Bulles financières – le retour des morts-vivants (saison 8)

Rédigé le 1 mars 2018 par | A la une, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Les conditions explosives auxquelles les marchés refusent de faire face ont déjà été observées par le passé. Les barils de poudre étaient moins gros, et les marchés n’en remplissaient qu’un seul à la fois. La mèche était aussi bien plus courte : le remplissage du tonneau (le gonflement de nouvelles Bulles financières, et une seule à la fois) prenant entre 4 et 5 ans, contre presque 9 ans dans le cycle haussier qui a connu ses premières convulsions début février.

Le graphique ci-dessous démontre que lorsque la volatilité s’écarte trop de la moyenne historique des 17,6, les choses tournent mal… Et lorsqu’elle atteint des extrêmes historiques par le jeu de la manipulation des dérivés, cela pourrait tourner à la catastrophe : le pic du 6 février (qui ne figure pas sur ce graphique) nous en fournit un amer avant-goût.

St Louis Financial Stress Index graph courbe bulles Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

C’est pourquoi la « bulle de tout » de 2017-2018 ne constitue pas une répétition de l’histoire des 30 dernières années… mais une synthèse. Une synthèse des krachs passés qui ont anéanti 40% à 60% de la capitalisation boursière à trois reprises en l’espace de trois décennies.

L’Histoire ne se répète pas

Il est indispensable de dresser un petit inventaire des causes reconnues et largement documentées des précédents krachs boursiers.

Nous n’oublierons pas d’évoquer le krach obligataire de 1994, moins douloureux dans la mémoire des épargnants que celui des actions en 1987 et des dot-com de 2000-2003 mais qui a emporté dans la tourmente des centaines de caisses d’épargne et de banques de dépôt aux Etats-Unis… sans oublier, en France (et le contribuable s’en souvient), le Crédit Lyonnais, puis le GAN, le Crédit Foncier de France, le Comptoir des Entrepreneurs…

Autant de vénérables institutions renflouées à coups de milliards d’équivalent euro avec nos impôts (c’est décidément une longue tradition).

Examinons maintenant les concordances (nombreuses) et les dissemblances entre 2018 et les capitulations de 2008, 2001, 1994 et 1987…

Quel sera le timing de la crise de 2018 ?

Il faudra en fait attendre 2009 pour assister à la véritable naissance d’une « nouvelle économie » et à la généralisation de « subprime sans rendement » (dettes d’Etats en faillite, dettes high yield d’entreprises zombies) : les marchés se retrouvent privés de la fonction de fixer et d’anticiper le risque par l’administration à la soviétique de la courbe des taux et du VIX par les banques centrales. Une économie de marché… sans le marché, comme nous le répétons inlassablement depuis 8 ans.

Concordances d’un passé douloureux versus présent enchanteur de 2018

Nous n’en sommes pas là en 2018 mais il y a une claire désynchronisation de la stratégie entre la BCE, la BoJ et la Fed.

Enfin, les marchés dérivés montent en puissance aux Etats-Unis et en France. Le MONEP (marché des options négociables) devient un instrument de couverture apprécié des gérants actions… Le point commun entre le MONEP de l’époque et le VIX d’aujourd’hui ? Les deux instruments sont réservés aux pros et leur fonctionnement ne sera dévoilé au grand public qu’une fois que les spéculateurs en auront perdu le contrôle.

Les GAFA jouent un rôle assez comparable depuis 3 ans : elles se comportent comme de « grands attracteurs » et pas un seul gestionnaire ne peut se permettre de les délaisser. Ce sont de toute façon des champions incontournables dans leur secteur respectif, donc… il n’y a pas d’alternative. Ainsi, la hausse appelle la hausse, tout comme en 1999-2000… On sait tous comment ce genre de spirale se termine !

Mais énorme différence avec l’an 2000 : cette fois, le rally 2009-2018 est le « plus détesté de l’Histoire » : les gérants accumulent, contraints et forcés, des titres survalorisés avec la fourche des taux zéro au creux des reins (rappelez-vous : TINA est leur meilleure amie). Et que les portefeuilles aient été farcis d’actions hors de prix dans l’allégresse ou à contre cœur ne change rien : les PER du S&P500 sont au plus haut depuis 1929 !

Donc oui, 2018 est bien la synthèse de ce que le système financier peut faire de pire : bulle des valorisations boursières, bulles de tous les crédits, déficits fédéraux abyssaux et désordres monétaires, aveuglement face au risque systémique et dégradation des « fondamentaux ».

Face à un tel état de lieux, face à la conjonction de tous les risques boursiers répertoriés depuis 30 ans, il nous apparaît impératif de poursuivre et d’amplifier nos stratégies afin de se décorréler de l’évolution adverse des marchés obligataires et du danger de retour à la moyenne historique des PER sur les actions.

Mots clé : - - - - - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Bulles financières – le retour des morts-vivants (saison 8)”

  1. L’ampleur des dettes mondiale, la stagnation de l’économie, les énormes problèmes socio-politiques qui s’amplifient, les changements climatiques qui gobent des quantités astronomiques de ressources juste pour la réparation des immenses dégâts, l’augmentation rapide de la population, la désertification des terres agricoles, les feux de forêts gigantesques, les 1% des plus cupides, etc, etc. Comment voulez-vous que nous trouvions encore les ressources, pas pour prospérer, justes pour stagner. C’EST IMPOSSIBLE ! Faites jouer quelques vidéos de conférences de très grands spécialistes dans tous ces domaines et vous comprendrez que l’avenir est complètement bouché. Nous avons trouvé ça original de conduire nos véhicules les yeux fermées ? Un gros mur de brique est à 2 cm en avant de nous et nous filons allègrement en chantant « La vie est belle », comme en 1929, juste avant le grand Boum. La grande différence, c’est que celui qui est juste là sera le dernier, car les pièces de réparation ne sont plus disponibles.

    Pour comprendre : http://www.effondrement-economique.com/fr/Effondrement-partie-1.html
    Pour voir dans le détail la dégringolade: http://www.effondrement-economique.com/fr/Effondrement-Scenario-catastrophe.html

Laissez un commentaire