Coup de froid (très passager) sur le secteur bancaire… avant de tirer le cote vers de nouveaux sommets

Rédigé le 27 novembre 2017 par | A la une, Toutes les analyses Imprimer

secteur bancaireOn a failli avoir peur sur le secteur bancaire… mais heureusement, l’Europe modifie les règles du jeu en cours de route selon les besoins. Il faut dire qu’en gardant les mêmes règles, c’est la faillite du système assurée. Explications.

La BCE a failli durcir le ton

Le 4 octobre, la BCE invitait les banques à assurer sans trop tarder une couverture intégrale de la fraction non garantie des nouveaux Non Performing Loans (NPL). La BCE accorde ainsi 7 ans aux banques pour provisionner les nouvelles créances douteuses garanties et 2 ans pour les créances non garanties.

Le FMI estimait le montant de ces dernières (les créances douteuses non garanties) à 500 Mds€ au sein du système bancaire européen, auquel se surajoutent 500 Mds€ de créances douteuses (garanties ou non) déjà provisionnées.

Pour que l’on saisisse bien l’ampleur du problème, cela équivaut à 5% du stock de dettes portées par les banques européennes, lesquelles se font rémunérer environ 1% en moyenne pour des prêts à 10 ans et moins de 2% pour des prêts sur 20 ans.

Compte tenu d’un taux de rotation monétaire extrêmement faible et de rendements tombés sous 2,4% sur le high yield en Europe (plus faible mi-novembre que celui offert par le 10 ans américain), les banques ont peu de chances de se refaire en octroyant de nouveaux prêts, à plus forte raison si elles doivent mobiliser plus de capital pour provisionner la totalité des NPL. C’est autant d’argent immobilisé qu’elles ne seraient plus en mesure de prêter.

Voilà pour la théorie classique et pour l’approche élémentaire de la question de l’offre de crédit. Mais dans les faits, il y a déjà trop d’argent à prêter sur la planète et les entreprises sont loin de faire face à une pénurie de crédit – sauf peut-être les mid et small caps dont les émissions sont trop confidentielles pour intéresser des institutionnels qui ne touchent pas aux tranches inférieures à 500 M€.

Il y a trop d’argent et les entreprises ne savent pas quoi en faire

Il y a tellement de capitaux disponibles que les entreprises du S&P500 ont été capables d’emprunter 600 Mds$ en 2017 pour racheter leurs propres titres (share buyback), une stratégie mise en oeuvre une fois que les besoins essentiels (investissement, optimisation de la structure de la dette, augmentation des cash flows) ont été satisfaits. L’appétit pour le risque est tel que n’importe qui peut émettre n’importe quoi auprès de hedge funds, family offices ou fonds souverains, pourvu que le rendement dépasse 3,5% sans risque de faillite immédiate.

C’est d’ailleurs ce qui a permis la survie de nombreux producteurs de shale oil américains non rentables mais qui se sont appliqués à verser le coupon prévu, quitte à accumuler des monceaux de dettes supplémentaires… qui seront à leur tour remboursées par de nouvelles émissions high yield.

Heureusement, l’Europe s’est empressée d’assouplir les règles

Quand la faillite du système menace, le réflexe constant des créanciers et des autorités consiste à repousser les échéances, à commencer par assouplir les règles dont l’application conduirait à un game over immédiat.

Donc, bien conscients que les 200 Mds€ de créances plus que douteuses portées par les banques italiennes (10% du stock de dettes mais près de 20% sont réputées à risque) ne sont pas supportables si elles devaient être intégralement couvertes d’ici 2020 pour les unes, 2025 pour les autres, les membres du Conseil européen et le Parlement européen envisageraient une réglementation prudentielle moins contraignante que celle proposée il y a 6 semaines par la BCE.

Le secteur bancaire applaudissait par anticipation dès vendredi et les bancaires du CAC40 gagnaient +2% quand celles du Mibtel gagnaient +3%. Comme les banques étaient encore au creux de la vague alors que le CAC40 avait déjà repris plus de 2%, de nombreux stratèges pensent qu’elles pourraient jouer le rôle de locomotives d’ici la fin du mois, et tirer les indices vers leurs récents sommets annuels. Nous reverrions ainsi le CAC40 au-delà des 5 500 points, l’Euro-Stoxx50 sur les 3 660 points, et le CAC40 GR au-delà des 14 000 points.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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