Chute de l’or : dans quel sens va la Grande rotation ?

Rédigé le 25 février 2013 par | Apprendre la Bourse, Matières Premières Imprimer

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Cela fait des semaines que les gérants et stratèges se succèdent sur les plateaux télé et dans la presse pour réciter leur leçon bien apprise sur la « Grande rotation ».

Force nous est de constater qu’elle n’a jamais réellement eu lieu aux Etats-Unis ces cinq dernières années. Cela même si les indices boursiers semblent bénéficier depuis six semaines d’un arbitrage au détriment des T-Bonds (dont le rendement est remonté de 1,65 vers 2%).

Mais c’est peut-être déjà de l’histoire ancienne puisqu’une détente des taux longs se matérialise en Europe et aux Etats-Unis depuis le 20 février… Nous assistons donc à l’amorce d’une sorte de Grande rotation à l’envers.

Plus essentiellement, le scénario qui se dessine pourrait être celui d’un « grand deleveraging » (réduction des effets de levier) qui va s’exercer à l’encontre de tous les actifs dont la valeur semble davantage dictée par des aspects techniques inhérents aux marchés à terme que par des considérations fondamentales.

Dans un précédent billet consacré à la mise en évidence du cas de figure absurde « croissance à la cave, pétrole au zénith« , nous évoquions le risque d’inversion de tendance sur le baril en cas d’enfoncement des 95 $. C’est chose faite.

Dans le même ordre d’idée, nous anticipions une consolidation globale sur l’ensemble des matières premières (énergie, métaux industriels) dès lors qu’elles cesseraient d’apparaître comme une alternative au dollar — jouant un rôle de protection contre la perte de valeur du billet vert et par extension contre celle du yen.

Sur le marché des changes, il y a toujours des occasions de profits…
… il suffit de savoir les détecter !

C’est probablement bien plus simple que vous le pensez et ça ne prend que 10 minutes par jour, comme vous le constaterez en continuant votre lecture

 

Il était donc tout aussi logique de se préparer à une correction sur les métaux précieux, l’or, l’argent, le platine.

Nous ne suivrons pas Goldman Sachs ou la Société Générale
En l’occurrence, il ne s’agit nullement d’adhérer aux thèses de Goldman Sachs ou de la Société Générale, qui avancent l’hypothèse d’une Grande rotation au détriment de l’or (et de ses substituts) au profit — vous l’auriez deviné — des actions.

De toute façon, du point de vue de Goldman Sachs, les actions valent bien mieux que n’importe quelle classe d’actifs, exception faite de l’immobilier.

C’est ce qui fait dire à de nombreux observateurs un peu cynique que « GS » cherche par tous les moyens à se délester des actions (comme le font la plupart des initiés) et qu’il ne faut pas non plus toucher à l’immobilier.

Autrement dit, pourvu que Goldman Sachs parvienne à convaincre le plus grand nombre de naïfs possible… de telle sorte que l’or retrouve très vite des niveaux d’achat attractifs — disons autour de 1 500 $.

Le mouvement de correction s’est enclenché mercredi dernier de façon très brutale. Il a rapidement pris des proportions inattendues, aucune actualité ou statistique décevante n’ayant plombé l’ambiance au cours des heures précédentes.

Le trou d’air qui a affecté l’ensemble du secteur des matières premières serait lié, d’après certaines rumeurs (toujours difficiles à vérifier), aux liquidations de positions d’un gros hedge fund gérant d’importantes positions à terme sur les dérivés de commodities (de l’ordre de 30 milliards de dollars)… notamment sur le pétrole.

Les dégagements ont été effectués au moment d’un changement d’échéances afin de profiter d’une meilleure liquidité du marché, ce qui est de bonne guerre.

Mais vu le plongeon symétrique de l’or sous le support des 1 580 $ — et surtout de l’argent-métal (qui s’effondrait en quelques heures de 5% vers 28,5 $ –, on peut se demander si le hedge fund en question n’a pas été contraint de « se couper » sur pratiquement toutes ses positions. On aurait alors affaire à un pari haussier qui aurait mal tourné.

Si vous ajoutez que Goldman Sachs (qui jouait ouvertement la baisse de l’or) s’est immédiatement appliqué à appuyer sur les cours là où ça faisait mal, vous comprenez encore plus aisément comment l’once de métal précieux est passée en trois jours de 1 620 $ à 1 555 $… et de 1 640 $ à 1 550 $ en une semaine.
[NDLR : L’or a encore son mot à dire… et le creux actuel pourrait être une bonne opportunité de vous renforcer à bon compte : voici comment faire.]

Et l’argent-métal ?
La dégringolade de l’argent-métal est toutefois encore plus spectaculaire. Il a subi une rechute de 20% depuis début octobre — contre -13% pour l’or.

Les deux graphiques sont similaires (vague pour vague), avec un scénario de triple sommet déclinant. La volatilité s’avère cependant 50% supérieure pour l’argent, qui a testé un plancher de 28,5 $ contre 35 $/once il y a cinq mois.

Depuis début janvier, les performances tendaient à converger — mais la séance du 19 février a été marquée par une chute de 5% de l’once d’argent contre -2,5% pour l’once d’or.

Dans un cas comme dans l’autre, nous doutons qu’il s’agisse d’un point d’entrée — sauf pour les purs traders. Le scénario du triple sommet déclinant, confirmé par la cassure du support oblique moyen terme des 1 635 $ sur l’or et 29,6 $ sur l’argent-métal, nous incite à anticiper un retour à la case départ de la mi-mai 2012, à des cours respectifs de 1 530 $/once et 26,8 $/once.

Plus globalement, l’or et l’argent s’inscrivent dans une vaste formation en triangle baissier depuis leurs zéniths respectifs de 1 900 $ et 48 $ du 6 septembre 2011. Il conviendra de demeurer très vigilant en cas d’enfoncement des 1 525 $ et 26,5 $.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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