Que font les grosses mains ? Un jeu de vilain : le contraire de ce qu’elles prétendent

Rédigé le 2 juillet 2015 par | Autres indices, Cac 40, Toutes les analyses Imprimer

Le scénario du Grexit continue de laisser sceptiques beaucoup d’économistes. Un des arguments martelés sans relâche depuis 2010 (et les premières piques à l’encontre de la Grèce dans la presse populaire allemande et britannique de type « dehors les profiteurs, dehors les tricheurs ») est que les Grecs sont viscéralement attachés à l’Europe… et donc à l’euro.

Notez cependant que la Pologne, qui est le pays le plus pro-européen et le plus anti-Poutine qui soit, ne veut pas de l’euro – ou en tous cas, pas maintenant. Les pays Baltes l’ont adopté les uns après les autres à quelques mois d’intervalle… mais sans réel appétit pour la monnaie unique.

On pourrait plutôt dire que ces Etats ont « été adhérés » à l’euro manu militari pour respecter un calendrier qui correspondait davantage au planning stratégique de l’OTAN qu’à une nécessité économique pour Talinn, Vilius ou Riga.

De même, l’euro s’est avéré largement toxique pour la Slovénie et la Hongrie, sa voisine ne veut plus en entendre parler.

Il semblerait ainsi qu’un grand nombre d’experts se prononcent à la place des Grecs en projetant leur propre grille de lecture qui fait la part belle aux opinions des quartiers d’affaires huppés de Londres et de Francfort.

Ils feignent d’ignorer – ou alors c’est une preuve d’aveuglement manifeste – que les Grecs ayant un peu de patrimoine n’ont plus grand chose à perdre de la répudiation de l’euro : des millions de Grecs ont des comptes en devises à l’étranger et d’après des estimations concordantes, ils sont les champions du monde de la délocalisation de leur épargne avec l’équivalent de 1,5 fois le PIB grec ventilé entre la Suisse, Londres, l’Italie… et une myriade de paradis fiscaux.

Sacrifier un peu de leur épargne résiduelle pour échapper au joug des créanciers, c’est une alternative qui mérite réflexion, et c’est en filigrane la question posée par Athènes au peuple grec à l’occasion du référendum dont la tenue vient d’être confirmée par Alexis Tsipras (obligée par Merkel).

Un triple sommet qui cache l’allégement des grosses mains

Pendant que le Premier ministre grec négociait, sans succès, avec les Allemands et la frange « dure » des créanciers de la Grèce, le CAC 40 était tout de même parvenu à se hisser vers les 4.940 Pts.

Ce niveau ne semble en rien particulier mais ce niveau s’avère bien plus limpide si l’on se regarde le CAC40 Global Return (le CAC40GR). Ce dernier dessine un triple sommet déclinant, parfaitement étagé (de séquence 12 230 / 12 200 / 12 040Pts).

Comme chaque plancher est plus bas que le précédent, se dessine un bel exemple de « biseau d’élargissement » (par le bas). De même, chaque nouvelle vague de repli se solde par des volumes plus importants. C’est caractéristique d’une phase de « distribution » : les sommets déclinent parce que beaucoup de « grosses mains » ne croient pas ou plus qu’il vaille la peine de prendre des risques dans un contexte de survalorisation des actifs ; elles préfèrent donc s’alléger.

cac global return au 2 juillet 2015

Plus intéressant encore : le dernier pic sous ce triple sommet a une structure caractéristique de sommet en tour avec un gap à l’entrée puis un gap en sortie. Il s’agit d’une figure qui trahit un marché qui a paniqué à la hausse puis de façon totalement symétrique à la baisse… et qui réagit de plus en plus violemment à des stimuli de moins en moins fiables (fausses rumeurs, infos tronquées, élucubrations de gens « bien informés », surtout de la part de ceux vilipendant la Grèce et souhaitant la démission de Tsipras).

A présent, il semble que ce sont les vendeurs qui ont pris la main.

Sous les 11 280Pts, CAC40 GR a déjà « une patte dans le vide » et peu de soutien graphique en perspective avant la zone de gap haussier des 10 500 Pts du 22 janvier…

En Bourse, mieux vaut avoir tort avec tout le monde que raison tout seul

Pour l’heure, les médias nous expliquent que les gérants temporisent en attendant d’y voir plus clair sur le cas grec : en fait, les gérants passent leur temps à « temporiser » car la gestion indicielle passive écrase tous les autres modèles.

C’est le règne sans partage du principe de lâcheté intellectuelle : commettre les mêmes erreurs – et en même temps – que tout le monde, plutôt qu’adopter une stratégie cohérente par rapport aux données conjoncturelles et géopolitiques.

Ou, pour l’exprimer plus simplement : obéir au doigt et à l’œil aux banques centrales et aux détenteurs de dettes (qui dictent leur conduite aux Etats), même s’ils conduisent le troupeau au triple galop vers le précipice.

Conclusion : dans le contexte actuel, faites justement comme les grosses mains… qui vendent à chaque rebond mais vous recommandent de « payer tous les creux » : faites ce qu’ils font, pas ce qu’ils disent !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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