Cinq ans de gains effacés ; il n’y a pas de morale en Bourse

Rédigé le 17 octobre 2008 par | Analyses indices, Big caps, US Imprimer

Alors… ça y est ; hier, cinq années de gains ont été effacées en bourse (du moins sur le CAC40). Nous perdons 43% depuis le 1er janvier, 45% sur un an et 5% sur cinq ans. Si vous aviez bloqué vos économies en bourse il y a cinq ans… vous seriez perdant. Non, pire : vous auriez perdu en plus cinq années d’inflation.

Pour reprendre les paroles d’une chanson Sheryl Crow « No one said it would be easy…but no one said it would be this hard » (comprenez : on m’avait dit que ça ne serait pas facile… mais on ne m’avait pas dit que ça serait aussi difficile). C’est une chanson sur une rupture amoureuse, mais elle pourrait aussi bien parler du désamour boursier actuel.

Nous savons que les marchés boursiers ne sont pas de tout repos ; nous savions depuis quelque temps que nous allions droit dans le mur ; que nous allions devoir faire face à une crise historique, à une remise en doute de tout le système. Nous avons pris des précautions. Nous avons mis en place des stratégies short, des achats de puts dans tous nos services. Nos analystes sont sur les dents depuis un an. Mais là… nous ne pensions pas que la Grande Faucheuse viendrait moissonner si rapidement les gains de cinq ans de millions d’épargnants et d’investisseurs… qui n’avaient d’autre but que de se constituer un petit capital plus confortable.

Il y a de sérieuses raisons d’être choqué par ce krach. Il n’y a aucun précédent d’une telle ampleur sur les marchés américains. La performance du DJIA sur un an (octobre 2007 à octobre 2008) est sa plus mauvaise performance historique. Pire qu’en 1929 et qu’en 1987. Regardez ce graphe. Eric Fry, notre collègue américain, nous a envoyé ce comparatif des différents krachs de 1929, 1987 et 2008. Voici ce qu’il en dit :

Comparatif des krachs de 1929, 1987 et 2008

« Jusqu’à présent, le Dow Jones perd 30%. En 1929, le Dow a fini le mois d’octobre à seulement -10%. En 1987, il terminait octobre avec un gain de 5%. De toute évidence, nous ne sommes pas encore à la fin d’octobre, mais le Dow Jones devrait rebondir de 3 000 pts pour répliquer sa performance de 1929. »

Le consensus nous disait pourtant que l’investissement était une affaire de long terme. Qu’au final, on était toujours gagnant en Bourse (j’ai écrit : « le consensus nous disait » ; je n’ai pas dit que c’était notre avis). L’horizon-temps institutionnel, celui que vous conseilleront tous les conseillers boursiers, est de huit ans. Mais que doit-on penser aujourd’hui de ce lieu commun ? Depuis un an, ce sont ceux qui se positionnent à court terme qui font des profits — même s’ils ne sont pas à l’abri de retournements, ou d’erreurs qui leur coûtent cher. Ce sont ceux qui ont des stratégies agressives, qui risquent, qui prennent position sur des rebonds pour shorter le marché, qui jouent des rebonds à court terme. Ce sont les traders. Ce sont les abonnés à nos services de trading, qui utilisent des produits dérivés, warrants, turbos, options, ETF bear…

Un lecteur m’écrivait l’autre jour : « et l’éthique dans tout ça ? »

Eh bien non, il n’y a aucune moralité là-dedans. Aucune éthique. (Mais depuis quand l’argent est-il moral ?) Ne soyons pas hypocrites. Evidemment que nous n’allons pas tuer père, mère ou qui que ce soit pour nous enrichir. Nous ne spéculons pas non plus sur le cours du blé et sur la famine dans le monde. En shortant le marché, nous spéculons sur de la spéculation, sur des mouvements de liquidités, sur des anticipations de récession. Nous cherchons à tirer parti des erreurs des autres ; et à… protéger notre capital. Purement. Et sincèrement, je ne sens aucun remord quand nos analystes permettent à nos abonnés et lecteurs de faire des gains de 50%, 75% ou 100% en ayant vendu le marché.

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Nathalie Boneil
Nathalie Boneil
Directrice de la rédaction aux Publications Agora

Nathalie Boneil est Directrice de la rédaction aux Publications Agora. Elle a travaillé dans l’univers de la Bourse plus de 4 ans – mais c’est depuis toute petite que son grand-père lui parle des marchés et de l’investissement. Aujourd’hui, elle travaille avec nos rédacteurs et analystes sur les marchés actions pour qu’ils vous proposent les meilleurs services, les meilleures idées d’investissements, de manière la plus simple et la plus profitable qui soit pour vous.

Son rôle est tout simple : rendre les idées, les méthodes, les stratégies de nos analystes professionnels facilement compréhensibles et directement applicables pour vous. Elle met l’analyse technique à votre portée, vous montre les opportunités, les pièges à éviter, et vous explique les moyens de vous positionner sans vous noyer dans un jargon d’experts.

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