L’indicateur de sentiment appliqué au CAC40

Rédigé le 22 avril 2010 par | Autres indices Imprimer

Suite à mon billet du 14 avril qui traitait de l’intérêt de l’utilisation d’un indicateur de sentiment tel que celui réalisé par l’AAII (American Association of Individual Investors — AAII.com), plusieurs parmi vous m’ont demandé s’il existait une mesure de ce type réalisée en France, et le cas échéant, si son application sur le marché français était aussi pertinente que sur le marché américain.

A ma connaissance, il n’existe pas de mesure semblable à celle réalisée par l’AAII en France. On peut certes trouver des sondages sur certains sites boursiers spécialisés, mais non seulement l’audience est généralement plus avertie et plus expérimentée (ce qui rend les résultats biaisés) mais aussi est-elle limitée du point de vue quantitatif, ayant pour conséquence un échantillon insuffisamment représentatif et donc peu pertinent pour une interprétation contrarienne.

Certains hebdomadaires boursiers publient de même un consensus des prévisions des professionnels, ce qui fournit parfois des indications intéressantes, mais là aussi l’échantillon est trop étroit et spécifique.

Sur le CAC40 soyez attentif au volume d’options traitées…

Une mesure de sentiment peut néanmoins être effectuée en consultant les volumes d’options traitées, ces données étant parfois communiquées par les émetteurs eux-mêmes.

Le graphique ci-dessous représente ainsi le pourcentage d’options d’achat (call) et de vente (put) traité mensuellement auprès d’un des plus gros émetteurs français. Compte tenu de la taille de cet acteur, de l’étendue de sa gamme et de sa part de marché, la mesure est pour le moins significative. Afin de pouvoir juger de l’intérêt de cet indicateur, les variations mensuelles du CAC40 ont été reportées au-dessus de l’indicateur de sentiment.

Variations mensuelles du CAC40 de mars 2009 à mars 2010

Que constate-t-on au cours des 12 derniers mois ? Quatre phases d’excès se distinguent assez nettement.

– La première se situe en mars 2009 ; alors que le marché marque de nouveaux plus bas, 57% des options traitées sont des put — qui se valorisent quand le marché baisse. Autrement dit, les intervenants sur les options (qui essaient d’anticiper le marché) sont sous l’influence déprimante de la tendance en cours et broient du noir, alors que le marché est en fait au plus bas et que les premières lueurs d’espoir commencent à poindre. Ce pessimisme extrême est suivi en avril 2009 d’un net rebond de 12% du CAC40.

– A l’inverse, les mois de septembre puis décembre 2009 ont été fortement optimistes, puisque plus de 75% des options traitées était des call — qui se valorisent quand le marché monte. Si nous n’avons pas assisté à un retournement de marché à moyen terme, il n’en demeure pas moins que les mois qui ont suivi ces périodes d’optimisme excessif se sont soldés par un repli mensuel de 4% de l’indice parisien.

– La dernière phase se situe en février dernier, alors que la crise grecque battait son plein : le pessimisme est remonté assez sévèrement (47% de put contre 53% de call). Le signal indirect a été de nouveau bon, puisque le mois de mars 2010 a vu les cours du CAC40 progresser de plus de 7%.

… et aux phases d’exagération haussière comme baissière

Sur les 12 derniers mois, cet indicateur a permis ainsi de fournir quatre avertissements.

Il est donc assez difficile d’avoir souvent recours à ce type d’outil pour intervenir, mais il constitue un filtre supplémentaire pour affiner sa stratégie, par exemple pour diminuer son exposition sur le marché actions au profit de supports monétaires et/ou obligataires lorsque l’optimisme tend à l’euphorie —  ou à l’inverse pour augmenter son exposition aux actions lorsque le pessimisme tend vers la panique.

De tels outils ne sont évidemment pas destinés au trading de court terme, mais bien à déceler des phases d’exagération (haussière ou baissière) pour revoir ses choix en conséquence.

Avant même de s’intéresser à tel ou tel support concret (une action, une matière première, un produit dérivé…) vous devez chercher à comprendre la tendance générale sur le marché visé et sa vigueur — rien n’est plus désagréable que de rentrer en fin de tendance, quand elle s’essouffle, juste avant un retournement parfois violent.

S’il n’est pas trop difficile de comprendre si le marché, sur une période donnée (chacun a son propre horizon-temps : journée, semaine, mois, plusieurs années…), se trouve en tendance haussière, baissière ou sans tendance (dans un trading range), il est autrement plus difficile d’estimer si la tendance est « saine » ou bien exagérée. C’est alors que les indicateurs comme celui-ci sont précieux.

Cet outil est particulièrement utile pour les investisseurs employant une approche discrétionnaire, en adaptant leur stratégie d’intervention selon le contexte et le climat du marché.

A l’inverse, pour ceux qui ont adopté une approche systématique de suivi de tendance — comme je le fais –, il revêt une moindre importance, puisque la méthode consiste à rester investi dans le marché tant que la tendance ne s’est pas effectivement retournée.

[NDLR : et vous entendrez bientôt parler du système que Jérôme a mis en place. Restez à l’écoute !]

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Jerome Vinerier
Jerome Vinerier

Jérôme Vinerier est analyste technique CFTe (diplôme délivré par la fédération internationale des analystes techniques IFTA). Il a exercé cette profession avec passion pendant plusieurs années au sein d’un cabinet réputé au niveau européen, délivrant quotidiennement le fruit de sa recherche auprès d’investisseurs institutionnels sur une vaste classe d’actifs financiers (actions, devises, indices, matières premières). Animé par la recherche de la performance, il s’établit comme stratégiste indépendant en 2008. – See more at: http://quotidienne-agora.fr/redacteurs/#sthash.0s0xSg5B.dpuf

4 commentaires pour “L’indicateur de sentiment appliqué au CAC40”

  1. Bonjour,

    Quel lien pour avoir le volumes des options call et put sur le CAC ??

    J’ai eu beau chercher mais je ne trouve rien.

    Merçi d’avance

  2. Bonjour,

    L’étude en question a été menée auprès des données fournies par BNP Paribas.
    Voici le lien : http://produitsdebourse.bnpparibas.com/fr/market.aspx

  3. Bonjour,
    je suis trader sur le forex et j’aimerais savoir si il existe ce genre de données concernant les options sur devises ? bien évidemment en supposant qu’il existe sur ce marché, comme BNP, un gros émetteur d’options (ou autre produits dérivés) ayant une part de marché suffisament significative ?

  4. Cher monsieur,
    Je ne connais pas l’existence de ce genre de données sur le forex. Je crains que cela ne s’avère difficile à trouver compte tenu de l’extrème étendue de ce marché et de la multitude d’intervenants. Je vous invite toutefois à vous renseigner auprès de votre courtier, qui sera plus à même de vous renseigner.

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