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Quand le crétin surperforme le petit génie de la finance grâce aux banques centrales

Rédigé le 30 mars 2017 par | A la une, Algos, BCE, Cac 40, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Longtemps après l’été 2012, je dus affronter, semaine après semaine, la condescendance des gérants lors de mes face-à-face sur BFM Business ou lors de débats sur la politique des banques centrales – vous savez, celles qui ont sauvé le monde… de la finance.

Il est vrai que le message que je délivrais implicitement n’était pas forcément sympathique pour mes interlocuteurs : « Les banques centrales vous inondent de liquidités (sorties de nulle part) et s’emploient symétriquement à assécher le marché obligataire. Il n’y a plus la place pour investir, sinon pour acheter des emprunts qui ne rapportent plus rien donc vous êtes confronté au non-choix d’acheter des actions. »

« Depuis 2012, je répète que le marché est mort »

Souvent, le journaliste de BFM Business, lance mon intervention par un « M. Béchade nous l’explique depuis longtemps. Les banques centrales soutiennent les actions, à n’importe quel prix… et il n’y a pas eu un seul exemple du contraire depuis juillet 2012. »

Oui. Il n’y a plus besoin de faire preuve de la moindre faculté d’anticipation, du moindre sens du timing pour arbitrer entre différentes classes d’actifs puisqu’il n’y a plus aucun choix d’arbitrage à faire – à part choisir le titre A contre le titre B.

Donc n’importe quel idiot va gagner autant en Bourse que le cador de la finance et comme les idiots coûtent moins cher pour un résultat à peu près identique, pourquoi les intermédiaires financiers paieraient-ils des rois du free-ride pour faire du chasse-neige ?

L’idée que les banques centrales rendraient la distinction entre un crétin et un génie est certes déplaisante, mais elle est devenue une réalité. Mieux : c’est devenu un argument, sinon le principal, de promotion des actions car il ne peut rien arriver de fâcheux ! Les banques centrales (et notamment la Fed) canalisent toute la liquidité vers les actions et en plus, les banques américaines lui obéissent au doigt et à l’oeil en tirant Wall Street vers des objectifs symboliques sur lesquels toute la presse va faire le buzz – sans bien sur jamais se demander ce qui justifie d’en arriver à de tels niveaux de valorisation.

Magnifique illustration avec un gérant d’une vénérable maison de courtage parisienne ce mercredi 29 mars, sur BFM Business vers 17h45 : « Saluons les nouveaux records annuels du CAC40, de l’Euro-Stoxx50 ! Cela faisait 4 semaines que les liquidités [celles injectées par les banques centrales, NDLA] s’accumulaient et aucune consolidation n’avait fourni de ‘point d’entrée’. (…) La fin du mois approche et à un moment, il faut bien faire quelque chose de tout cet argent… alors les gérants craquent (notamment ceux qui trouvaient tout trop cher) et ils finissent par payer au plus haut ! »

Voilà la démonstration qu’il vaut mieux être un crétin. Au moins, le crétin ne se pose pas de question, il n’attend pas un moment favorable, il n’est jamais freiné par son bon sens ou par la peur d’être piégé par l’éclatement d’une bulle…

Et c’est comme ça depuis 2012. Avec l’interventionnisme de la BCE, il n’y a pas d’alternative aux actions… et bien souvent en fin de mois parce nombre de gérants trop prudents se retrouvent sous-investis.

Ce n’est donc pas surprenant de voir le CAC40 inscrire un nouveau record annuel (à 5 073 points) mercredi matin et le CAC40 Global Return un record historique absolu à 12 553 points en cours de séance… le tout sans aucun volume donc sans aucune conviction à l’achat évidemment, avec à peine 2 Mds€ à 17h29.

CAC GR Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Pourquoi l’Allemagne refuse-t-elle tout moratoire sur la dette grecque ?

Un de nos lecteurs nous demande pourquoi l’Allemagne s’acharne à refuser la moindre concession à la Grèce. Il semble pourtant évident qu’elle est étranglée par sa dette et qu’elle n’arrivera pas à s’extirper de la récession (8 ans déjà, c’est deux fois la durée de la grande dépression de 1929/1933). Qu’est-ce que l’Allemagne y gagne ?

La question, c’est surtout ce qu’elle cherche à éviter de perdre !

Elle ne veut pas perdre la mise de ses futurs retraités qui sont investis (à leur insu pour la plupart) dans des dettes espagnoles, portugaises, italiennes (et autrefois grecques) qui sont les seules à procurer encore un peu de rendement (et compensent des Bunds à rendement négatif jusqu’à une maturité de 8 ans).

L’Allemagne ne veut pas d’un moratoire sur la dette grecque (c’est-à-dire leur faire cadeau du reste de ce qu’ils doivent…) de peur de créer un précédent dont l’Espagne et l’Italie pourraient être tentées de s’inspirer. Or là, on parle de milliers de milliards d’euros d’encours. Or ces encours, c’est la future retraite des Allemands ! Donc effacer les dettes des pays du Sud, c’est effacer l’épargne retraite du salarié allemand. Cela ne se peut pas et cela n’arrivera pas !

Mais l’Espagne et l’Italie doivent trop d’argent (voir le solde TARGET2 qui dépasse les 800 Mds€) pour que l’Allemagne applique le même raisonnement intransigeant/implacable que face à la Grèce. Elle va devoir lâcher du lest ou s’exposer à un défaut… et qui sera d’autant plus massif qu’on aura repoussé la résolution d’un problème qui dure depuis 2008 au-delà de 2017.

NDLR : quel que soit le résultat des élections, la zone euro va droit dans le mur. Les dissensions entre les pays sont trop importantes, les enjeux trop opposés. Philippe Béchade a interviewé Simone Wapler sur les risques d’éclatement de la zone euro et les solutions pour se protéger. Voyez l’interview ici

INTERVIEW - Simone Wapler et Philippe Béchade

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Quand le crétin surperforme le petit génie de la finance grâce aux banques centrales”

  1. Pour info Philippe :

    Op-Ed: The Fed’s stealthy QE — $267 billion of fresh liquidity injected since mid-January

    http://www.cnbc.com/2017/03/20/op-ed-the-feds-stealthy-qe-267-billion-of-fresh-liquidity-injected-since-mid-january.html

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