Quelle fin d’année pour le CAC 40 ?

Rédigé le 17 décembre 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Même si le CAC40 s’inscrit aujourd’hui un peu au-dessus des 3 936 points, cela réjouira-t-il un seul d’entre vous, cher lecteur ?

Sachez qu’un indice recouvre des réalités bien hétérogènes. Par exemple, ceux qui se retrouveront plus riches au 1er janvier ont certainement misé sur le luxe, le secteur automobile, la chimie et les parapétrolières. Ils ont délaissé totalement le secteur financier et les spécialistes de l’environnement — les valeurs vertes restent une thématique porteuse mais ne dégagent hélas pas de plus-values pour l’actionnaire depuis deux ans.

Au risque d’apparaître politiquement très incorrect, sur les quatre secteurs les plus performants de la cote, trois comptent parmi les plus polluants pour la planète — nous pouvons même dire trois et demi en ajoutant les jets privés et les yachts. Symétriquement, les spécialistes des énergies renouvelables, ceux qui retraitent les déchets, ceux qui produisent de l’électricité sans émettre de CO2 enregistrent les performances boursières les plus calamiteuses.

D’où cette question, la hausse des cours est-elle proportionnelle au niveau de pollution engendrée ? Cela ressemble à une plaisanterie mais les marchés ne plaisantent pas avec tout ce qui ne génère pas de profits en quantité (potentiellement) illimitée.

Nette sous-performance du secteur bancaire français
Malheureusement pour elles, les sociétés de services aux collectivités n’ont que peu de pricing power puisque leur premier client est l’Etat — voire un département ou une communauté urbaine. En conséquence, soit les tarifs sont directement administrés, soit l’Etat a son mot à dire en tant qu’actionnaire dans la gestion de l’entreprise ou ses possibilités de développement.

A part les utilities, le secteur boursier le moins performant est le secteur bancaire. Il s’est attiré la méfiance des investisseurs et n’a même pas l’avantage d’offrir une bonne visibilité sur les rendements. Il serait peut-être abusif d’affirmer au premier degré que l’Etat serait en partie responsable de sa contre-performance… mais au second degré, ce n’est pas totalement dénué de fondement.

L’Etat a, en effet, été présent au capital de certaines banques, de façon marginale et temporaire. L’argent prêté a déjà été remboursé, au moins en grande partie. Ce n’est donc pas cet aspect qui indispose les marchés… mais le fait que l’Etat reste trop présent, sous forme de bons du Trésor dans les actifs des banques !

Les OAT (Obligations assimilables du Trésor) émises par l’Etat français ne sont pas en cause mais il n’en va pas de même pour les dettes souveraines des pays réunis sous le fameux acronyme « PIGS ». Et les établissements financiers français (banquiers ou assureurs) en détiennent, sous une forme ou une autre, pour plus de 100 milliards d’euros — dont 40% de dette espagnole que Moody’s vient de placer sous surveillance négative.

La surpondération financière du CAC 40 pèse sur l’indice
La surpondération du CAC 40 en valeurs financières explique en grande partie sa contre-performance par rapport au DAX 30. De même, la tension des taux longs qui se radicalise depuis fin novembre ruine tout espoir de voir l’indice parisien combler ce handicap dans les prochaines semaines et probablement les prochains mois.

Le rebond du CAC 40 au contact des 3 900 points est cependant méritoire car il lui a fallu triompher, début décembre, d’une série d’obstacles et pas des moindres comme le seuil des 3 750 points (MM100) puis 3 800 points — les MM25 et MM50 s’y confondent.

Le franchissement des 3 870 points apparaît un peu plus surprenant alors que le DAX 30 et l’Eurostoxx 50 commençaient clairement à plafonner… un « effet rattrapage » c’est peut être enclenché tardivement avec le redressement des assureurs pour cause (assez paradoxale) de hausse des taux. Cela qui permet de retrouver des placements plus rémunérateurs pour servir les pensions aux souscripteurs.

Le test des 3 900 points tient peut-être plus du symbole parce que nous avons assisté à ce curieux phénomène : moins il y a d’acheteurs, plus les cours montent, moins il y a d’acheteurs, plus les taux montent plus les banques sont surpondérées.

Quelles perspectives ?
Combien de temps les marchés vont-ils encore marcher sur la tête ? Nous serions tentés de répondre aussi longtemps que ceux qui n’y comprennent plus rien laisseront les initiés faire leurs petites affaires entre eux… avec l’argent des contribuables — qui garantit les émissions de la Fed et ses QE (successifs ?).

Le CAC 40 peut tout aussi bien grimper de 50 points en quelques heures (en direction des 3 936 points) que rechuter d’autant (jusque sur 3 760 points) s’il apparaît plus profitable de tirer le tapis sous les pieds de ceux qui jouent majoritairement le scénario un peu trop classique du rally de fin d’année.

L’indice phare vient de reprendre 300 points en moins de huit séances. Beaucoup sont prêts à s’en contenter — à plus forte raison si le ratio call/put est trop déséquilibré en faveur des bulls. Difficile d’anticiper quel sera le prochain coup de barre des « sherpas » de Wall Street. Il se peut aussi qu’ils orchestrent le maintien du statu quo des cours jusqu’à ce que ceux qui ont opté pour une stratégie directionnelle aient tout perdu d’ici le 31 décembre.

Mais quel que soit le timing à Paris il faut surtout surveiller le seuil de rupture moyen terme qui se situe vers 3 750 points et se confond effectivement avec la MM100.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Quelle fin d’année pour le CAC 40 ?”

  1. […] autant, alors que le segment financier devrait continuer à freiner, il conviendra d'être rigoureux dans vos prises de position. Je vous détaille dans ce billet mes […]

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