Inscrivez-vous gratuitement à La Bourse au quotidien


Ce marché dans lequel n’importe quel idiot gagne de l’argent…

Rédigé le 12 mai 2016 par | Analyses Forex et Matières Premières, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Selon la dernière étude de Hedge Fund Research, les patrons (CEO) et gérants (advisors) de hedge funds demeurent les personnes les mieux payées au monde, toutes professions confondues. Des cibles idéales pour Donald Trump !

Comment des gens qui gagnent autant d’argent – souvent sans risquer leurs propres deniers – peuvent-ils être à ce point fortunés (5 d’entre eux ont engrangé plus de 1 Md$ cash en 2016) et autant épargnés par le FISC ?

Y aurait-il un peu de jalousie personnelle de la part du candidat milliardaire républicain (une poignée de patrons de hedge funds ont gagné en 5 ans ce que Trump a réussi à amasser en 50 ans soit 5 malheureux milliards de dollars) ? Ou est-ce un argument populiste « attrape-tout » à vocation électorale ?

Alors oui c’est vrai : certains patrons de hedge fund gagnent des sommes folles… Mais cette industrie rapporte de moins en moins d’argent chaque année. Dans un contexte de prix administrés par les Banques centrales (s’agissant de l’obligataire comme des equities), l’intelligence, la pertinence de l’analyse macro-économique ne suffit plus à faire la différence. Les génies comme les médiocres se retrouvent au coude à coude en termes de performances dans des marchés aux allures de figures imposées. N’importe quel idiot gagne de l’argent en achetant des bons du Trésor dont la BCE ou la BoJ garantissent l’ascension inexorable.

Puisque les retours sur investissement se nivellent par le bas, les hedge funds ont subi de lourds désinvestissements, à hauteur de 15 Mds$ au premier trimestre 2016.

Dans le détail, les stratégies macro (autrement dit « directionnelles ») ont subi 7,3 Mds$ de retraits et les stratégies micro (qui ciblent un secteur, une classe d’actifs, un cas de figure particulier) se sont dégonflées de 8,3 Mds$.

La performance moyenne des fonds, toutes stratégies confondues, ressort négative de -2% cette année, malgré le rebond boursier un peu miraculeux du mois de mars et de début avril (rappelons que Wall Street est en hausse de de +2,5% si l’on considère le seul Dow Jones depuis le début de l’année).

Les gérants de hedge funds, majoritairement incapables de surperformer durablement un indice ou un benchmark sectoriel en appliquant une stratégie discrétionnaire (stock-picking, arbitrage long/short), les investisseurs se tournent vers les Exchange Traded Funds (ETF ou paniers de valeurs constituant un indice) et les Exchange Traded Products (ETP ou réplication synthétique d’un segment de marché particulier, comme par exemple les biotechs, les banques, les valeurs pétrolières, etc.).

Certains hedge funds gardent l’avantage sur les ETF/ETP car ils sont spécialistes du trading haute fréquence et du trading algorithmique (nulle prise de décision, nulle interaction humaine…) et embauchent les services des quants qui conçoivent les programmes dont sont équipés les robots-traders hyperfréquence. De tels hedge funds ne prennent pas de paris directionnels : ils captent des micro-gains au fil de l’eau. Lesquels sont d’autant plus juteux que le marché se montre actif et volatile.

Or la volatilité est nettement retombée depuis la mi-février, et les marchés apparaissent de plus en plus déserts : le VIX ne déborde plus les 16, et est sans cesse ramené sur les 13 points.

160512_VIX

Les volumes se réduisent à peaux de chagrin (la faute aux Banques centrales qui ont littéralement asséché certains compartiments, comme l’obligataire).

Les grandes fortunes redoutent comme la peste les placements « illiquides » et réorientent leur gigantesque épargne en faveur des trackers (les fameux ETF ou ETP) qui offrent les carnets d’ordres les plus profonds.

Fini le grand frisson des paris insensés à la George Soros/Druckenmiller des années 90 ou des Paulson (contre les subprimes) de l’avant krach de 2008 ! Priorité à la réplication indicielle passive pure et non biaisée, d’autres accordant leur priorité à la régularité de la performance (« Béta neutre »).

Pour les épargnants les plus friands de risque, de nombreux ETF permettent de répliquer les variations d’un indice boursier ou d’une matière première avec des effets de levier qui donnent le vertige. Oubliez notre cher tracker BX4 qui permet de répliquer à l’inverse et de multiplier par 2 la variation du CAC 40 : il existe des ETF qui offrent de leviers de 10, voire 15 !

Il ne vous reste qu’à faire votre choix parmi les 6 300 ETF et ETP qui existent aujourd’hui… et il en émerge de nouveaux chaque jour, au gré de l’imagination des établissements émetteurs. Les ETF et ETP ont ravi plus de 10 Mds$ aux hedge funds rien qu’au mois d’avril (seuls les fonds dédiés aux matières premières ont enregistré une décollecte).

La bascule au niveau des encours gérés (c’était grosso modo du 3 000/3 000 Mds$) s’est produite l’été dernier. Les ETF/ETP ont pris un avantage qui ne cesse de s’amplifier (3 200/2 800 Mds$) au fil des mois avec une accélération apparemment irrésistible au mois d’avril.

Mais ne vous faites pas d’illusion, le succès des ETF et ETP, c’est aussi le triomphe sans partage de l’hyper-automatisation des transactions boursières et de l’hyper-rapidité : une bonne réplication indicielle se joue à la milliseconde, sans la moindre intervention humaine ni le moindre filtre discriminant par rapport à l’actualité, l’ambiance générale… tous ces petits fragments de subjectivité qui font qu’un marché reflète une psychologie et permettent la formation du cours jugé le plus adéquat.

Hedge Funds quantiques et algorithmiques + ETF/ETP ne sont que des machines à produire des prix dont la construction se base sur le prix apparu au cours des milliers de millisecondes précédentes.

Rajoutez à cela le « choix unique » (ou la répression financière) menée par les Banques centrales et vous obtenez une éviction de l’écrasante majorité des acteurs qui intervenaient en faisant marcher leur cerveau.

Face à l’hyperfréquence et à l’écrasement du réel au quotidien à coup d’algorithmes, la sagesse consiste à prendre des positions dictées par une logique longue, inspirée par les cycles boursiers s’étendant sur 5 à 7 ans… et à protéger son épargne contre la désintégration de la monnaie et des rendements par le produit qui a procuré aux hedge funds leur meilleure performance cette année, c’est-à-dire… l’OR.

Ndlr : Et ca tombe bien, dans ce service Crise, Or & Opportunités, Simone Wapler et son équipe se repositionnent massivement sur l’or et certaines minières bien choisies. Rejoignez-les pour en profiter !

Mots clé : - - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter 

Laissez un commentaire