CAC : on joue avec le feu

Rédigé le 1 juin 2018 par | Analyses indices, Cac 40 Imprimer

assureurs_eau_feuNous vivons une époque formidable. Si, si ! Vous allez voir…

La semaine aura été riche en événements, avec entre autres la flambée des taux italiens et le plongeon du secteur bancaire (et notamment de Deutsche Bank hier). Les marchés respirent mieux ce matin après la signature d’un accord en Italie, comme Guillaume vous l’a expliqué, mais problème est loin d’être réglé. Il ne fait même que commencer…

Les gérants de taux ont déjà tranché  : ils se sont violemment reportés sur LA valeur refuge européenne : le marché obligataire allemand.

En Espagne, une mention de censure a été déposée pour la destitution du chef du gouvernement Mariano Rajoy, qui a beaucoup de mal à se remettre de la condamnation de son parti (pour corruption) et qui vient d’admettre sa défaite.

Les relations entre l’Europe et les Etats-Unis sont pour leur part au beau fixe, avec la mise à exécution des menaces de taxation de l’acier et de l’aluminium européen par Washington. Bon, je vous le concède, vu ce qu’il nous reste d’industrie dans ce secteur, l’impact reste marginal…

Mais – beaucoup plus croustillant –, Donald Trump, fidèle à sa délicatesse légendaire en matière de négociations, en a rajouté une couche hier en menaçant d’interdire purement et simplement les voitures de luxe allemandes (ou à défaut de les taxer à 25%). Cela devrait sans doute provoquer quelques grincements de dents outre-Rhin, voire une riposte de Bruxelles. Pour peu qu’elle ne soit pour une fois pas uniquement verbale, la situation pourrait vite s’envenimer. C’est EXACTEMENT ce que nous avions prévu avec Philippe Béchade dans la stratégie mensuelle de mai. Voici ce que Philippe écrivait alors :

L’Allemagne… la prochaine cible de Trump ?

L’Allemagne n’achète pas beaucoup de bons du Trésor américain, pas plus qu’elle n’achète beaucoup de biens et services aux États-Unis (à part des armes et des séries télé) ou auprès de ses partenaires européens vis-à-vis desquels elle dégage des excédents de quelques centaines de milliards depuis la création de l’euro (voir les soldes Target II, proches de +1 000 Mds€ en sa faveur).

Donald Trump tient peut-être là une cible idéale : un pays structurellement exportateur, qui recycle une faible quantité de ses dollars en T-Bonds US (faible participation au financement des déficits US) et qui fait preuve d’un égoïsme que beaucoup de ses partenaires dénoncent.

La priorité de l’Allemagne est, on le sait, le financement des retraites, ce qui coule de source pour un pays vieillissant. (Notons que de ce point de vue, le Japon est un pays encore plus vieillissant mais ses gouvernants ont choisi de monétiser la dette, de créer l’argent destiné aux retraités ex nihilo et de combler avec abnégation les besoins en liquidités du Trésor américain. L’Allemagne ne saurait adopter la même stratégie, étant viscéralement opposée à toute monétisation des dettes, y compris par solidarité avec ses partenaires directs…)

Angela Merkel l’a solennellement réaffirmé devant le Bundestag mi-avril : l’Allemagne ne veut pas de ministre de Budget, pas de budget européen plus intégré, pas de FME « renforcé » (elle est déjà le premier contributeur du Fonds monétaire européen dans sa version actuelle) pour voler au secours de partenaires en difficulté. Angela a en fait opposé un triple « Nein » aux trois réformes majeures que défend Emmanuel Macron dans le cadre de son initiative (mort-née) de refonte et de relance de la dynamique européenne.

Les médias tricolores ont peu rendu compte de cette triple humiliation, tout occupés qu’ils étaient à dénoncer les tracasseries causées aux « Français qui veulent bosser » par les cheminots en colère (avec de longs reportages sur les charmes du covoiturage et un panégyrique sur Blablacar, notre n°1 européen : cocorico !).

Angela Merkel ne s’est pas montrée non plus très pro-active dans l’affaire Skripal (réticences à participer à la vague planétaire d’expulsion de diplomates russes, car Vladimir Poutine est le premier fournisseur de gaz de l’Allemagne) et n’a approuvé que du bout des lèvres les frappes de missiles à l’encontre de la Syrie du 14 avril.

Cette tiédeur à coopérer avec les néoconservateurs va-t’en guerre américains, Donald Trump s’en servira à un moment ou un autre pour mettre la pression sur l’Allemagne.

Voilà, c’est donc fait. (C’est une des raisons pour laquelle nous avons d’ailleurs commencé à prendre certaines positions baissières sur l’Allemagne dans Béchade Confidentiel).

Pour autant, le marché reste très « zen » et ne perd que 2% depuis vendredi dernier, ce qui, vu les événements que j’ai décrits, est une performance remarquable.

Des pertes réduites malgré un environnement anxiogène

Ce matin, le CAC tente même un rebond (les sherpas tentent de balayer absolument toutes les positions baissières pour qu’elles ne prennent pas racine : ça fait mauvais genre). Mais la situation s’est nettement dégradée sur le moyen terme.

Je m’explique. Sur le moyen terme donc, la zone à risque que nous suivions depuis des semaines (pastille orange) a été validée. En cette fin de semaine, un nouveau signal technique pourrait être validé : c’est celui donné par l’indicateur d’inertie (le Stochastique Momentum Index), qui est en train de se retourner à la baisse alors qu’il se situe en zone de surachat (pastille orange).

l’indicateur d’inertie (le Stochastique Momentum Index), qui est en train de se retourner à la baisse alors qu’il se situe en zone de surachat (pastille orange). graph cac 40 Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Concrètement, et si l’on s’attache uniquement à l’aspect technique des choses, les derniers retournements baissiers de cet indicateur (quand il se situe en surachat) indiquent que ce n’est pas un signal à prendre à la légère. J’ai placé quelques petites flèches rouges sur les prix pour mettre en évidence l’incidence de ce signal.

Donc techniquement, le signal est très « propre ». Cependant, je me méfie comme de la peste de ce marché qui ne perd finalement presque rien au vu de l’environnement anxiogène dans lequel il évolue.

Donc sur le moyen terme, je vous conseille de garder tranquillement votre couverture (BX4) tant que le CAC40 ne repasse pas au-dessus de la résistance (oblique rouge) qui vient, une fois de plus, d’être validée.

A mon sens, nous venons de vivre une première vraie attaque baissière, mais il va falloir analyser la force de la réplique haussière pour se faire une vraie idée des forces de marché.

Le rebond de ce matin, par exemple, nous permettra d’analyser la participation du marché (les volumes), sa force (volatilité et accélération) et donc en tirer des conclusions permettant d’évaluer le rapport de force entre acheteurs et vendeurs.

C’est très important, car si le rebond se fait sans conviction, c’est-à-dire que les baissiers gardent la main, alors nous pourrons doubler notre couverture au prochain signal baissier.

Le prochain support théorique est à 5 350 points

Mais au fait : pourquoi un rebond technique sur le court terme ?

Je vous propose une mise à jour du graphique de la semaine dernière et de s’en servir pour gérer la suite des évènements.

cac 40 graphique Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Premièrement, l’ancien support des 5 500 points a été cassé : il est devenu résistance (rectangle violet « S=>R »). Ensuite, la baisse a permis de tracer un canal de court terme (le canal bleu). Il est toujours actif, donc à surveiller.

Le prochain support, c’est le support théorique « S » des 5 350 points (rectangle horizontal vert), mais attention ! La moyenne mobile 150 jours (en pointillé bleu) est déjà en support des cours actuels (5 400) et la MACD arrive sur un support d’impulsion (rectangle horizontal vert sur MACD).

Là aussi, j’ai mis en évidence la réaction des prix à ce genre de configuration (pastilles bleues sur prix et MACD) : il est somme toute logique qu’un rebond de court terme soit en train de s’amorcer.

Les bornes à surveiller seront donc les 5 500 points en résistance et les 5 350 points en support.

Entre les deux, c’est un peu un no man’s land, avec le risque d’essuyer un tweet rageur ou tout autre dérapage concernant un des sujets chauds du moment.

On en saura plus la semaine prochaine.

Bon week-end,

Gilles

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Gilles Leclerc
Gilles Leclerc
Trader

Gilles a tout d’abord commencé dans la grande finance. Avec un MBA de la prestigieuse université américaine de Hartford, il a ensuite intégré la direction Financière IBM Europe et ensuite d’IBM Corporation (headquarters mondial). Puis, peu à peu, la passion boursière le gagnant, il s’est tourné vers les activités de trading.

Cela fait maintenant 20 ans que Gilles trade sur les marchés et il se consacre exclusivement à cette activité depuis une dizaine d’années.

Dès 2008, il fut l’un des premiers à pressentir les modifications profondes qu’allaient occasionner l’utilisation intensive des algorithmes sur les marchés financiers ; il a su s’adapter en mettant en place de nouvelles stratégies de trading répondant à ce nouvel environnement. Il créa donc son propre système de trading tout à fait spécifique et basé sur des concepts innovants.

De façon à prouver la validité de son approche, il reste l’un des rares traders/analystes à poster régulièrement ses prises de position en « Live » sur un site d’Analyse Technique de renommée ( Univers Bourse ) où il partage l’intégralité sa méthodologie.

Il intervient désormais dans La Bourse au Quotidien afin de partager son expérience et de proposer ses analyses et sa méthode au plus grand nombre.

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