Goldman Sachs et Citigroup donnent le ton pour le trimestre… il n’est pas à la fête

Rédigé le 25 janvier 2011 par | Big caps Imprimer

Responsable analyste de Levier7, un service de trading sur les produits dérivés

Les valeurs bancaires ne sont pas vraiment au meilleur de leur forme. D’ailleurs les résultats trimestriels publiés dernièrement tendent à le prouver. C’est ce que nous verrons dans ce billet. Nous nous concentrerons plus particulièrement sur les cas de Goldman Sachs et de Citigroup.

Mais, avant de nous intéresser aux premiers résultats trimestriels de ces géants du secteur bancaire — et surtout à la façon dont ils ont été perçus par le marché au cours de la semaine dernière –, je souhaiterais d’abord revenir sur une étude qu’a menée Bank of America sur 562 gérants.

Trop d’optimisme tue l’optimisme…
Cette étude est passée presque inaperçue sur la plupart des sites d’information. Pourtant, elle est à mon avis essentielle car elle nous donne une idée précise de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

Pour résumer, elle montre que le niveau d’optimisme des gérants actions est en très forte hausse par rapport à début décembre 2010, il est même revenu au niveau de juillet 2007 ! Juillet 2007, cela ne vous rappelle rien ? C’est précisément la période durant laquelle la plupart des indices étaient au plus haut…

Les niveaux du Dow Jones ou du Dax ne sont d’ailleurs aujourd’hui pas si loin de ces plus hauts, comme si la croissance était revenue, que le plein emploi était là et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Malheureusement ce n’est pas le cas, et, on peut se demander si l’on n’a pas donné, à grand renfort de quantitative easing, des amphétamines au malade au lieu de le soigner vraiment.

Les matières premières sont également à des niveaux record provoquant des tensions inflationnistes, en particulier dans les pays émergents. Quoiqu’il en soit, à mon humble avis, cette étude doit être utilisée de manière contrarienne — de la même manière que certains indicateurs en analyse technique. C’est en ce sens que l’analyse contrarienne et l’analyse technique peuvent se rejoindre et nous alerter sur les situations extrêmes et sur les risques que nous encourons.

Cette étude m’a donné froid dans le dos et je tenais à partager cela avec vous car, à mon sens, il y a de quoi nous faire réfléchir. Ceci étant dit, revenons à la situation à plus court terme. La semaine dernière, de nombreux résultats d’entreprises ont été publiés aux Etats-Unis. Parmi eux, nous allons nous intéresser à ceux de deux des principales banques américaines : Citigroup et Goldman Sachs. Nous nous arrêterons plus particulièrement sur la réaction du marché à leur encontre afin de dégager quelques indications précieuses sur la santé du secteur bancaire en ce début d’année 2011.

Où en est le secteur bancaire ?
Rentrons donc dans le vif du sujet. Mardi dernier, juste avant l’ouverture, Citigroup était la première banque à se prêter à l’exercice. Le bénéfice par action était attendu à 8 cents, il est finalement ressorti à 4 cents…

Le marché a été déçu, c’est le moins que l’on puisse dire. Et, bien évidemment, cela s’est répercuté sur le titre. Examinons donc ensemble la configuration graphique (en données journalières) de Citigroup pour mieux visualiser les événements.

Graphique: Citigroup (en données journalières)

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Dès l’ouverture, le titre à ouvert un gap baissier entre 5,03 et 4,95$ avant d’accélérer à la baisse tout au long de la séance. En clôture, la banque accusait, au final, une perte de 5%. Pourtant, ces résultats sont presque passés inaperçus laissant la vedette aux indices américains qui imprimaient alors de nouveaux plus hauts… Cette décorrélation avec le parcours de Citigroup est, à mon avis, un signal de faiblesse du marché et, celui-ci n’aurait pas dû être négligé.

Comme vous pouvez le constater, ce coup d’arrêt ne s’est pas fait à n’importe quel niveau puisque les cours se sont arrêtés sous les plus hauts d’août 2009 à 5,43$. C’est, à peu de choses près, le même niveau qu’avril 2010 — période de points hauts majeurs sur la plupart des indices.

Désormais, la configuration de la valeur bancaire est donc négative. Les indicateurs mathématiques vont également dans ce sens. Ainsi, le RSI à 14 jours a cassé son oblique ascendante depuis août 2010. Le premier support se situe à 4,50$ sur le titre mais, tout porte à croire que ce niveau ne sera pas suffisant pour freiner longtemps les velléités vendeuses.

En cas de cassure des 4,50$, nous aurions ensuite une violente accélération qui pourrait nous mener dans une vague de correction d’une ampleur proche de celle d‘avril 2010, vers les 3,63$, plus bas d’août 2010.

Certes, vous me direz sûrement que si le Dow Jones (ou le S&P 500) n’a pas réagi ce jour-là, c’est certainement parce qu’il a jugé que cet épisode était anecdotique. C’est possible. De mon point de vue je vous répondrais que les mouvements d’une banque de cette taille ne doivent pas être considérés de cette manière. Par ailleurs, j’affirme que ce cas de figure nous donne déjà une idée de ce que nous devons attendre des prochains résultats de ce secteur et, par là même, de ses perspectives.

Le roi Goldman a également besoin de souffler…
Le lendemain (mercredi dernier donc), c’était au tour de Goldman Sachs de publier avant Bourse. Nous allions enfin savoir si cette grande banque s’en était mieux sortie que sa consoeur et, si elle était capable de répondre aux attentes du marché.

Que nenni ! Rebelote même. Le marché à été déçu une seconde fois. En effet, les résultats du T4 ont fait ressortir un bénéfice deux fois inférieur à celui de l’an passé. En conséquence, le scénario Citigroup s’est répliqué sur Goldman Sachs : une ouverture en gap baissier suivie d’une accélération à la baisse tout au long de la séance. Regardez le graphique ci-dessous, Goldman Sachs à clôturé sur une prodigieuse chute de 4%.

Graphique: Goldman Sachs

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Je note que la configuration graphique de Goldman Sachs est relativement similaire à celle de Citigroup. Plus étonnant encore, cette banque — que vous jugiez certainement tout comme moi plus forte sur le papier — présente une configuration technique bien plus faible…

La valeur n’est même pas parvenue à revenir tester ses sommets d’avril 2010 à 186$, elle s’est arrêtée une dizaine de dollars au-dessous. Eh oui, après une vague de progression depuis juillet 2010, la correction se met désormais en place (pour l’anecdote, les sommets d’avril 2010 se sont faits juste avant des résultats trimestriels). Sur le plan des indicateurs mathématiques, tout comme Citigroup, le RSI a également cassé son oblique ascendante illustrant ainsi un net changement de dynamique sur le titre.

La valeur devrait donc vite tester le support des 157$ qui pourrait lui permettre de rebondir à court terme. Mais, sous les 186$ et à plus court terme sous le gap baissier des 173$, la configuration est clairement négative. L’objectif naturel de la correction, en cas de cassure des 157$, serait donc le support majeur des 129,50$, plus bas de l’année dernière.

Ces mouvements sur ces deux valeurs bancaires américaines se sont faits dans des volumes nourris. Ils nous donnent, me semble-t-il, des indications précieuses pour ce trimestre. Le contraste entre ces résultats et l’optimisme ambiant est pour le moins saisissant…

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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