Comment bien communiquer pour préparer une augmentation de capital

Rédigé le 1 mars 2012 par | IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

Je voudrais revenir sur les augmentations de capital*. J’ai beaucoup critiqué Hubwoo (FR0004052561) la semaine dernière suite au lancement de sa n-ième levée de fonds puisque la société fait appel au marché quasiment chaque année… Ce n’est pas vraiment la dilution potentielle qui me gêne le plus, car comme l’opération est ouverte aux actionnaires existants, ils sont libres de souscrire ou non. S’ils souscrivent, ils ne sont pas dilués… S’ils ne souscrivent pas et vendent leurs droits de souscription, ils sont dilués. Dans le cas de Hubwoo, le DPS vaut à peu près 0,011 et est bien sûr cessible sur le marché. A chaque action détenue, il y a bien sûr un DPS associé.

Donc si vous ne voulez pas souscrire, vous cédez vos DPS attachés à chaque action que vous avez.

Ce qui me choque, donc, c’est le mauvais calibrage des levées de fonds. Il est extrêmement délicat de revenir sur le marché moins d’un an après sa levée de fonds pour trouver des fonds supplémentaires. Hubwoo cherche actuellement 4,6 millions d’euros, juste un an après avoir levé 4,2 millions d’euros sur le marché.

N’eut-il pas été plus judicieux de lever plus de 8 millions d’euros il y an un an, quitte à provoquer une plus forte création d’actions ? A l’époque où je travaillais chez Euroland Finance, ma recommandation était de dimensionner parfaitement les levées de fonds pour éviter ce genre de redites. J’avais d’ailleurs souvent rencontré les présidents successifs d’Hubwoo.

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Mais d’un point de vue plus général, une entreprise cotée qui vient voir un gérant de fonds doit être très précise sur les fonds qu’elle a ou veut lever, ainsi que sur l’utilisation qu’elle va en faire. Et un gérant verra vraiment d’un mauvais oeil un capitaine d’industrie revenir lever des fonds très rapidement après une première levée. Une stratégie réussie passe également par un discours clair et précis. Le monde de la finance préfère des levées de fonds dans le but de réaliser une croissance externe si possible relutive (c’est-à-dire qu’elle contribue à améliorer la rentabilité) plutôt que des augmentations de capital sans but précis. Financer le besoin en fonds de roulement d’une société par une augmentation de capital n’est jamais apprécié par les financiers. Certaines sociétés, par exemple, doivent financer leurs stocks avant de les vendre et se trouvent en décalage de trésorerie. Elles ont alors parfois recours à des levées de fonds pour être plus à l’aise en cas de forte demande.

Ce fut par exemple le cas d’ARCHOS (FR000018247) qui, il y a quelques années, confronté à une forte demande pour ses produits, devait arriver à financer ses stocks. Mais le groupe avait une telle renommée de par la qualité de ses produits et la levée de fonds se passait en général très bien. Mais d’une manière générale, c’est assez mal vu de parler de financement de BFR pour expliquer une levée de fonds.

Les gérants demandent à bien comprendre le but de toute levée de fonds. L’essentiel des questions que je posais aux P-DG, lorsque nous préparions et répétions leur prochain entretien avec des gérants, portait justement sur l’utilisation de la levée de fonds. Je décortiquais tout avec eux en amont : il y aura 2,5 millions d’euros pour lancer une filiale en Allemagne, 1 million d’euros pour une croissance externe en Italie, 500 kilos euros pour investir dans un nouveau parc machine…

La logique est la même quand on prépare une IPO ou une introduction en Bourse… Le chef d’entreprise doit être parfaitement à l’aise avec l’utilisation de la levée de fonds et faire en sorte de persuader le gérant que l’argent récolté sera utilisé à bon escient… Cela vous paraît évident mais souvent les chefs d’entreprise ne sont pas à l’aise avec ce genre de discours. On peut être un excellent dirigeant et un piètre communicant… Mais dans ce cas, la sanction du marché est immédiate.

* Décryptage : Augmentation de capital
Opération consistant, pour une société, à émettre des actions en plus de celles qui sont déjà en circulation et à les placer à titre onéreux auprès de ses actionnaires (opération « réservée ») ou de l’ensemble des investisseurs (opération « mixte » ou « ouverte »). Cette opération a pour objectif de renforcer les capacités financières de l’entreprise. Par exemple, en 2008, suite à l’affaire Kerviel, la Société Générale a eu recours à une augmentation de capital. Pour se donner un ballon d’oxygène financier, la direction a demandé à ses actionnaires (notamment salariés) de la soutenir en souscrivant de nouvelles actions pour un montant supérieur à 5 milliards d’euros.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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6 commentaires pour “Comment bien communiquer pour préparer une augmentation de capital”

  1. […] et de comprendre les motivations de son introduction sur Alternext (je vous avais expliqué, dans un précédent article, l’intérêt d’être très clair sur les motivations d’une boîte à […]

  2. […] cotée sur Alternext, veut lever 3,5 M€ à 7,20 euros sans droit préférentiel de souscription. Je n’aime pas trop ce mode d’augmentation de capital car cela lèse les actionnaires présents dans le […]

  3. […] Je vous ai dit qu’il était important, pour un investisseur, d’identifier clairement les buts d’une levée de fonds. […]

  4. […] introduction en Bourse sur Alternext afin de lever 12 millions d’euros. Vous savez que j’aime savoir comment l’argent d’une levée de fonds sera utilisé par la suite ; voici sa réponse, claire et précise : “Nous voulons devenir leader européen de la […]

  5. […] vous l’ai déjà expliqué dans un précédent article : d’une manière générale, je suis positif sur les levées de fonds porteuses […]

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