devises et économies asiatiques comme Taiwan ou la Malaisie ont été également très touchées).

Les dollars australiens et néo-zélandais souffraient déjà des baisses de taux imposés par les banques centrales et des attentes en baisse d’exportations vers la Chine. L’impact a donc été tout relatif même s’il n’a pas arrangé les choses. Ces deux devises restent dans une tendance baissière assez nette.

Le dollar canadien est une victime collatérale. Le commerce avec la Chine n’étant pas aussi important que pour les deux pays précédents, c’est surtout à travers la baisse du pétrole que l’économie canadienne encaisse les coups.

En effet, producteur d’un pétrole cher (sables bitumineux, Schiste), la rentabilité n’est plus là avec un pétrole en chute libre de près de 60% sur un an ! (le WTI est actuellement sous 40 $ !)

La crise chinoise a un effet assez fort sur le marché des changes qui a vu son équilibre à nouveau bousculé. Je vous recommande plus que jamais la patience et la prudence afin de profiter des tendances en cours. Je conserve ma prévision de voir l’euro retourner sur 1,20 $ et d’assister à un rebond du dollar canadien dans la perspective où le pétrole se reprendrait.

Un dernier conseil : ne faites pas comme les Chinois, maîtrisez votre effet de levier et restez … zen !

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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