Le CAC40 déjà en catégorie B pour un scénario de série Z ?

Rédigé le 10 juin 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Si certains investisseurs n’étaient pas encore convaincus qu’il se trame quelque chose au plus haut niveau européen, un coup d’oeil à la performance du DAX depuis le 1er janvier 2010 devrait suffire : -1% depuis le 8 juin alors que six mois auparavant c’était du 100% positif. Ils peuvent ensuite opérer une comparaison avec Milan (-20%), Madrid (-27%) ou Paris (-14%).

Euro-Mark versus Euro-Sud

Les lignes de fracture politiques — rigueur germanique et sacrifices sociaux contre laxisme budgétaire et soutien keynésien à la croissance — qui avaient été gommées par l’euro viennent de ressurgir avec brutalité.

C’est l’Euro-Mark contre l’Euro-Sud et les investisseurs parient ouvertement sur un éclatement de l’euro. Et cela pourrait ne pas tarder. Notamment en cas d’officialisation de l’impossibilité de réconcilier les positions françaises et allemandes sur la gouvernance de l’Eurozone et sur le type de solidarité qui doit être appliqué entre ses membres. Berlin a clairement fait le choix de l’exclusion des mauvais élèves, Paris s’inscrit dans une toute autre logique.

Si les 13 premiers Etats des Etats-Unis avaient appliqué le même genre de raisonnement, le dollar n’aurait même pas survécu une décennie — il figurerait comme une brève anecdote monétaire dans les livres d’Histoire.

Aujourd’hui, la Californie en faillite devrait assumer sa disgrâce et imprimer une monnaie locale garantie par la valeur du stock de marijuana produit dans cet Etat.

L’Illinois, quant à lui, aurait déjà dû abandonner le billet vert et s’inventer une devise garantie par la valeur du stock d’acier et de caoutchouc servant à la fabrication des automobiles.

Les tensions franco-allemandes rongent le CAC40

La France jouit toujours d’une notation « triple A » mais les valeurs françaises figurent déjà en catégorie B. Contrairement aux actions helvétiques ou néerlandaises qui talonnent les valeurs allemandes avec un repli qui ne dépasse pas -5% cette année. Néanmoins, lorsque le CAC40 reperd 6% en quatre séances, ce ne sont pas tant les valeurs françaises qui sont jugées peu performantes — ce sont des multinationales comme les autres — mais la notation de notre dette qui est jugée à risque. Le marché indique ainsi clairement qu’il croit impossible que la France puisse conserver son « triple A ».

Si les spéculations sur une fracture monétaire diagonale transeuropéenne partant d’Anvers et se prolongeant vers Zurich devaient cesser — nous serions presque tentés de dire par miracle –, le CAC40 devrait combler en quelques jours un handicap de -10% par rapport au DAX 30. Madrid et Milan, pour leur part, reprendraient mécaniquement +20%. Malheureusement, les dernières convulsions du marché parisien nous font craindre que ce ne sera pas le cas.

Plus les rapports franco-allemands se tendent, plus le CAC40 perd de terrain en termes relatifs et absolus. Le ratio de quatre séances de hausse pour une seule de baisse (entre mi-février et fin avril) s’est inversé. Et ce processus interdit l’émergence d’une reprise durable et la matérialisation complète de figures de retournement à la hausse.

Pourtant, les occasions n’ont pas manqué depuis le 6 mai dernier. Malheureusement elles se sont toutes soldées par un fiasco retentissant et l’inscription de nouveaux planchers annuels ! C’est plus qu’inquiétant.

Pas de scénario catastrophe en perspective

Le dernier espoir de rebond vers les 3 800 points repose tout entier sur le cas de figure suivant : le CAC40 vient de refermer le gap des 3 348 points resté béant depuis l’explosion haussière (+10%) du 7 mai dernier.

L’indice vient de revisiter son plancher du 21 mai (3 343 points) — ce qui a failli déboucher sur une nouvelle spirale baissière. Cependant, une clôture à 3 380 points a permis de ne pas invalider le scénario d’un rebond en tête/épaules inversée — de séquence 3 400/3 300/3 400 pour schématiser.

Par ailleurs, les oscillateurs daily n’ont pas dévissé vers de nouveaux planchers annuels et le MACD journalier dessine lui aussi une E/T/EI tandis que le stochastique ébauche un triple rebond ascendant… ce qui est loin de préfigurer un scénario catastrophe.

De même, les volumes observés lors des dernières séances de correction ne traduisent pas de pression vendeuse excessive… pour le moment. Mais rien n’est joué. Si les bears se contentent pour l’instant d’effectuer un travail de sape qui n’a pas encore mis les bulls à genoux, les rachats à bon compte, les rachats de découvert, les arbitrages au détriment des Bunds ou des T-Bonds US ne parviennent pas à renverser la vapeur.

Le scénario d’une reprise moyen terme vers 3 780 points ne serait désormais validé que par le franchissement des 3 600 points, et à condition que le CAC40 enchaîne des séances à 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires (ou plus). Symétriquement la cassure des 3 330 points induirait une situation techniquement bien plus négative — avec les 2 960 points en ligne de mire.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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