Apologie du marché à décideur unique

Rédigé le 21 janvier 2011 par | Big caps Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Le CAC 40 a récemment débordé les 4 000 points. Nous n’allons pas revenir en détails sur la toile de fond macro ou microéconomique qui a accompagné le rally haussier depuis le test des 3 800 points survenu le 10 janvier.

Néanmoins, nous rappellerons simplement que le « succès » des émissions de dettes souveraines portugaise, espagnole et italienne résultent du fait que la BCE a tout ramassé tandis que les commentateurs martelaient sans le moindre commencement de preuve que la « confiance des marchés était revenue. »

Par ailleurs, sur une simple anticipation d’extension des moyens d’action du fonds de soutien européen, les investisseurs seraient repassés acheteurs. Pourtant, les ministres des Finances réunis à Bruxelles se sont séparés en décidant d’un commun accord… de ne rien décider.

Manipulation de l’opinion par une presse incompétente et docile, manipulation des marchés qui font semblant d’y croire en prenant leurs désirs pour des réalités…

Bullish or not bullish ?
Vous connaissez bien ce genre de climat psychologique qui est typique d’une bulle boursière et dont les véritables causes se nichent ailleurs, c’est-à-dire dans l’usage spéculatif de l’argent — pour ne pas dire de la fausse monnaie — injecté chaque semaine et chaque mois dans le circuit financier. Ce dernier le confisque à son profit au lieu de mettre cet argent à la disposition de la sphère de l’économie réelle.

Alors que 80% des gérants américains se déclarent résolument bullish en ce début d’année, voilà que la banque Natixis fait entendre une voix qui pourrait presque passer pour discordante. En substance, ses stratèges affirment que « l’année 2011 pourrait ne pas être l’eldorado boursier promis par certains experts. »

Ils font néanmoins une concession au discours archi-dominant : « en se limitant à l’analyse fondamentale, il faut acheter des actions parce qu’elles sont clairement sous-valorisées, aux Etats-Unis et encore plus en Europe : les taux d’intérêt réels sont négatifs et l’injection massive de liquidités par les banques centrales ne peut que faire monter les cours boursiers.

Reste que le risque de crise des dettes souveraines en Europe demeure bien présent et que l’arrêt du QE 2 de la Fed pourrait entraîner une révision à la baisse des perspectives de croissance, particulièrement aux Etats-Unis. »

Pas un mot concernant les deux principales menaces qui nous préoccupent. A savoir l’inflation qui se propage des pays émergents aux pays développés — déjà affectés par la hausse du coût de l’énergie — et la tension des taux « marché », y compris hors accès de nervosité relatif au surendettement des Etats et au manque de fonds propres de nombreuses banques.

Un piège haussier savamment orchestré pour mieux appâter le chaland
Le crédit demeure rare pour les potentiels acquéreurs d’un bien immobilier et, partant de ce constat, il ne faut pas se bercer d’illusions comme le fait si bien Wall Street. La thèse largement répandue serait que la hausse des cours de Bourse devrait réinstaurer un climat de confiance bénéficiant à l’ensemble des secteurs de l’économie.

C’est alors que les particuliers, séduits par une hausse inexorable des actions, décideraient de revenir sur les marchés… où les Goldman Sachs, J.P. Morgan et autres Bank of America les attendent de pied ferme pour leur revendre, au plus haut, le papier qu’ils ont fait grimper dans le vide avec l’argent de la Fed.

Sauf que personne n’est dupe ! En ce qui concerne l’aspect symbolique de la hausse des indices au mois de janvier, il semble bien clair que tout cela est parfaitement bien orchestré. Nous avons l’impression de revivre à Paris le même scénario qu’au mois de janvier 2010.

Il est assez cocasse de constater que l’indice CAC 40, parti de 3 930 points, affichait ce même score de 4 020 points un certain 19 janvier 2010 — il y a très exactement un an, jour pour jour. Pour être plus précis, l’indice phare de la place parisienne avait inscrit un plus haut intraday de 4 019 points mais, 48 heures plus tard, il avait reperdu la bagatelle de -4%.

Inutile d’évoquer une telle éventualité, personne ne la juge plausible car l’objectif des 4 080 points est dans toutes les têtes alors que le CAC 40 s’était installé au-dessus de la barre des 4 000 points pour la première fois depuis fin avril 2010.

Gare à la rechute…
Mais le simple concept de consolidation technique après un gain de 230 points (+6%) en ligne droite et sans aucun pullback décelable semble hors sujet. Les termes « repli » et « correction » ont disparu du vocabulaire chartiste.

Le diagnostic auto-réalisateur (100% haussier) n’autorise qu’une alternative : grimper inexorablement ou aller toujours plus haut.

Mentionner le surachat des oscillateurs journalier ou hebdomadaire, la présence de résistances majeures — surtout sur l’Eurostoxx 50 qui s’attaque à la barre des 2 950 points — est sans objet… le Nasdaq 100 a bien pulvérisé son zénith de fin octobre 2007 et les mid cap américaines battent leur record absolu. Même les barrières historiques sont ignorées, comme si les marchés avaient perdu jusqu’à ce réflexe de « prudence collective » à l’approche de seuils graphiques décisifs.

Il faut dire qu’il n’y a plus qu’un décisionnaire et il s’agit de la Fed. Nul n’ose plus contester son infaillibilité tant son action s’avère payante pour qui se laisse porter par la vague haussière, sans se poser de questions sur le rapport entre les cours et la valeur des actifs qu’ils détiennent.

Le CAC 40 retracera peut être les 4 080 points, ce ne sera jamais que la troisième fois en l’espace de douze mois… mais cela ne préjuge en rien d’un potentiel de hausse en direction des 4 250 points.

Gare à une rechute sur les 3 800 points (MM100) car il n’existe pas de support intermédiaire court terme. Fuyez si l’indice dérape sous les 3 700 points (support oblique moyen terme).

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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