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La Chine est-elle sur le point de faire chuter les marchés (2/2) ?

Rédigé le 2 février 2017 par | Taux & Devises, yuan Imprimer

Hier, nous avons vu qu’à chaque fois que la Chine a dévalué le yuan, les marchés américains avaient chuté de plus de 10% (août 2015, décembre-janvier 2016, juin 2016).

L’histoire est-elle sur le point de se répéter ? Pourquoi le yuan impacte-t-il les marchés actions ?

Qu’est-ce que la Chine et le Yuan ont à voir avec les actions américaines ?

Réponse : il se pourrait que le cours croisé USD/CNY soit bien plus déterminant pour le cours des actions que les baromètres traditionnels tels que les résultats, le PER ou la croissance économique.

Au mois de juillet dernier, l’indice Dow Jones Industrial (DJIA) atteignait un plus-haut historique pour l’époque, à 18 533,05 points ; le S&P 500 a fait de même, à 2 166,89 points. Or, ces indices s’étaient déjà rapprochés de ces niveaux à deux occasions : le 10 août 2015 et le 16 décembre 2015, juste avant que la Chine ne commence à dévaluer sa monnaie. A chaque fois, les marchés boursiers américains ont dévissé.

Le DJIA a chuté de 11% (du 10 au 25 août 2015), et de 12% (du 16 décembre 2015 au 11 février 2016). A présent, il a franchi un nouveau record historique, à plus de 20 100 points (avant de rechuter). Si l’histoire se répète et que la Chine dévalue à nouveau, le DJIA pourrait chuter sous les 18 000 points, voire plus, et le S&P pourrait revenir sur les 2 000 points.

Le processus d’un nouveau krach avait déjà démarré au début du mois juin 2016, mais il a été « sauvé par le Brexit ». Le vote en faveur du Brexit a immédiatement provoqué la chute de la livre sterling et de l’euro, et donné lieu à une fuite de type « aversion pour le risque » vers des valeurs refuges telles que le dollar, l’or et les actions américaines. Le rebond du Brexit est terminé depuis longtemps mais la réflation Trump post-électorale a propulsé les actions vers des niveaux très élevés.

La question est la suivante : l’histoire va-t-elle se répéter et la Chine va-t-elle à nouveau dévaluer… ou bien cela va-t-il être différent, cette fois ?

A la rédaction d’Alertes Guerres des Devises, nous utilisons notre système IMPACT afin d’anticiper les mouvements majeurs des principales paires de devises. Le système IMPACT est une méthode que j’ai apprise en travaillant pour les renseignements américains, notamment à la CIA et auprès du Directeur du renseignement national.

IMPACT s’appuie sur ce que les professionnels du renseignement appellent les « indicateurs et alertes ». Même en l’absence d’informations parfaites, vous pouvez savoir dans quelle direction vous allez en regardant des « panneaux de signalisation » uniques tout le long de la route. (pour voir concrètement comment cela fonctionne, lisez ici).

Quels sont les indicateurs et alertes que nous percevons sur le cours croisé CNY/USD ?

Les paires de devises n’évoluent pas de façon isolée. Elles bougent en réaction à une politique des taux d’intérêt, et notamment au forward guidance correspondant. Dans une vaste mesure, il y a une réciprocité entre les taux d’intérêt et les taux de change. Si les taux d’intérêt augmentent, ou que l’on s’attend à ce qu’ils augmentent, la monnaie se renforce à mesure que les capitaux affluent pour profiter de l’augmentation des rendements.

Si les taux d’intérêt baissent, ou que l’on s’attend à ce qu’ils baissent, la monnaie se déprécie à mesure que les capitaux fuient, cherchant ailleurs des rendements élevés. La notion que les taux de change reflètent les déficits et excédents commerciaux est quasiment obsolète. Les flux de capitaux prennent le pas sur le flux des échanges commerciaux, s’agissant de la détermination des taux de change.

Lorsque la Chine a dévalué le yuan en août 2015, les capitaux ont fui. Une fois que le yuan s’est stabilisé par rapport au dollar, début 2016, les mouvements de capitaux se sont stabilisés. Mais cela a changé, depuis. A présent, début 2017, la fuite des capitaux atteint des niveaux non soutenables, en Chine. Si elle continue de vendre des dollars pour soutenir le yuan, la Chine pourrait avoir « brûlé » ses réserves de dollars d’ici la fin de l’année, au rythme actuel.

J’observe de très près ces flux sortants. Ils représentent l’un des principaux indicateurs que je surveille afin de déterminer le timing de la prochaine dévaluation chinoise.

A court terme, les actions américaines pourraient chuter, dans la mesure où la reflation Trump s’essouffle et où la Fed a repris un discours musclé évoquant des relèvements de taux supplémentaires — ce qui suggère un renforcement du dollar. A ce jour, il semble très probable que la Fed relève les taux en mars après l’avoir fait en décembre.

La Fed craint que les actions américaines ne soient en bulle. Elle sous-entend que l’assouplissement des conditions financières, provoqué par la hausse des actions, est un moment idéal pour relever les taux d’intérêt.

Mais l’évocation d’un relèvement des taux renforce le dollar et exerce une pression baissière sur le yuan. L’instabilité du yuan déclenche la fuite des capitaux dont les répercussions entraînent une crise de liquidité, laquelle pourrait ensuite aboutir à une correction du cours des actions américaines.

Une fois que la correction aura lieu, la Fed pourra à nouveau voler au secours du marché actions en envoyant des signaux plus accommodants (dovish). Cela devrait affaiblir le dollar et stabiliser le yuan. Mais il existe un risque que la Fed n’ait pas retenu la leçon de ses erreurs passées et que, fin mars ou avril 2017, nous assistions à une réplique d’août 2015 et de janvier 2016.

Et après toutes ces années d’interventions sur les marchés, la Fed pourrait bien arriver à court de munitions pour gérer une nouvelle crise.

Accrochez bien votre ceinture.

Bien à vous,

Jim Rickards

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

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