La complainte du golden boy qui rêve de devenir une licorne

Rédigé le 16 octobre 2017 par | Toutes les analyses, US Imprimer

Les « meilleurs profils » de Wall Street parmi les 25-35 ans qui travaillent chez les plus grands banquiers d’investissements, gestionnaires d’actifs ou hedge funds ont été sondés afin de cerner leurs plus grandes préoccupations concernant l’avenir de l’industrie financière : ils redoutent une éventuelle dégradation de la tendance, une hausse de la volatilité, ils déplorent parfois des valorisations élevées… mais plus que tout, ils envient le style de vie et les salaires de la Silicon Valley.

Les « meilleurs profils » dont il est question dans l’enquête, ce sont les petits génies surdiplômés d’écoles d’ingénieurs de type polytechnique ou « hauts instituts de technologie » que les patrons de grosses start-ups ou de grandes banques championnes des algos et du HFT s’arrachent.

A partir d’un certain niveau de technologie dans la finance, on ne demande pas à un trader de savoir la différence entre une action, une obligation convertible ou un moule à gaufre… On lui demande de connaître ses caractéristiques de volatilité, les plateformes sur lesquelles on peut les négocier, les programmes algorithmiques concurrents, etc.

Avec les bouleversements technologiques qui se profilent, les fintech (notamment les banques dématérialisées) qui rentrent en concurrence frontale avec les banques de réseau, les fournisseurs de solutions de paiement comme PayPal, les blockchains qui s’apprêtent à révolutionner l’architecture des transactions financières, les trajectoires de carrière balisées et prévisibles n’existent plus dans le secteur bancaire.

licorneLes golden boys de Wall Street rêvent d’un style de vie plus détendu et d’un plan de carrière plus épanouissant.

Une licorne californienne, ça fait rêver

Même payé des centaines de milliers de dollars par an (et certains des centaines de milliers de dollars par mois), les enfants gâtés de Wall Street indiquent subir une forte pression (il leur faut rapporter 5 fois leur salaire net) et avoir du mal à trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée (entre réunions hautement stratégiques, heures sup’ et cocktails où il faut montrer sa truffe, fin de soirées dans les boîtes branchées… les heures passées au doux foyer se font rares).

En comparaison, le mode de vie californien est beaucoup plus cool, il n’y a pas cette « pression du chiffre » (certaines start-ups ne font aucun chiffre d’affaires) et il n’existe pas cette compétition permanente entre différents centres de profit (fixed income, dérivatives, Forex, equity…).

Alors les meilleurs ingénieurs privilégient les annonces provenant de la Silicon Valley (le véritable bassin d’opportunités du XXIe siècle) plutôt que de Manhattan. D’ailleurs ce sont les petits génies de la Silicon Valley qui sont en train de ringardiser les métiers de la finance en rendant possible une automatisation de la plupart des tâches quotidiennes du banquier de réseau.

En ce qui concerne les banques d’affaires, il y a celles qui ont pris le virage de la technologie et les autres. Goldman Sachs – qui tente de rester à la pointe dans ses métiers – a déjà remplacé 598 traders sur 600 par une centaine d’ingénieurs qui programment des algos destinés à accomplir autant de tâches que 6 000 traders survoltés dotés d’un écran tactile et d’une batterie de téléphone.

Mais ce que les enfants gâtés de Wall Street (et ceux qui les ont sondés) ont complètement passé sous silence, c’est que ces jeunes professionnels de 25 à 35 ans, avec 8 à 9 ans de présence sur les marchés, n’ont jamais connu un marché baissier, ni quasiment aucune correction digne de ce nom !

Plutôt qu’une licorne, il faudrait aux traders une bonne correction

Il y a bien eu un flash krach en mai 2010, puis plus rien. Les machines ont été bridées, des coupe-circuits automatiques mis en place (peu efficaces quand un flash krach touche un titre et non un indice). L’illusion que l’on peut reprendre la main rassure tout le monde, la couverture des portefeuilles ne coûte pratiquement plus rien malgré des valorisations stratosphériques, donc la prise de risque maximum est encouragée et les positions à crédit (avec de l’argent quasi gratuit) explosent tous les plafonds répertoriés.

Mais pour piloter tout ça, Wall Street s’appuie sur des professionnels qui n’ont aucune idée de ce que peut valoir le sous-jacent ! Ces petits génies des maths n’ont jamais connu ces phases de marché où les opérateurs se retrouvent contraints de réduire en catastrophe les leviers, de couper leurs positions, et déboucler les swaps face à une contrepartie absente.

Ce sont des marins de pirogues sur un lagon enchanté à qui l’on a confié la barre d’un imposant trois mâts pour leur faire passer le cap Horn.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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