Cette rentrée, c’est de la bombe pour les actionnaires !

Rédigé le 4 septembre 2017 par | Big caps, Statistiques et données macro Imprimer

Le microcosme financier aborde la rentrée dans les meilleures conditions psychologiques : l’été fut exceptionnellement calme et exempt de toute mauvaise surprise… à l’exception d’une violente flambée de volatilité le 10 août aussitôt étouffée par les extincteurs à poudre de la FED et de la BCE.

Le 11 août, tout rentrait dans l’ordre.

Quelques opérateurs imprudents (ceux qui shortent de volatilité) se sont fait carboniser mais l’omerta qui règne dans la sphère financière joue et jouera comme en 2007 avec les subprime : nous ne connaîtrons ni le nombre, ni le montant des pertes subies… Et puis nous apprendrons le dépôt de bilan de tel ou tel intermédiaire d’ici la fin de l’année, quand tout le monde aura oublié.

75 milliards d’euros de dividende : gloire aux actionnaires !

Car il y a effectivement tellement de sujets plus agréables auxquels se consacrer, comme les profits record des entreprises du CAC40 au premier semestre 2017 : la presse nous avait annoncé fin août 47 Mds€ de bénéfices mais ce montant pourrait avoir franchi la barre symbolique des 50 Mds€ pour la première fois depuis 2007.

il pleut des billets

Pour mémoire, les leaders du CAC 40 avaient distribué 55,7 Mds€ à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions sur l’ensemble de l’année 2016, égalant les 56 Mds€ versés en 2014. 2017 va constituer une nouvelle référence car cette année, ce seront 75 Mds€ qui devraient être versés sauf accident macro-économique majeur au quatrième trimestre.

Mais attention, il faut bien analyser ce qui participe et cette véritable « surrection » des profits (au sens tectonique du terme).

Indéniablement, les planètes ont été bien alignées au premier semestre avec plus de croissance, des coûts contenus par la robustesse de l’euro, une énergie pas chère, un coup de pouce au pouvoir d’achat des fonctionnaires en fin de quinquennat Hollande… Et puis il y l’impact du CICE, l’instauration de l’amortissement anticipé des investissements (qui deviennent immédiatement déductible de l’IS… et cela vaut aussi pour les achats de fournitures). Last but not least, les entreprises consentent des taux de distribution de dividendes exceptionnellement généreux, ayant beaucoup de cash du fait du peu d’investissements productifs en projet.

Mais les analystes s’empressent de pérenniser dans leurs projections les niveaux de profits du 1er semestre 2017, comme si les profondes variations des parités de change n’auront aucun effet sur les profits rapatriés en Dollar (effet purement mécanique) et surtout les performances commerciales des multinationales qui sont d’abord des exportatrices. Or ignorer la chute de -15% du dollar depuis le 1er janvier relève de l’inconscience. Car les firmes américaines ne sont pas les seules à tirer les marrons monétaires du feu : il y a également les concurrents de pays émergents dont la devise est largement indexée sur le dollar.

Une croissance américaine en trompe-l’œil

Et depuis vendredi, on pouvait légitimement se poser des questions sur la vigueur réelle de la croissance aux Etats-Unis dont l’économie n’a généré que +156 000 nouveaux jobs en août (15% de moins qu’attendu) tandis que les créations de juin et juillet ont été révisées de 10% à la baisse (-20.000 emplois au mois de juillet, à 189.000 au lieu de 209.000, et -21.000 au mois de juin, à 210.000 contre 231.000. Nous avions déjà, en fin de semaine, maintes fois émis un doute sur la qualité de la croissance américaines (voir nos points ici, ici et ici)

Par ailleurs le nombreux d’heure travaillées se contracte légèrement et les salaires stagnent.

Mais il faut relativiser, le mois d’août est un mois traditionnellement plus faible et il est rare que le secteur « loisirs/hôtellerie-restauration » compense le tassement de la production manufacturière, de l’activité dans le bâtiment ou les services financiers, sans parler de l’éducation, au point mort.

Il ne faut donc pas tirer de conclusions hâtives (et négatives) partant des seuls chiffres du mois d’août… En revanche, en y rajoutant juin et juillet, cela pourrait commencer à trahir une tendance moins robuste que dépeinte initialement.

Et nous le soulignons une fois encore : les +0,3% de dépenses des ménages américains au mois d’août ne débouchent pas « dans la vraie vie » sur une pente annuelle à +3,6%, pas plus que la confiance des ménages au zénith ne garantit une orgie de consommation au 4ème trimestre 2017.

A moins que les Américains ne s’empressent de dépenser tout ce qu’ils peuvent avant l’apocalypse nucléaire promise par la Corée du Nord… une menace crédibilisée par le test réussi d’une bombe à hydrogène dimanche matin. Donald Trump s’est empressé de déclarer que « la négociation n’est pas la solution avec Pyongyang ».

analyse reforme travail Macron

 

Video gratuite du 1er septembre

Retrouvez l’analyse de la RÉFORME DU CODE DU TRAVAIL version Macron par Philippe Béchade.

N’oubliez pas l’aspirine !

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Cette rentrée, c’est de la bombe pour les actionnaires !”

  1. … better a year early than a day too late 😉

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