Comprendre l’importance de la psychologie dans les marchés financiers

Rédigé le 12 février 2008 par | Autres indices Imprimer

Cher trader,

N’est-il pas amusant et édifiant de constater, a posteriori, la façon dont s’est opéré le changement des conditions de marché au cours des derniers mois ?

C’était il y a 6 mois seulement… En juillet 2007, la grande majorité des commentaires fondamentaux et mêmes techniques étaient fort optimistes. On parlait d’un « essor de l’économie mondiale sans précédent », alimenté grâce aux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine soit les fameux pays BRIC). Pour la cinquième année consécutive, les marchés actions affichaient une progression honorable (+11% pour le CAC 40) et un air d’euphorie digne de 1999/2000 régnait : records historiques des fusions-acquisitions, introductions en Bourse, LBO et autres bonus…

On ne le savait évidemment pas encore, mais le marché était alors à son sommet. L’indice américain S&P 500 testait justement, le 13 juillet dernier exactement, son record historique du 24 mars 2000. Sept mois seulement se sont écoulés, et le S&P 500 a depuis perdu 15% et son homologue français, le CAC 40, rien de moins que 24% !

Comment donc expliquer rationnellement qu’en un espace de temps aussi réduit, les valorisations boursières aient été aussi violemment revues à la baisse ?

Retour à la réalité Certes, la Bourse anticipe les résultats à venir, elle valorise les espérances — chose furtive et fragile ! Les signes de récession de l’économie américaine expliquent partiellement ce phénomène de vente avant même que les révisions ne soient publiées par les sociétés cotées.

La crise des subprimes a vivement impressionné tous ceux qui, pendant des années, ont fait « comme si » ; comme s’ils ne connaissaient pas la situation des prêts hypothécaires aux Etats-Unis, comme si la situation sur l’endettement des ménages n’était pas préoccupante, comme si les Etats-Unis ne vivaient pas au-dessus de leurs moyens, comme si le dollar n’était pas trop haut…

La réalité a rattrapé les investisseurs, qui sont tombés de bien haut. Il n’empêche, la crise américaine s’est étendue au monde entier plus que de raison. Le marché est actuellement déclaré comme « historiquement peu cher », au vu des PER notamment. Alors comment justifier cette situation paradoxale ? Pourquoi tout le monde vend si les marchés sont peu chers ?

La peur est une émotion profondément ancrée Il faut pour cela prendre en compte l’importance de la psychologie, et donc des phénomènes irrationnels. Les émotions vécues par les intervenants — qui sont avant tout des hommes –, telles que la peur, l’espoir, la panique, la cupidité ou l’angoisse, vont en effet prendre le dessus et s’autoalimenter, et le phénomène de masse va ainsi déclencher un effet « boule de neige ».

Comment expliquer l’impressionnant décrochage de 12% des marchés boursiers européens en l’espace de 2 jours seulement, les 21 et 22 janvier, si ce n’est par ce phénomène de foule ?

En effet, rien sur le plan macroéconomique ne permettait un tel dévissage de 1/8e de la valeur des économies occidentales ! Certes, les révélations de la Société Générale ont eu de quoi jeter un froid sur le marché, mais c’est loin d’expliquer le tout. Et dès lors que le marché entre dans une tendance baissière, comme nous l’avons vu dernièrement (Billet du Trader du 15/01 et du 29/01), il est bien difficile d’inverser la machine : en effet, la très grande majorité des investisseurs (sinon la totalité) ayant pris position au cours des 18 derniers mois accusent des moins-values latentes.

La pression sur leurs économies va venir alimenter le flux des vendeurs, et ainsi de suite. Les vendeurs à découvert, bien qu’ils soient marginaux, pèsent également sur la tendance. Et il est à douter que la FED parvienne à inverser la tendance : malgré sa baisse record des taux en l’espace de deux semaines, cette initiative ne s’est soldée que, au mieux, par une stabilisation des marchés…

Il ne faut pas suivre le courant C’est pourtant, comme on peut généralement le constater plusieurs mois plus tard, à de tels moments qu’on doit revenir à l’achat si on suit l’analyse fondamentale (les actions peuvent être ramassées à bon compte), même si cela n’est pas facile psychologiquement.

Un analyste technique attendra évidemment les premiers signes de reprise ; quant aux investisseurs fondamentaux qui jouent sur le long terme, ils peuvent déjà revenir à l’achat à condition d’avoir les liquidités nécessaires. C’est le sens du célèbre adage « vendre au son des violons, acheter au son des canons ».

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