La Chine n’est plus la locomotive de l’économie mondiale

Rédigé le 3 septembre 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

C’est la rentrée. Comme d’habitude, les quotidiens économiques changent leur maquette, les chaines de télévision leur grille de programme et les gérants de fonds… leur discours.

Il était grand temps. Cela faisait 3 ans qu’ils nous resservaient à peu près la même analyse : la surabondance de liquidités, garantie par le soutien indéfectible des banques centrales, ne pouvait qu’aider l’économie mondiale, conduite par la Chine, vraie locomotive de la croissance.

La fameuse locomotive de la Chine freine… et ralentit le marché obligataire

En cette rentrée, la Chine reste la locomotive, mais ce n’est plus une motrice de TGV : c’est devenu une bonne grosse machine diesel dont le couple devient un peu juste dès que le convoi affronte une légère pente.

Dès lors, la Banque Centrale chinoise fait feu de tout bois pour doper ses performances : elle rajoute du carburant (des kilotonnes de liquidités), desserre tous les freins moteurs (moins de réserves obligatoires pour les banques autorisant des emprunts de manière quasi-illimitée), dévalue le Yuan et injecte des additifs (des dizaines de Mds de prêts à court terme « bonifiés »).

Mais un diesel reste un diesel et pas un V-12 de Formule-1 : les économistes semblent soudain prendre conscience que le train chinois n’est pas prêt de parcourir de nouveau la planète à 365Km/h.

Il serait temps également de prendre conscience que la Chine est devenue un gros (très gros ?) vendeur de bons du Trésor, libellés en Euro et en Dollar, ces 15 derniers jours. En étudiant l’évolution des cours des OAT ou des T-Bonds, il reste encore étonnement impossible de déceler la moindre « fuite vers la sécurité » (qui aurait dû avoir lieu face aux récents krachs).

Tous les acheteurs de bonds du Trésor ont déserté (la Chine ayant servi toutes leurs demandes), les actifs risqués trouvent donc toujours un acheteur, peu importe la quantité émise. Et ce alors même que ces actifs risqués sont devenus aussi attrayants qu’un crotale en colère ! Nous assistons cependant à la désertion des adeptes du « il faut payer tous les creux ». Le mot d’ordre actuel, c’est qu’il est urgent d’attendre que la poussière retombe.

Après 1 000 Pts perdus en 3 mois, le CAC40 ne suscite plus le féroce appétit des prétendues cohortes de gérants sous-investis, et même les purs joueurs, les « contrariens » lâchent l’affaire dès que le rebond se retrouve freiné par des vents contraires.

Le classique retracement de 50% de la totalité du repli survenu entre 5.230 et 4.230 validait un objectif 4.700/4.720Pts (ex-plancher du 18 juin), mais il ne parvient même pas à se matérialiser.

Dans la même veine, les opérateurs espéraient des déclarations rassurantes de la FED, mais ne les ont pas entendues. Heureusement qu’il reste, ce jeudi, la réunion de la BCE : elle redonnera peut-être un peu d’espoir aux bulls. Et pour une fois, nous leurs souhaitons bonne chance, car le marché parisien et la bourse de Francfort nous semblent mûrs pour un rebond.

Il s’agit presque d’ores et déjà une évidence : le sursaut de 5 ou 6% que nous pensons possible ne ressemblera en rien aux précédents V bottoms d’octobre ou décembre 2014 puis juillet 2015.

Le pétrole n’a jamais été aussi… volatil et explosif

Si la remontée ne se matérialisait pas, alors, nous assisterions à une duplication du scénario noir observé sur les matières premières depuis 15 mois (soit encore 12 mois de baisse pour les actions).

L’explosion de la volatilité sur le pétrole, après une capitulation de -30% sur le Nymex en 1 mois (avec des écarts d’une amplitude jamais observée en 40 ans) signe peut être la fin du bain de sang… mais pas encore l’émergence d’une tendance porteuse à moyen terme.

Disons que si le baril de WTI revient tester la zone des 40 $, il semble plus judicieux d’acheter que de « shorter » (la moindre anticipation de réunion extraordinaire de l’OPEP ferait exploser les cours vers les 50 $… mais au-delà, se posera la question des excédents qui demeurent pléthoriques).

Les prix des métaux pourraient également se redresser après avoir subi des pertes considérables: depuis le 1er janvier 2015, le cuivre a dévissé de plus de 20% sur le Comex, le palladium s’est effondré de 34% (il a même inscrit un plancher de 530 $, un plus bas depuis septembre 2010) et le platine a chuté de quelque 20%.

Pour ne rien vous cacher, nous sommes intrigués par l’exceptionnelle duration (terme technique emprunté au vocabulaire obligataire, ce n’est pas un néologisme) de la correction sur le cuivre et le platine (4 ans déjà, rien que çà)… et personne ne semble encore avoir fait la relation avec un ralentissement de la demande chinoise, de loin le premier acheteur planétaire de ces métaux industriels.

Avec la hausse inexorable des actions, induite par l’indéfectible soutien des banques centrales (illuminées d’un aura d’infaillibilité), qui aurait été assez stupide pour risquer des capitaux sur des actifs tangibles, rares (et ils le sont de plus en plus) et dont l’économie mondiale, même croissant à un rythme plus modéré, a un besoin vital ?

Le bon moment pour acheter des matières premières ?

Dans un premier temps, les « experts » ont jugé que l’entame d’un cycle de dévaluation du Yuan est déflationniste (parce que tous les pays émergents voient leur monnaie dégringoler encore plus rapidement que la devise chinoise et ils perdent du pouvoir d’achat).

Mais si la guerre des devises est relancée par Pékin (pour relancer son économie léthargique), quel genre d’actif échappera à la désintégration provoquée par une fuite en avant dans la création monétaire ?

Nous miserions bien sur des fonds investis dans des paniers de matières premières orientés vers les platinoïdes et le pétrole (pour du plus long terme… mais prenons date dès maintenant).

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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