Comment les « program trading » et « contrats futures » vont vous impacter…

Rédigé le 11 novembre 2008 par | Big caps Imprimer

Une petite phrase apparemment innocente se glissait en fin de semaine dernière dans une dépêche de l’agence Bloomberg. Je vous la livre : « L’indice Kospi de Corée du Sud a progressé de 6,8%, tandis qu’une montée des futures sur indices déclencha une suspension du program trading« .

Pour les lecteurs non avertis, c’est du chinois ; traduisons donc

Les futures sont des contrats à terme qui permettent l’utilisation d’un certain levier. Si j’achète un contrat à terme, cela veut dire que j’achète aujourd’hui quelque chose que l’on me livrera plus tard (en général dans un délai de trois mois, mais cela peut varier).

C’est une manière de spéculer sur l’avenir. Imaginons que l’or soit aujourd’hui à 700 $ et que je pense que, d’ici début décembre prochain, il sera 10% plus haut. J’achète un contrat future sur l’or à échéance décembre ; si j’ai raison, je gagnerai 10%. Si, en revanche, il a baissé de 10%, alors je perds 10%. Si je souhaite jouer à la baisse, je vends un contrat future. Si l’or baisse de 10%, j’aurai gagné 10%, etc.

Future et super effet de levier

C’est sur le Comex que se négocient les contrats futures sur l’or. Un contrat équivaut à 100 onces d’or fin. Actuellement, la « marge » (dépôt minimum) pour acheter ou vendre un contrat est de 5 500 $. Or, 100 onces d’or à 700 $ l’once, cela fait 70 000 $ par contrat.

En d’autres termes, on me permet d’utiliser un levier allant jusqu’à plus de 12x. Ainsi, si je joue l’or à la hausse et qu’il prend 10%, je gagne 120%, donc je double ma mise et plus encore. Evidemment, le hic est que si cela part dans le mauvais sens et que l’or perd 50%, non seulement je suis ruiné mais je dois encore cinq fois ma mise à mon banquier ; attention donc, ce n’est pas pour tout le monde.

Program trading

Maintenant que l’on comprend tous ce qu’est un future, passons au program trading qui n’a pas, à ma connaissance, de traduction française officielle. En gros, à partir du moment où c’est un algorithme qui décide l’achat ou la vente, on parle de program trading. Parfois tout est informatisé et il n’y a pas d’intervention humaine, parfois l’algorithme déclenche un ordre et c’est une personne qui l’exécute.

Un sixième des transactions sur le NYSE

Souvent utilisé par les hedge funds, ce type de stratégie vise à éliminer les émotions humaines de la décision d’achat ou de vente. Selon le New York Stock Exchange (NYSE), le program trading a représenté environ un sixième des transactions la semaine dernière.

Donc un impact énorme sur les fluctuations du marché boursier

En d’autres termes, même si relativement peu de gens suivent des stratégies utilisant le program trading, celui-ci représente un bon pourcentage des volumes, car ces stratégies font tourner le portefeuille un nombre incalculable de fois dans la semaine, le mois ou l’année. En bref le program trading a un impact énorme sur les fluctuations du marché boursier.

Maintenant, on comprend mieux la dépêche de Bloomberg : en Corée du Sud, quand l’indice a rebondi fortement (presque 7% en un seul jour), le volume sur les futures était si important que l’on a dû stopper le program trading.

De l’intérêt de diversifier ses liquidités

Que s’est-il passé? Dans le marché, un grand nombre de spéculateurs (comme des algorithmes) font partie des suiveurs de tendance. Comme le marché était baissier depuis un bon moment, ils jouaient tous la baisse (en vendant des contrats à terme). Et donc quand l’indice a rebondi, tout le monde s’est précipité en même temps vers la sortie.

Quand vous êtes baissier, pour clore votre position, vous devez vous « couvrir » et donc acheter un contrat pour tout contrat vendu à l’époque. A ceci, il faut ajouter tous ceux (humains ou non) qui, ayant joué la baisse ou non, ont décidé tout à coup de jouer le marché à la hausse.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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