Inscrivez-vous gratuitement à La Bourse au quotidien


Quand la bulle des c*** éclatera-t-elle ?

Rédigé le 12 décembre 2016 par | Cac 40 Imprimer

Le CAC40 affichait vendredi dernier un « 5 sur 5 » à la hausse. C’est le second de l’année après celui du 19 au 23 juin – un directissime purement algorithmique conclu par un mini-krach de 10%.

Le rallye vient de propulser cette fois le CAC40 de 4.510 à 4.780, soit +275 points, une hausse tout entière liée aux rumeurs puis à la confirmation jeudi de l’instauration d’un QE éternel (à la japonaise ?)… autrement dit, une perfusion monétaire de 60 Mds€ sans échéance annoncée.

Avec l’instauration des créations monétaires permanentes depuis 8 ans (sans deadline car elles se relaient), les marchés ont perdu toute capacité à évaluer le risque ou peser la pertinence des stratégies d’investissement. Le taux directeur, c’est définitivement zéro (pour encore 12 mois au minimum en Europe) et les actions sont condamnées à monter éternellement, même sans croissance, même avec des taux plus élevés… puisqu’il n’existe aucune alternative.

Il n’en résulte que du très prévisible et du totalement mécaniste : avec le débordement de son corridor 4.400/4.600, le CAC40 devait imparablement tester les 4.800pts. C’est comme ça, c’est le « rallye de noël » et la BCE l’a voulu ainsi.

Avec les 4 sorcières qui se profilent pour ce vendredi 16, le Dow Jones est attendu à 20.000 points – et devrait se montrer aussi ponctuel qu’un train helvétique et sur le CAC40, c’est full-risk-on et envol vers la balise symbolique des 5.000 points.

Rassurez-vous : il n’y a aucune nécessité que ces hausses soient reliées à une embellie conjoncturelle. Il suffit juste que les investisseurs en rêvent, la BCE leur donne raison d’y croire, ensuite, peu importe que ça se concrétise.

Question de point de vue

Et il en va de même aux Etats Unis avec les « Trumponomics »: nous sommes dans le plus pur story telling !

Le message de Wall Street depuis le 9 novembre, c’est que tout allait mal à la fin du mandat de Barack Obama et que l’avènement de l’ère Trump contient la promesse d’un avenir radieux. Mais si tout allait si mal, pourquoi les indices US ont-ils inscrit une longue série de records au milieu de l’été, inspiré par la large avance d’Hillary Clinton dans les sondages ? Depuis que la candidate démocrate a perdu la partie, on a l’impression d’assister à un rallye des « dot.Trump » !

La 48ème semaine de l’année s’est terminée en apothéose, au plus haut du jour, de la semaine, du trimestre, de l’année, de l’histoire… Et, cas de figure quasiment unique depuis 50 ans, les 5 indices majeurs américains battaient collectivement et simultanément leurs records absolus.

DOW

La capitalisation de Wall Street a progressé de 1.000 Mds$ depuis l’élection de Donald Trump – les riches et ultra-riches captent 85% de cette manne. C’est le plus gigantesque cadeau de Noël du 21ème siècle pour les 1% et les hedge funds que Donald trump fustigeait pourtant dans ses discours pour avoir accaparé la richesse. Le creusement des inégalités vient de connaître une accélération fulgurante et l’envol de +20% du Russel2000 en 4 semaines constitue un exploit presque sans précédent depuis 18 ans.

Des historiens des marchés se sont penchés sur les conditions techniques dans lesquelles ont été inscrits les précédents records absolus au cours des 20 dernières années en Europe comme aux Etats-Unis (et notamment ce qui a sous-tendu l’emballement final de 1999-2000, 2007 puis 2016). Ruée puis hystérie des petits porteurs lors de la folie des dot.com de 1998 à septembre 2000, aveuglement de la Fed, des agences de notation et des banquiers de 2005 à 2007 avec la bulle des subprime (mais toujours des êtres de chair et de sang à la manoeuvre).

« La BCE est mon berger »

Depuis 2009, les banques centrales administrent étroitement les marchés obligataires et canalisent les flux vers les actions au nom d’un fallacieux « effet de richesse » qui n’enrichit que les riches… Ce rallye haussier, amorcé au lendemain du Brexit, atteint désormais +15% (moyenne des trois principaux indices US) et +25% sur le Russel2000 (+20% sur les 4 dernières semaines).

Mais c’est un rallye sans volume – sauf depuis que la BCE a laissé fuiter son intention d’instaurer un QE éternel –, un rallye de suiveurs (« la BCE est mon berger »), un rallye robotique (robotique/passif) de moutons où disposer d’un sens politique aiguisé, sentir le vent venir sur le front des taux, rester sur ses gardes sur le front géopolitique… bref, tout ce qui distingue un stratège éclairé d’un mouton qui suit le troupeau vers l’abattoir est devenu un handicap.

L’intelligence est un contre-productive : la réplication indicielle passive qui ne remet jamais aucun mouvement du marché en question et colle au plus près au benchmark garantit bonus généreux et compliment des clients.

En ces temps de marchés administrés, où les machines s’emploient à reproduire inlassablement des scénarios bulls des décennies passées, un élève de CM2 doté du petit logiciel qui achète quand ça monte et qui vend quand sa baisse peut ridiculiser un vétéran des marchés qui sait lire des hauts de bilan, calculer une prime de risque, discerner les réalités cachées au travers d’un déferlement d’intox médiatique et permabullesque.

Mots clé : - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire