zone euro : Continuez à surveiller ces deux indicateurs de crise ! (1)

Rédigé le 1 février 2012 par | Apprendre la Bourse, BCE, Statistiques et données macro, Taux & Devises Imprimer

L’accalmie constatée depuis le début de l’année sur les dettes souveraines de la zone euro et en ce moment même sur les marchés, ne doit pas nous endormir.

Rappelez-vous qu’il est essentiel de pouvoir suivre un certain nombre d’indicateurs économiques et financiers pour mesurer le niveau d’intensité de la crise. Je vous avais décrit ces indicateurs les 17 et 18 novembre derniers. Il est toujours aussi important de les suivre et de les comprendre pour savoir si les éléments suivants persistent :

Rappel : vous avez deux types d’indicateurs à suivre

D’une part, les quatre indicateurs qui permettent de mesurer le degré d’intensité de la crise de liquidité. Je ne vais pas revenir dans cet article sur la totalité d’entre eux donc si vous voulez avoir l’explication en intégralité, je vous renvoie à mon article du 17 novembre. Ces quatre indicateurs sont :

Sur tous ces indicateurs, il se passe des opérations « anormales » qui traduisent l’intensité de la crise et l’importance du caractère de moins en moins conventionnel de la politique monétaire de la banque centrale. C’est aussi parce qu’il y a eu un massif LTRO 3 ans le 21/12/2011 que les investisseurs ont retrouvé un certain appétit pour le risque.

D’autre part, trois indicateurs permettant de mesurer le degré d’aversion au risque. Là aussi, pour l’analyse détaillée de ces trois indicateurs, je vous renvoie cette fois à mon article du 18 novembre. Pour rappel donc, nous avons :

Tous ces indicateurs montrent et ont montré leur pertinence pour mesurer l’intensité de la crise. Or malgré l’accalmie relative de ce début d’année, le niveau de la plupart de ces indicateurs traduit toujours des tensions fortes et de nombreuses anomalies quant au fonctionnement normal des marchés financiers. Concentrons-nous alors sur deux indicateurs, très médiatisés en ce moment, pour voir ce qu’il en est :

1/ le montant des dépôts overnight à la BCE ; 2/ le poids des LTRO par rapport à celui des MRO dans les opérations de refinancement de la BCE.

Dépôts overnight à la BCE

Ces dépôts quotidiens se situaient entre 250 et 300 Mds euros entre juillet et novembre 2011. Rappelez-vous qu’en octobre 2008, après le défaut de Lehman, ils étaient de 340 Mds euros. Or nous avons enregistré de nombreux pics ces dernières semaines : 452 Mds euros le 27/12/2011 ; montant déposé de près de 490 Mds euros le 12/01/2012 et montant record de 528 Mds euros le 17/01/2012 ! En janvier, le montant déposé tourne autour des 490 Mds euros. C’est énorme ! Cela veut dire que tout le système bancaire est bloqué car les banques refusent de se prêter entre elles et ne se font absolument pas confiance ! C’est encore pire qu’en 2008.

Pour ceux qui voudront suivre de plus près l’évolution des dépôts overnight des banques de la zone Euro à la BCE et se faire une idée des dysfonctionnements du marché interbancaire, vous pouvez télécharger sous format Excel les historiques de ces données quotidiennes (colonne « deposit facility… ») à partir du lien suivant : http://www.ecb.int/stats/monetary/res/html/index.en.html

Pour bien comprendre la crise de confiance sans précédent dans laquelle évolue notre système bancaire européen, je vous donne ces quelques chiffres, pour comparaison :

C’est dire à quel point la situation actuelle constitue le pire blocage de circulation de la liquidité qu’il nous ait été donné de voir !!! Au lieu de parler de crise de liquidité, parlons donc plutôt de crise de confiance car la liquidité au sens macroéconomique n’a jamais été aussi abondante (il suffit de regarder l’évolution du bilan des banques centrales dont celui de la BCE avec l’extraordinaire croissance de ce que l’on appelle la base monétaire – définie comme la somme de la monnaie émise et des réserves bancaires).

Vous l’avez compris : plus ces dépôts sont élevés, plus ils traduisent des dysfonctionnements importants du marché interbancaire.

Le pire, c’est que ces dépôts sont rémunérés sur la bas de la fourchette des taux directeurs de la BCE, soit 0.25% alors qu’elles empruntent souvent cette même liquidité au taux directeur REPO de 1% ! Cela veut dire que les banques préfèrent momentanément perdre de l’argent (portage négatif de 0.75%) sur une bonne partie de leur liquidité… et les réinvestissent sur des titres d’état périphériques (sur des maturités du LTRO relativement courtes, donc à fin 2014) et sur d’autres actifs dit « risqués » (obligataire corporate, obligataire high yield, actions…).

En tout cas, le jour où ce montant des dépôts overnight reviendra vers des niveaux de 100 Mds euros, on considérera que nous rentrons dans une période de réelle accalmie. Mais il faudra une décrue beaucoup plus sensible pour que l’on commence à parler de normalisation.

Je m’arrête là pour aujourd’hui. Nous verrons demain le poids des LTRO par rapport à celui des MRO dans les opérations de refinancement de la BCE. Je sais, ça a l’air technique, mais ne vous inquiétez pas, c’est en fait très facile à comprendre.

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

3 commentaires pour “zone euro : Continuez à surveiller ces deux indicateurs de crise ! (1)”

  1. […] nous sommes revenus sur l’analyse des dépôts overnight des banques pour prendre le pouls de la crise et la mesure des dysfonctionnements du système bancaire. […]

  2. […] banques – lesquelles en ont déjà des montagnes puisqu’elles ont actuellement un magot de 492 milliards en pension (rémunéré s’il vous plaît) à la banque centrale –, la BCE va acheter des obligations souveraines via les banques qui les lui donneront en pension […]

  3. […] je vous le disais dans un article début février, on peut dire qu’il existe, pour simplifier, les opérations normales de refinancement que […]

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