La secousse boursière chinoise de vendredi dernier pourrait connaitre de fortes répliques…

Rédigé le 30 novembre 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

Beaucoup d’observateurs se doutaient que la chute de 38 à 40% des Bourses chinoises (notamment Shanghai et Shenzhen) au milieu de l’été avaient dû générer des pertes abyssales compte tenu des leviers de folie adoptés – et permis par les courtiers – pour spéculer en bourse, et y compris s’agissant de boursicoteurs novices, inconscients des dangers associés aux « prêts sur marge ».

Restent donc posées de nombreuses questions : comment certaines pertes ont-elles été masquées ? Comment les courtiers les ont-elles provisionnées ? Qu’est-ce cache la comptabilité de grands établissement qui ont vu des millions de leurs clients (et oui, cela se joue bien à cette échelle) perdre leur chemise – et bien plus encore – en quelques semaines ?

C’est pour le découvrir que les autorités de régulation des marchés financiers chinoises, obéissant à l’injonction de Pékin, ont annoncé l’ouverture d’enquêtes concernant des géants de l’intermédiation financière comme Citic, Guosen et probablement du hongkongais Haitong.

Résultat, ces 3 entreprises cotées respectivement à Shanghai, Shenzhen et Hong Kong ont dévissé de 10% (pour le 2 premiers, avant réservation à la baisse)… tandis que le 3ème obtenait la suspension des transactions alors que le cours chutait de 3,8% en quelques minutes.

Un vent de panique a gagné de proche en proche tous les acteurs du secteur des courtiers, puis les banques ayant également prêté beaucoup d’argent aux spéculateurs (permettant ainsi à certains d’entre eux de limiter la casse grâce au rebond technique de +15 à +20% dont ont bénéficié les grands indices boursiers chinois depuis fin août).

L’opération vérité ira-t-elle à son terme, où les autorités renonceront-elles à investiguer devant l’ampleur des fraudes découvertes ?

L’affaire pourrait se solder par quelques amendes et une recapitalisation discrète des intermédiaires fautifs (ou leur adossement à une banque d’État)… en tous cas, ce serait la façon la moins déstabilisante de traiter le problème, conformément à la tradition chinoise consistant à privilégier la stabilité.

La stratégie consistant à dénoncer les fraudeurs pour « faire un exemple » n’est appliquée que lorsque les risques de « remous » sont très limités.

Ce qui n’est probablement pas le cas avec les courtiers chinois : le « risque de réputation » est trop grand et il y a trop d’argent en jeu.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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