Chine : à trop gonfler les chiffres, la vérité finit par éclater

Rédigé le 30 mars 2012 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Nous avons pour habitude d’accueillir les statistiques chinoises avec circonspection. La communauté financière a bien conscience que les chiffres dévoilés aux observateurs occidentaux sont bien davantage des instruments de communication politique — certains parlent même de propagande –que le reflet fidèle d’une réalité économique qui demeure pour une bonne part insaisissable.

Mercredi, Mathieu Lebrun ajoutait un nouveau gain à son portefeuille : +64% réalisé sur un trade sur le sucre !

La semaine dernière, il réussissait un beau doublé avec un gain de 65% avec Air France-KLM entre le 13 et le 16 mars… et un autre de 72% grâce à Ubisoft entre le 19 et le 22 mars.

Ils sont venus s’ajouter à la longue liste de plus-values engrangées par le service de Mathieu — avec par exemple +53% sur le S&P 500… +37% sur CGG Veritas… +62% sur le Brent… +100% sur le CAC 40… et j’en passe !

Tous les secrets de la méthode de Mathieu sont ici : n’attendez pas pour en profiter à votre tour !

La Chine accusée de tricherie

L’écart entre le ressenti et les chiffres officiels vient peut-être d’atteindre la limite de l’acceptable, même pour des esprits indulgents. En effet, le Bureau national des statistiques chinois (BNS) a ressenti le besoin de dévoiler deux affaires de falsification des statistiques par des officiels de petites villes de province — comprenez des agglomérations comptant de 500 000 à 2,5 millions d’habitants.

Les édiles locaux ont été pris en flagrant délit d’embellissement des statistiques. Ils ont ainsi maquillé les chiffres d’activité de nombreuses entreprises du secteur de l’industrie, du bâtiment ou de l’hôtellerie-restauration, avant de les faire parvenir au Bureau des statistiques. Ils ont communiqué des chiffres qualifiés de « sérieusement faux », par le BNS sur son site Internet.

En ces temps de transition politique à la tête du Parti, le jeu des chaises musicales bat son plein.

Les postes échoient aux cadres du Parti qui ont réalisé les meilleures performances économiques avec les moyens dont ils disposaient. Il est facile de faire un carton dans la région de Shanghai, mais il est bien plus difficile de briller dans une région multi-ethnique et déshéritée.

Hu Jintao s’était justement fait remarquer pour avoir réprimé dans un premier temps des troubles qui duraient depuis 18 mois au Tibet. Il a ensuite orchestré le développement économique de la région sans provoquer de nouvelles émeutes, trouvant un écho médiatique retentissant en Occident.

Les chiffres économiques — bien plus que le rôle politique des apparatchiks au sein des instances dirigeantes du Parti — deviennent des clés de l’avancement vers le gouvernement central.

Trop de gonflette tue la gonflette

Des chiffres gonflés jusqu’à la caricature puisque le journal officiel Economic Daily rapportait que, selon les chiffres communiqués au BNS, les provinces chinoises ont rapporté un produit intérieur brut équivalent à plus de 6 200 milliards d’euros. C’est 557 milliards d’euros de plus que les chiffres communiqués après correction par le gouvernement!

La marge d’erreur représente juste le PIB de la Suisse… ou la capitalisation boursière d’Apple !

Et pendant qu’il fallait tout recouper et tout recalculer au niveau local, la Chine aurait accusé en janvier un déficit commercial de 31,5 milliards d’euros d’après les données compilées par Bloomberg (et que Pékin n’a pas démenti) !

Les Etats-Unis et l’UE se serrent la ceinture

La demande chinoise de produits étrangers (matières premières, articles de luxe) a continué de progresser. Mais les deux principaux partenaires commerciaux de Pékin, l’Union européenne et les Etats-Unis, restreignent leurs commandes, eux, dans un contexte économique difficile — surtout de ce côté-ci de l’Atlantique.

Les exportations ont donc progressé de seulement 6,9% sur les deux premiers mois de l’année, en glissement annuel, contre 13,4% en décembre ; pendant ce temps les importations grimpaient de 7,7%, contre 11,8% en décembre.

La tendance s’est confirmée en février alors que la Chine a procédé à un restockage massif de pétrole — dans quel but à votre avis ?

Le dollar dépendant de la Chine

Mais tout ce qui préoccupe les Occidentaux, c’est la façon dont Pékin pilote sa politique monétaire et comment évolue son allocation d’actifs. La réduction progressive de la part de bons du Trésor américain depuis le QE2 contient la menace implicite d’un boycott des actifs libellés en dollar si Ben Bernanke met en oeuvre un QE3.

Et là, le serpent se mord la queue… car si Pékin ne souscrit plus les émissions du Trésor américain, Hélicoptère Ben n’a plus d’autre choix que de monétiser la dette.

Les Bourses chinoises en chute libre

Manifestement, quelqu’un a dû pressentir mercredi matin que quelque chose ne tournait pas rond car les deux principales places boursières chinoises ont subi la plus lourde correction de l’année 2012. L’indice SSE (baromètre de la Bourse de Shanghai) replongeait de 2,7% mercredi matin jusque vers 2 285 points. La Bourse de Shenzhen dévissait même de 4,2% : tous les supports court et moyen terme ont été emportés par cette débâcle.

Après la formation d’un triple-top sous 2 475/2 480 points les 27 février puis le 5 et 14 mars sur le SSE, la franche cassure de la MM100 qui gravite vers 2 345 points constitue un important signal de rupture de la tendance haussière.

Aucun support décisif (à l’aune de l’impulsion baissière actuelle) ne se dessine avant 2 205 points, soit un potentiel de repli de 5 à 6% au cours des toutes prochaines séances ou semaines.

Triple top sur le SSE

La Bourse de Shanghai constitue le baromètre avancé des relations économiques de la Chine avec l’Occident. L’aiguille peut évidemment indiquer une profonde dépression sans que survienne une tempête… mais c’est rare.

  


*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.

Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

Mots clé : - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire