L’indicateur pop-rock de l’immobilier chinois

Rédigé le 27 juillet 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Il vient de lancer La Lettre de Marc Mayor portant sur ses plus grandes idées d’investissement : des idées contrariennes qui font son succès grâce à sa connaissance des mouvements des insiders de marché.

Et si l’avenir de l’immobilier chinois pouvait se deviner en écoutant des chansons ? En particulier Vendre, le nouveau tube du chanteur pop Huang Zheng, qui a été vu plus d’un million de fois sur Internet en une seule semaine.

Ka-Ching, l’hymne des subprime

C’est moins idiot que vous ne le pensez, la chanson Ka-Ching — hit de la Canadienne Shania Twain — était sortie en 2002. Robert Lange, « Mutt » pour les amis, celui qui a produit les albums mythiques d’AC/DC ou Def Leppard, a co-écrit cette chanson dont les paroles annonçaient :

« Nous vivons dans un petit monde cupide

Qui apprend à chaque petit garçon et petite fille

A gagner autant que possible

Et ensuite à tout dépenser bêtement

Nous nous sommes créés un enfer de cartes de crédit

Nous dépensons l’argent que nous n’avons pas

Notre religion est de tout flamber

Alors, on passe tous nos dimanches au centre commercial

Quand tu es fauché, va faire un emprunt

Prendre une autre hypothèque sur ta maison

Consolide pour pouvoir te permettre

D’aller dépenser encore plus quand tu t’ennuies« .

Cinq années plus tard, début de la crise des subprime, qui n’aurait pas été possible sans une montagne de crédit ni sans hypothèque facile. Etonnant, non?

« Alors tu l’achètes dans combien de temps cette maison ?« (Huang Zheng)

Combien de temps faut-il pour acheter un appartement à 29 800 yuans le mètre carré (3 400 euros) en Chine ? 125 ans de salaire pour un chauffeur de taxi, 87 ans pour un employé de bureau, 225 pour une femme de ménage ou même 541 pour l’immigré qui construit l’immeuble en question. Mais seulement 5 jours de travail pour un grand patron — et un seul coup de coude de sa maîtresse pour qu’il lui offre un appartement supplémentaire.

C’est ce que montre le clip vidéo de Vendre. Les réactions de différentes classes sociales chinoises face aux prix exorbitants de l’immobilier, dans une pop sirupeuse, quoique engagée. Et quand l’immigré qui bâtit l’immeuble en question découvre son prix de vente — l’équivalent de plus de cinq siècles de son minable salaire –, le choc le fait glisser de son échafaudage vers une chute mortelle…

Une chute très similaire pourrait se produire dans l’immobilier chinois, même si l’arrivée de ce genre d’événements peut se faire attendre plus longtemps que prévu, peut-être cinq ans, comme aux Etats-Unis, voire davantage.

Comme les Américains après l’effondrement du Nasdaq en 2002, les consommateurs chinois voient dans l’immobilier résidentiel un moyen de stocker de la valeur et d’augmenter sa richesse. C’est pourquoi les plus aisés d’entre eux n’hésitent pas à acquérir trois ou quatre appartements, poussant les prix vers le haut.

L’immobilier commercial explose

Rassurez-vous, la situation est encore pire dans l’immobilier commercial. Le taux de faillite dans le secteur atteint 16 à 20%, ce qui n’empêche pas les constructions de continuer à pousser comme des champignons. Pourquoi ? A cause de la volonté de s’enrichir rapidement via l’immobilier. Ce qui explique que des entreprises n’ayant aucune activité dans la pierre se mettent à construire elles aussi pour profiter de la frénésie ambiante.

Près de 30 milliards de mètres carrés de bureaux sont en cours de construction. Soit l’équivalent d’une cabine de 1,5 mètre par 1,5 mètre pour chaque citoyen chinois — homme, femme et enfant !

Croissance annuelle des surfaces immobilières vendues en Chine

La Chine au bord de la crise ?

L’épargne chinoise, traditionnellement élevée pour compenser l’absence de protection sociale, est de plus en plus mobilisée pour acquérir des actifs immobiliers probablement surévalués et dont la future dépréciation est systématiquement négligée. Un éclatement de la bulle pourrait même provoquer des troubles sociaux.

Globalement, les économies planifiées de manière centralisée nourrissent leur expansion grâce aux migrations des campagnes vers les villes, au développement de l’éducation et à l’augmentation de la base de capital. Les problèmes arrivent quand ces facteurs deviennent nécessaires au maintien de la croissance.

La morale de ces ritournelles ? L’immobilier chinois vit probablement une bulle. Mauvaise nouvelle pour les marchés, à long terme.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

2 commentaires pour “L’indicateur pop-rock de l’immobilier chinois”

  1. bulle & krach ! un krach c’est quand il n’y a plus d’acheteurs….alors quand ?! tant que les banques vont prêter à cette classe moyenne qui croit s’enrichir pour stocker de la valeur 🙂 la pierre est vraiment ce qui rend fou partout dans le monde, plus de raisonnement avec ce « placement »….alors que la masse arrive à trouver risqué d’acheter de l’or ?! paradoxal ?

  2. […] salaire pour les plus pauvres pour s’acheter des logements – 80 ans pour un employé de bureau (lire cet article) ce qui fait que malgré la demande énorme des ruraux de logements en ville, ils ne peuvent […]

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