Profitez dès maintenant du prochain krach made in China

Rédigé le 29 janvier 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.lecoindesinsiders.com/profits-garantis.html

Et si, après le Japon et les Etats-Unis, les Chinois étaient les prochains sur la liste ? Quelle liste ? Celle des nations dont l’euphorie sur la pierre a été telle que son éclatement a engendré un effondrement du système ; une crise majeure aux conséquences dévastatrices.

Souvenons-nous de l’exemple japonais

Rappelez-vous du Japon du début des années 1990. A cette époque la valeur foncière de Tokyo égalait celle du territoire américain. De même la valeur de l’ensemble de l’Archipel nippon correspondait, grosso modo, à celle du reste du monde (oui, vous avez bien lu !). Comme vous le savez, vingt ans après, le mètre carré au Japon ne s’échange plus qu’à environ un dixième de sa valeur au pic de sa gloire.

Bien évidemment, les caractéristiques des crises immobilières passées diffèrent d’un pays à l’autre, d’une décennie à l’autre. Reste que le moteur est souvent identique : des taux d’intérêt bas, des facilités à l’emprunt extraordinaires et un encouragement du gouvernement envers les banques pour que celles-ci prêtent toujours plus (pour, soi-disant, que tout le monde, même la personne la plus démunie, puisse posséder un logement… On a vu ce que cela a donné aux Etats-Unis). A cela s’ajoute, en Chine aujourd’hui, de nombreux stimulus fiscaux de près de 500 milliards de dollars.

Un toit pour mieux spéculer…

Y aurait-il, à ce point, de quoi s’inquiéter ? La réponse est sans équivoque : oui, sans l’ombre d’un doute. Quelques chiffres pour en témoigner. A Shanghai, de janvier à septembre, le prix moyen pour les logements de haut standing a progressé de 54% à près de 5 400 dollars le mètre carré. L’explosion ne se fait pas sentir qu’à Shanghai. Durant le seul mois de novembre, le prix moyen des 70 plus grandes villes chinoises a bondi de 5,7%, alors que les constructions d’immeubles sur l’ensemble du territoire ont presque triplé (+194% en un mois).

L’euphorie est telle que de plus en plus de familles, si elles peuvent se le permettre, achètent systématiquement deux appartements — un pour y vivre, l’autre pour spéculer. Des mouvements à grande échelle qui inquiètent au plus haut rang du parti communiste. Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, pourtant reconnu comme peu bavard sur les excentricités de sa population, s’est lui-même, rendu à l’évidence. Le 27 décembre dernier, il a déclaré à l’agence Xinhua que « les prix immobiliers ont augmenté trop rapidement« .

Une déclaration que n’aurait jamais osée un Georges W. Bush ou un Ben Bernanke. Ils se sont exprimés certes, mais seulement après le déluge…

... et une « constructivite » aiguë

A plusieurs égards, le mécanisme sur le sol chinois est bien différent de la folie japonaise des années 1980 – début 1990, ou des subprime made in Etats-Unis. Il est d’ailleurs plus proche du Japon que des Etats-Unis. Dans l’empire du Milieu, le danger émerge aux extrémités des richesses. D’un côté, l’offre d’immeubles de haut standing n’arrive pas à répondre à la demande exponentiellement croissante. Dans certains endroits, la « constructivite » aiguë est telle qu’elle pousse certains promoteurs dans des projets hors normes, dans des zones entièrement inhabitées et inintéressantes au possible. De l’autre côté, peu de constructions se concrétisent pour les classes moyennes et à bas revenus.

Un exemple, le district Chaoyang de Pékin, qui représente environ un tiers des transactions en immeubles résidentiels de la capitale. Son prix moyen avoisine les 3 200 dollars le mètre carré. Ceci sous-entend qu’un appartement standard de 93 mètres carrés coûte aujourd’hui l’équivalent d’environ 80 fois le revenu annuel des habitants de Pékin ! Soit une éternité. Cela crée une distorsion phénoménale entre les différentes classes de la société. Un analyste du géant obligataire Pimco, Koyo Ozeki, a d’ailleurs calculé que seuls 10% des ventes résidentielles en Chine concernent véritablement la population. En d’autres termes, 90% sont les fruits d’une spéculation à outrance entre développeurs immobiliers.

Attention au risque d’effondrement !

Force est de constater que lorsque tant d’oeufs se trouvent dans le même panier, avec si peu de supervision et de réglementation, l’omelette sera d’autant plus grande dès que le balancier se retournera. Car, une fois que les taux augmenteront pour freiner la venue d’une inflation galopante (ce qui est un autre sujet tout aussi inquiétant, si ce n’est davantage), l’effondrement sera brutal. Et l’impact sur l’économie mondiale certain.

Comprendre l’origine des bulles financières a d’ailleurs toujours été l’une de mes passions. C’est ce que vous pourrez constater dans ma lettre stratégique que je publierai d’ici quelque temps. C’est aussi ce qui m’a amené à développer, à la fin des années 1990, des outils d’investissement neutres au marché, permettant de générer des rendements élevés en profitant de ces cycles. A ce propos, un nouvel article phare*, publié tout récemment par le National Bureau of Economic Research, apporte une belle pierre à l’édifice. Après avoir analysé en profondeur 60 crises financières de 1870 à nos jours, les auteurs se sont demandé quel était le meilleur indicateur pour anticiper la venue d’une crise. Leur réponse ? La croissance des crédits. Philippe Béchade vous parlait justement, il y a peu, des énormes conséquences qu’aurait le gel des crédits en Chine.

Des signes qui ne trompent pas

Croissance des crédits en Chine

Ci-dessus, voici le graphique de la croissance des crédits en Chine depuis 2001. Comme vous pouvez le constater, alors même que la croissance économique à double chiffre de l’empire du Milieu dure depuis plus d’une décennie, le bond des crédits n’a véritablement explosé qu’en 2008. Et, maintenant que l’on sait que la croissance chinoise n’a été que peu affectée par la dernière crise financière, les milliards de dollars injectés par le pouvoir central vont très certainement générer une crise « made in China » sans précédent. Avec une impossibilité de résorber toutes ces liquidités, dont une grande partie a été « investie » dans l’immobilier. Mieux vaut donc s’y préparer, voire en profiter.

*Credit Booms Gone Bust : Monetary Policy, Leverage Cycles and Financial Crises, 1870-2008, Moritz Schularick et Alan M. Taylor, National Bureaux of EconomicResearch, Novembre 2009, NBER WorkingPaper No. 15512.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

2 commentaires pour “Profitez dès maintenant du prochain krach made in China”

  1. […] La Chine a également pris des mesures concernant l'immobilier pour réglementer plus durement la spéculation dans ce secteur, et restreindre le crédit. Elle a aussi laissé sa monnaie, le yuan, se revaloriser, dans une […]

  2. […] autant, alors que la question de la surchauffe de l'économie — notamment liée à la spéculation dans l'immobilier — se maintient comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des […]

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